Parler aux jeunes du sida est comme «combattre un animal mort»

Les jeunes botswanais savent très bien que leur pays a un des taux de prévalence du VIH les plus élevés au monde : ils connaissent le sida, ses causes et les moyens de s’en protéger.

Mais pour ceux qui vivent dans les quartiers comme Old Naledi, Broadhurst et Bontleng, qui cohabitent avec la honte, la pauvreté, la mort et la maladie, toutes ces sombres statistiques et ces messages sur le sida n’amène que désillusions.

Un lundi particulièrement chaud et sec, un groupe de jeunes assistent, à l’ombre d’un arbre, à la rencontre hebdomadaire du groupe d’action de Old Naledi, le plus grand quartier de la capitale Gaborone. Ce sont les conseillers du Urban Youth Project (UYP), une campagne sur la santé sexuelle et la contraception visant les jeunes sans emplois, les travailleurs du sexe et les enfants de la rue.

Emmanuel, le directeur d’une troupe de théâtre, compare ses conversations avec les jeunes autour du sida à “un combat avec un animal mort”.

Le Botswana a tout ce qu’il faut pour contrer l’épidémie: un leadership politique, une mise en valeur des ressources et un plan de traitement bien établi.

Une récente étude sur l’impact du sida au Botswana (BAIS) a démontré que 89 pour cent des Botswanais connaissent les méthodes de prévention du VIH, 84 pour cent pensent que les femmes peuvent négocier une sexualité sans risques et 41 pour cent n’ont pas de préjugés sur la maladie.

«Les jeunes sont inondés d’informations, mais rien n’amène de changement de comportement», a expliqué Robert Letsatsi, le coordonnateur de projet pour le Centre pour jeunes Espoirs (CEYOHO), une ONG pour les jeunes séropositifs.

Sous l’arbre de Old Naledi, Roy Mafunga est, à 30 ans, l’un des aînés du groupe d’action. Récemment élu conseiller municipal, il soulève quelques problématiques affectant les jeunes du pays.

L’abus d’alcool est répandu au Botswana. «Les bars et les shebeens deviennent une forme de loisir. Quand tu es sans emploi et que tu n’as rien à faire, inutile d’attendre les fins de semaine pour boire, tu peux le faire tous les jours», remarque Mafunga.

Les conditions de vie dans les quartiers comme Old Naledi encouragent l’abus d’alcool. En dépit du succès économique du Botswana, la grande majorité des citoyens vit toujours dans la pauvreté.

Cette réalité semble ignorée par les campagnes de prévention. «On doit se rapprocher des gens…. Il est difficile d’informer quelqu’un sur le sida s’il a trop faim pour écouter», a ajouté Mafunga.

C’est pour cela que l’UYP ne parle pas que “de sexualité et de SIDA”. Magdeline Madibela, qui supervise le projet, a souligné l’importance d’encourager les jeunes à se fixer des objectifs et à se prendre en main via des formations fondées sur l’échange. Le projet dévelope également des cliniques de santé pour les jeunes.

L’UYP a aussi des groupes de sport, de musique, de théâtre et de danse traditionnelle, qui participent à l’initiative «Southern African Youth» (SAY), une campagne des Nations Unies visant à soutenir les projets destinés aux jeunes dans sept pays d’Afrique australe affectés par le sida.

Le projet est animé par les jeunes : chaque quartier a son propre groupe d’action responsable d’initier ses projets, consolidés avec l’aide du ministère de la Santé, des ONG, des groupes communautaires et des Nations Unies.

Près de la moitié des nouvelles infections se manifeste chez les jeunes botswanais, on ne peut donc pas ignorer cette crise de génération, a dit Madibela.

Alice Manthe a vingt-neuf ans. Elle est frêle et parle doucement. Elle est aussi éducatrice communautaire et membre de CEYOHO, un des partenaires de l’UYP. Séropositive depuis cinq ans, elle prend des ARV depuis trois ans maintenant.

Malgré la disponibilité d’ARV gratuits, Alice a constaté que les jeunes sont réfractaires à toute aide. Les jeunes bostwanais sont «trop effrayés pour prendre des médicaments” et ne sont pas prêts à changer radicalement leur vie.

«Ils me disent que l’alcool est meilleur que les ARV, que ça leur permet d’oublier et qu’ils sont trop jeunes pour prendre des médicaments régulièrement», a ajouté Alice.

La honte et de la discrimination rend l’affirmation de leur séropositivité encore plus difficile. Seulement quatre des 300 membres de CEYOHO ont eu le courage d’annoncer leur statut, a dit Letsatsi.

CEYOHO essaie néanmoins d’encourager plus de jeunes à aller de l’avant et à se faire testés, notamment en organisant le populaire concours de beauté Mademoiselle VIH Sans Honte qui vise à vaincre la discrimination.

«Nous devons créer un espace plus convivial pour les jeunes», affirme Letsatsi. «Au lieu de les bombarder d’informations insignifiantes, nous devons développer une parole qui leur est propre, proche de leur réalité.»