Des familles réunies... un court instant

Seize ans après l’accord de cessez-le-feu conclu sous l’égide des Nations Unies, le processus de paix au Sahara Occidental est dans l’impasse et très peu de choses ont changé pour les populations sahraouies vivant dans ce territoire désertique sous contrôle marocain et coupées de leurs compatriotes installés dans les camps de réfugiés du sud-ouest de l’Algérie.

« J’ai toujours gardé en mémoire le visage de ma mère depuis que j’étais un jeune garçon », a expliqué Mohamed, 45 ans. Le mois dernier, il la revoyait pour la première fois, après 30 années de séparation. « Je l’ai reconnue tout de suite ».

La maison de Mohamed et celle de sa mère sont encore séparées par des champs de mines et un mur de sable de plus de 2 000 kilomètres de long. Mais depuis 2004, le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) effectue des vols réguliers entre les camps de réfugiés et le territoire du Sahara occidental afin de réunir temporairement les familles.

Partis en avion du territoire du Sahara occidental, Mohamed, sa femme et leurs deux jeunes filles sont arrivés dans un camp de réfugiés à bord d’une voiture du HCR, accueillis par des parents et amis en liesse qui ont littéralement pris d’assaut le véhicule.

Après les manifestations de joie et les embrassades, les nouveaux arrivants ont été conduits sous une tente où des réjouissances étaient organisées à leur intention.

Soutenu par l’Algérie, le Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro, ou Front Polisario, a engagé son combat pour l’indépendance du peuple Sahraoui au début des années 1970, alors que le Sahara occidental était encore une colonie espagnole.

Ce combat s’est poursuivi après l’annexion fin 1975 du nord du territoire par les troupes marocaines et le retrait de l’Espagne, quelques mois plus tard.

Depuis 1991, il y règne un calme relatif qui s’explique par la signature d’un cessez-le-feu conclu sous l’égide des Nations Unies, et la mise sur pied de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), la plus longue mission de maintien de la paix déployée en Afrique.

Toutefois, bien que son mandat ait été renouvelé pour la 35ème fois au mois d’avril, la mission n’a toujours pas rempli son objectif qui est l’organisation du référendum sur le statut du territoire.

Alors que le Maroc continue de revendiquer sa souveraineté sur le territoire, le Polisario exige la reconnaissance du droit des Sahraouis à un Etat indépendant.

Pour ce peuple traditionnellement nomade qui compte 200 000 à 300 000 individus, le choix est de savoir de quel côté de ce mur de sable se trouve leur patrie.

En effet, la plupart des Sahraouis sont originaires de ce territoire qui offre par ailleurs de nombreux avantages tant en termes d’infrastructures modernes que d’opportunités économiques. Quant aux camps, ils sont les endroits où les réfugiés se battent quotidiennement contre la malnutrition et les difficiles conditions de vie du désert.

La plupart des Sahraouis ont de la famille de part et d’autre de ce mur de sable, et après près de trois décennies passées dans les camps de réfugiés, la majorité des jeunes gens n’ont jamais connu leur pays.

Et pendant qu’on continue de célébrer l’arrivée de Mohamed, au milieu de la musique et des danses, certains participants se demandent quand ils pourront bénéficier du programme de visite familiale.

Selon le rapport du HCR, le plus grand obstacle à la poursuite de ce programme est « l’incertitude autour de l’avenir du Sahara occidental ».

Bien que le HCR se batte pour tenir sa ligne apolitique, l’agence onusienne opère dans un environnement très politisée où le Polisario accuse le Maroc de chercher à affamer les réfugiés, alors que les Marocains considèrent les réfugiés comme des otages que la direction du Polisario utilise pour satisfaire leurs ambitions personnelles.

Même si l’objectif du HCR cette année est de permettre à quelque 3 000 personnes de rendre visite à leur famille, depuis 2004, moins d’un tiers des 20 000 Sahraouis inscrits au programme de visite familiale a bénéficié de cette mesure.

A New York, les représentants des deux camps ont entamé pour la première fois des négociations directe, mais leurs divergences de point de vue – le Maroc offrant une large autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine, alors que le Polisario exige un référendum – et la volonté longtemps exprimée des Nations Unies de rechercher une solution acceptable par les deux parties, laissent présager que les programme de visites familiales vont encore garder leur importance aux yeux des Sahraouis pendant un moment.

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