Encore plus de difficultés prévues pour les réfugiés de Nahr al-Bared

Tandis qu’il ramasse des morceaux de plastique et de papier sur un tapis roulant couvert de gravas, Issam Sayyed indique une maison blanche derrière lui, dont les murs sont criblés d’impacts de balle et dont le toit s’est effondré.

« C’est ma maison », explique ce réfugié palestinien, père de neuf enfants, déplacé du camp de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban, dévasté l’année dernière, au cours d’une guerre de 15 semaines qui a opposé l’armée aux insurgés islamistes.

Bientôt, les bulldozers qui déblaient les ruines vont démolir la maison blanche ainsi que les autres, et les restes du domicile de M. Sayyed lui passeront entre les mains, à mesure qu’il triera les décombres pour un salaire de 13 dollars par jour.

De l’autre côté du camp, dans un lieu d’hébergement temporaire connu sous le nom de la caserne, la femme de M. Sayyed pleure la mort de leur dixième fils, encore bébé. L’enfant est décédé pour n’avoir pas reçu les soins médicaux qu’il lui fallait, quatre jours à peine après sa naissance, selon son père.

Parce que la communauté internationale en général, et les pays arabes en particulier, n’ont pas répondu à l’appel humanitaire d’urgence lancé au nom des habitants de Nahr al-Bared, la vie des réfugiés comme M. Sayyed va devenir encore un peu plus difficile.

L’appel d’urgence lancé par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) pour solliciter la somme de 42 millions de dollars afin de couvrir les besoins humanitaires immédiats des 30 000 Palestiniens déplacés de Nahr al-Bared reste presque sans réponse.

Seuls les Etats-Unis et la Norvège se sont manifestés ; l’UNRWA devra donc ce mois-ci réduire de 200 à 150 dollars par mois les aides au logement versées à 3 200 familles déplacées, et diminuer le nombre de produits qui composent les paniers alimentaires reçus par chaque famille.


Photo: Hugh Macleod/IRIN
Des refugiés palestiniens gagnent 13 dollars par jour pour déblayer les décombres des maisons de leurs voisins

En juin, l’UNRWA a annoncé qu’elle avait besoin d’environ 445 millions de dollars pour reconstruire le camp de réfugiés (à la fois le Nouveau Camp ainsi nommé, qui a subi de graves dégâts, et le Vieux Camp initial, plus petit, aujourd’hui entièrement détruit).

OPEP

Jusqu’ici, l’UNRWA dit avoir reçu à peine 70 millions de dollars, dont 88 pour cent proviennent de dons occidentaux.

L’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, composée de 13 membres dont les revenus devraient atteindre cette année la somme record de plus de 1 000 milliards de dollars, a donné à peine cinq millions de dollars pour financer la reconstruction de Nahr al-Bared. Six membres de l’OPEP sont des pays du Moyen-Orient.

L’opération prévue de déblayage des décombres, d’une durée de 18 mois et d’un coût de 20 millions de dollars, n’a été qu’à moitié financée par l’Union européenne (UE). En juillet 2007, l’Arabie saoudite a donné 12 millions de dollars à l’UNRWA pour aider les familles déplacées à payer leur loyer et à acheter des vivres, mais jusqu’ici aucun gouvernement arabe ne s’est engagé à financer la reconstruction du camp, à long terme.

« Les rêves et les accomplissements d’un peuple qui attend depuis 60 ans une solution juste à son sort sont ensevelis sous ces milliers de tonnes de décombres », a déclaré Filipo Grandi, Commissaire général adjoint de l’UNRWA, au cours d’une conférence de presse tenue à Nahr al-Bared, le 29 octobre, à l’occasion du lancement de l’opération de déblayage.

« Les financements constituent le plus grand défi auquel nous nous trouvons confrontés […] Je suis absolument sûr que les bailleurs occidentaux et orientaux verseront les fonds dont nous avons tant besoin. Il en va de la stabilité de la région et du bien-être et de l’avenir de 30 000 personnes. C’est trop important pour être ignoré ou oublié ».


Photo: Hugh Macleod/IRIN
Le sol de Nahr al-Bared est truffé de munitions non-explosées

Manifestation

Tandis qu’il s’exprimait, une poignée de Palestiniens manifestaient bruyamment devant le lieu de la conférence de presse, accusant la communauté internationale de les abandonner.

« Pour ceux qui croient aux droits humains, ce que fait l’UNRWA est un crime contre l’humanité », s’est écrié Arkan Bader, un représentant furieux du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une faction implantée à Nahr al-Bared.

« Ils ont réduit de 15 pour cent la couverture des frais médicaux. Les pays du Golfe ont promis en juin de verser la moitié des sommes qu’ils se sont engagés à donner [pour Nahr al-Bared], mais jusqu’ici, ils n’ont rien payé ».

L’ampleur de la tâche qui incombe à l’UNRWA et à d’autres organismes chargés des opérations de reconstruction et de rétablissement à Nahr al-Bared a été mise en exergue par l’évaluation d’un démineur, qui dirige l’opération d’enlèvement des munitions non-explosées (UXO) qui se trouvent parmi les ruines du camp.

Paul Leader, responsable des opérations à Nahr al-Bared pour Handicap International, que l’UNRWA a engagé pour retirer les UXO, estime qu’il faudra peut-être deux ou trois ans pour terminer le travail, bien que le contrat initial se limite à un an.

« Jamais un travail d’une telle ampleur, face à un tel degré de contamination, n’a été réalisé », a déclaré le démineur chevronné, fort d’une expérience en Irak et aux Balkans. « Dans toute guerre conventionnelle, 10 à 15 pour cent des explosifs n’explosent pas. Et beaucoup ont été lancés, ici ».

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