Des réfugiés rwandais pas prêts à regagner leur pays

En dépit de la paix qui règne actuellement au Rwanda, des milliers de personnes qui avaient fui pour se réfugier au Congo, après le génocide de 1994, ne sont pas prêtes à regagner leur pays.

Ces réfugiés vivent en si parfaite harmonie avec les Congolais, qu’ils ont mal accueilli le plan de rapatriement élaboré en juin 2003 par les gouvernements congolais et rwandais, avec l’appui du Haut Commissariat des Nations unis pour les réfugiés (HCR).

Ces Rwandais ont fui leur pays après le génocide qui, en l’espace de trois mois, a coûté la vie à 937 000 Tutsis et Hutus politiquement modérés.

Certains réfugiés ont expliqué qu’ils ne voulaient pas retourner au Rwanda parce qu’ils avaient tissé des liens avec la population locale à travers des mariages. En outre, ils n’avaient plus de famille dans leur pays et n’avaient pas confiance dans les autorités rwandaises. La peur d’être traduits devant les « Gacaca », le système judiciaire traditionnel rwandais et les représailles éventuelles de la part des familles des personnes tuées pendant le génocide les poussent également à rester en République du Congo.

« Chacun de nous peut repartir au Rwanda s’il le veut. Mais quand je sais déjà que toute ma famille a été massacrée à Kigali, pourquoi retournerai-je ? » s’est interrogée Naomie Ntsenga, une réfugiée hutue vivant à Mbé, à 155 km au nord-est de Brazzaville.

Mbé est le fief des Batékés, l’ethnie la plus importante du Congo. Les Rwandais s’y sont installés comme travailleurs agricoles ou exercent d’autres petits métiers et les habitants sont très contents de leur présence. Selon Dominique Mounzouani, chef de district, les réfugiés ont été tout particulièrement utiles lorsque les tracteurs sont tombés en panne faute d’entretien.

« Les réfugiés représentent une main-d’œuvre importante. Ils nous aident à cultiver les champs et nous les aidons à vivre comme nous », a-t-il ajouté.

Des réfugiés très entreprenants

Mobiles et très entreprenants, les réfugies sont devenus des paysans, des pêcheurs, des boulangers, des chauffeurs de taxi et des vendeurs de vin de palme. Cependant, certaines de leurs activités ont eu des répercussions négatives. Par exemple, les chefs locaux leur ont permis d’exploiter des terres sablonneuses et infertiles aux alentours de Kintélé, ce qui les a poussé à abattre des arbres pour en faire du bois de chauffage et du charbon. De telles activités ont engendré des problèmes écologiques.

« Ils détruisent les forêts naturelles et artificielles », a déclaré Gabriel Ontsira, directeur de l’information et de la promotion du droit international humanitaire à la direction générale de la solidarité et de l’action humanitaire au ministère congolais des Affaires sociales.

Selon le HCR, la plupart des réfugiés rwandais ont montré qu’ils étaient capables de se débrouiller seuls et n’ont plus besoin de l’aide de l’agence.

Aujourd’hui, seuls 800 réfugiés rwandais habitent le camp de Kintélé, contre 4 413 à son ouverture, a indiqué en juillet 2005, le bureau du HCR de Brazzaville dans un document intitulé « Les objectifs pour 2005 ». Beaucoup d’entre eux sont allés dans les régions de la Cuvette, de Sangha et de Likouala, dans le nord-est et le centre du Congo, ainsi que dans le sud de Kouilou, dans la région de et de la Pointe-Noire.

En fait, selon Roger Bouka Owoko, directeur exécutif de l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), les réfugiés rwandais sont présents dans presque toutes les régions du Congo.

Il est particulièrement difficile de déloger les réfugiés et de les inciter à regagner volontairement leur pays ; même si Christine Nyatanyi, la ministre rwandaise du développement communautaire et des affaires sociales, s’est rendue à Brazzaville en juin dernier pour tenter de rassurer les réfugiés qu’ils pouvaient retourner dans leur pays en toute sécurité.

« Nous sommes en train de reconstruire le pays et avons besoin de l’aide de tous les Rwandais qui vivent à l’étranger ou à l’intérieur du pays », leur a-t-elle déclaré. Mais son discours n'a pas convaincu les réfugiés.