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samedi 25 mai 2013
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HYGIÈNE: Parlons de caca
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London School of Hygiene and Tropical Medicine
Le « Caca doré » présenté lors de l’exposition de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres
LONDRES, 23 octobre 2012 (IRIN) - Si vous franchissez les imposantes portes de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres cette semaine, vous pourrez voir un étron plaqué or sur un coussin de soie rouge. Cet objet baptisé « Caca doré » est un porte-bonheur japonais (un jeu de mot sur la similitude entre les mots « chance » et « caca » en japonais).
Présenté lors de l’« Exposition Assainissement et Hygiène » organisée par l’établissement londonien jusqu’à la fin du mois, cet objet a peu de chance de passer inaperçu. La directrice du Centre d’hygiène de l’École, Valerie Curtis, l’apprécie beaucoup. « C’est mon préféré », a-t-elle dit à IRIN, « car je participe à une campagne dont l’objectif est d’amener les gens à parler [d’excréments]. Et le Caca doré nous permet d’attirer l’attention sur un phénomène responsable de la plupart des décès d’enfants dans le monde d’une manière ludique et vivante. C’est l’ennemi public numéro un ».
Cette exposition est un joyeux mélange d’objets éclectiques et de perles tirés des archives de l’École de Londres. Placés côte à côte, des toilettes accroupies bleues et un pot en plastique d’un vert éclatant du Burkina Faso rappellent le passé très insalubre de la Grande-Bretagne.
Sont également exposés un poster de sensibilisation sur le choléra affiché en 1866 dans le quartier de l’East End de Londres, où la maladie était courante, et un livre de 1887 sur le premier système d’égouts de la ville. Celui-ci a été construit après que les députés britanniques ont menacé d’abandonner les Chambres du Parlement donnant sur les rives de la Tamise en raison de l’odeur nauséabonde provenant de la rivière un été brûlant.
Pour les personnes qui œuvrent en faveur de l’hygiène, le problème fondamental aujourd’hui est le même qu’il y a 150 ans. Les bons systèmes et les bons produits existent ; la difficulté est de convaincre les gens de les adopter. L’École accueille des ingénieurs qui travaillent sur la plomberie d’un système d’assainissement adapté, mais l’attitude et les habitudes des personnes, la compréhension de ces attitudes et habitudes, et la manière de les faire évoluer – si nécessaire – sont également étudiées.
Le Centre d’hygiène de l’École est financé par la multinationale Unilever, qui fabrique des lessives et des savons de premier rang. « Un mariage idéal », a dit Mme Curtis, « entre ceux qui vendent du savon et ceux qui essayent de convaincre les gens d’en utiliser ». Elle n’est nullement intimidée par les personnes critiques qui reprochent à l’établissement d’accepter des fonds privés. « Selon moi, il serait immoral de vanter les bienfaits de l’utilisation du savon sans demander de contribution aux sociétés qui vendent le savon ».
Messages positifs
Unilever fournit un financement et une expertise dans le domaine de la communication, qui est l’art d’amener les gens à faire les choses à votre manière. Quel que soit le produit proposé (le lavage des mains, par exemple), il doit créer des associations positives, pas négatives. Les messages traditionnels sur l’hygiène, prononcés sur un ton autoritaire, dit Mme Curtis, vont à l’encontre de cette idée. « Ils disent : "Vous, la personne sale, vous ne vous êtes pas lavé les mains avec du savon. Vos enfants vont mourir" ».
Et voici SuperAmma (SuperMaman), un personnage de dessin animé montré dans le sud de l’Inde. Dans les villages, les groupes échantillons ont choisi les dessins les plus attrayants pour représenter SuperAmma et son fils. Le petit garçon se lave les mains et grandit, il est en bonne santé, intelligent et bien élevé, il devient médecin et chérit sa vieille mère. Lors des premières diffusions, ce message positif a reçu des réponses positives.
Un autre des objets exposés, baptisé « Tiger Toilet », pourrait également bénéficier d’une meilleure communication. Ces toilettes conçues pour être utilisées dans un environnement urbain devraient apporter une amélioration aux latrines traditionnelles, qui sont parfois malodorantes, attirent les mouches et sont difficiles à vider en plein cœur d’une ville.
« Le Caca doré nous permet d’attirer l’attention sur un phénomène responsable de la plupart des décès d’enfants dans le monde »
Ces toilettes sont des latrines à chasse d’eau nécessitant l’utilisation d’un ou deux litres d’eau, un volume suffisant pour remplir une cuvette munie d’un siphon en S qui permet d’éviter la remontée des mauvaises odeurs. Les excréments sont évacués par un tuyau disposé en diagonale dans une fosse se terminant par un plateau grillagé. Sous ce plateau se trouve une grille sur laquelle vit une colonie de vers du fumier, déjà couramment utilisés dans les composts, et présents dans la plupart des pays. Les vers mangent et digèrent les excréments avec une efficacité telle qu’il reste très peu de résidus : ces derniers peuvent servir d’engrais et sont sûrs à utiliser.
Jeroen Ensink, concepteur des « Tiger Toilet », considère qu’il s’agit d’une technologie intermédiaire parfaite. « L’avantage », a-t-il dit à IRIN, « c’est que le système est adaptable. Si l’on dispose déjà d’une latrine à fosse, on peut l’installer sur cette même fosse. Et c’est un plus pour les ménages qui n’ont pas les moyens de s’offrir une installation de plomberie moderne ».
Un défi marketing
Reste à savoir si les gens accepteront d’avoir des vers vivants dans leurs toilettes. Lors de l’ouverture de l’exposition, ces toilettes ont attiré l’attention des étudiants internationaux de l’École. Un jeune homme originaire du Kenya s’est dit impressionné. « Dans notre situation », a-t-il dit, « disposer de ces installations, qui sont faciles à mettre en place, ce serait quelque chose. Les gens construisent une petite latrine à fosse ou une fosse septique chez eux, elle se remplit et il faut payer pour la vider. Mais on peut se demander ce qu’il va se passer si ces vers se transforment en papillons ou quelque chose comme ça. Il faudrait vraiment trouver une bonne façon d’approcher les gens et élaborer des messages clés sur le sujet ».
Un étudiant américain a exprimé un doute. « Instinctivement, je ne pense pas qu’il soit rassurant de savoir qu’il y a des vers dans vos toilettes. Mais j’imagine que si je ne les vois pas et que je ne dois pas m’en occuper, alors je peux oublier qu’ils sont là ».
C’est à ce genre de questions que l’École de Londres tente de répondre, a dit la directrice de recherche Eileen Chappell. « Beaucoup de personnes travaillent sur la question du dégoût. Nous avons des personnes qui sont en doctorat, qui écrivent des livres sur le dégoût et sur ce qui provoque le dégoût. Les gens disent "Oh, des vers dans les toilettes, c’est dégoûtant !", mais les "Tiger Toilet" sont très bien, tout à fait viables. Alors comment peut-on les faire changer d’attitude et les leur présenter comme une solution acceptable ? ».
eb/oa/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Santé et nutrition
,
Politique
,
Eau et Assainissement
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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LONDRES, 23 octobre 2012 (IRIN) - Si vous franchissez les imposantes portes de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres cette semaine, vous pourrez voir un étron plaqué or sur un coussin de soie rouge. Cet objet baptisé « Caca doré » est un porte-bonheur japonais (un jeu de mot sur la similitude entre les mots « chance » et « caca » en japonais).
Présenté lors de l’« Exposition Assainissement et Hygiène » organisée par l’établissement londonien jusqu’à la fin du mois, cet objet a peu de chance de passer inaperçu. La directrice du Centre d’hygiène de l’École, Valerie Curtis, l’apprécie beaucoup. « C’est mon préféré », a-t-elle dit à IRIN, « car je participe à une campagne dont l’objectif est d’amener les gens à parler [d’excréments]. Et le Caca doré nous permet d’attirer l’attention sur un phénomène responsable de la plupart des décès d’enfants dans le monde d’une manière ludique et vivante. C’est l’ennemi public numéro un ».
Cette exposition est un joyeux mélange d’objets éclectiques et de perles tirés des archives de l’École de Londres. Placés côte à côte, des toilettes accroupies bleues et un pot en plastique d’un vert éclatant du Burkina Faso rappellent le passé très insalubre de la Grande-Bretagne.
Sont également exposés un poster de sensibilisation sur le choléra affiché en 1866 dans le quartier de l’East End de Londres, où la maladie était courante, et un livre de 1887 sur le premier système d’égouts de la ville. Celui-ci a été construit après que les députés britanniques ont menacé d’abandonner les Chambres du Parlement donnant sur les rives de la Tamise en raison de l’odeur nauséabonde provenant de la rivière un été brûlant.
Pour les personnes qui œuvrent en faveur de l’hygiène, le problème fondamental aujourd’hui est le même qu’il y a 150 ans. Les bons systèmes et les bons produits existent ; la difficulté est de convaincre les gens de les adopter. L’École accueille des ingénieurs qui travaillent sur la plomberie d’un système d’assainissement adapté, mais l’attitude et les habitudes des personnes, la compréhension de ces attitudes et habitudes, et la manière de les faire évoluer – si nécessaire – sont également étudiées.
Le Centre d’hygiène de l’École est financé par la multinationale Unilever, qui fabrique des lessives et des savons de premier rang. « Un mariage idéal », a dit Mme Curtis, « entre ceux qui vendent du savon et ceux qui essayent de convaincre les gens d’en utiliser ». Elle n’est nullement intimidée par les personnes critiques qui reprochent à l’établissement d’accepter des fonds privés. « Selon moi, il serait immoral de vanter les bienfaits de l’utilisation du savon sans demander de contribution aux sociétés qui vendent le savon ».
Messages positifs
Unilever fournit un financement et une expertise dans le domaine de la communication, qui est l’art d’amener les gens à faire les choses à votre manière. Quel que soit le produit proposé (le lavage des mains, par exemple), il doit créer des associations positives, pas négatives. Les messages traditionnels sur l’hygiène, prononcés sur un ton autoritaire, dit Mme Curtis, vont à l’encontre de cette idée. « Ils disent : "Vous, la personne sale, vous ne vous êtes pas lavé les mains avec du savon. Vos enfants vont mourir" ».
Et voici SuperAmma (SuperMaman), un personnage de dessin animé montré dans le sud de l’Inde. Dans les villages, les groupes échantillons ont choisi les dessins les plus attrayants pour représenter SuperAmma et son fils. Le petit garçon se lave les mains et grandit, il est en bonne santé, intelligent et bien élevé, il devient médecin et chérit sa vieille mère. Lors des premières diffusions, ce message positif a reçu des réponses positives.
Un autre des objets exposés, baptisé « Tiger Toilet », pourrait également bénéficier d’une meilleure communication. Ces toilettes conçues pour être utilisées dans un environnement urbain devraient apporter une amélioration aux latrines traditionnelles, qui sont parfois malodorantes, attirent les mouches et sont difficiles à vider en plein cœur d’une ville.
« Le Caca doré nous permet d’attirer l’attention sur un phénomène responsable de la plupart des décès d’enfants dans le monde »
Ces toilettes sont des latrines à chasse d’eau nécessitant l’utilisation d’un ou deux litres d’eau, un volume suffisant pour remplir une cuvette munie d’un siphon en S qui permet d’éviter la remontée des mauvaises odeurs. Les excréments sont évacués par un tuyau disposé en diagonale dans une fosse se terminant par un plateau grillagé. Sous ce plateau se trouve une grille sur laquelle vit une colonie de vers du fumier, déjà couramment utilisés dans les composts, et présents dans la plupart des pays. Les vers mangent et digèrent les excréments avec une efficacité telle qu’il reste très peu de résidus : ces derniers peuvent servir d’engrais et sont sûrs à utiliser.
Jeroen Ensink, concepteur des « Tiger Toilet », considère qu’il s’agit d’une technologie intermédiaire parfaite. « L’avantage », a-t-il dit à IRIN, « c’est que le système est adaptable. Si l’on dispose déjà d’une latrine à fosse, on peut l’installer sur cette même fosse. Et c’est un plus pour les ménages qui n’ont pas les moyens de s’offrir une installation de plomberie moderne ».
Un défi marketing
Reste à savoir si les gens accepteront d’avoir des vers vivants dans leurs toilettes. Lors de l’ouverture de l’exposition, ces toilettes ont attiré l’attention des étudiants internationaux de l’École. Un jeune homme originaire du Kenya s’est dit impressionné. « Dans notre situation », a-t-il dit, « disposer de ces installations, qui sont faciles à mettre en place, ce serait quelque chose. Les gens construisent une petite latrine à fosse ou une fosse septique chez eux, elle se remplit et il faut payer pour la vider. Mais on peut se demander ce qu’il va se passer si ces vers se transforment en papillons ou quelque chose comme ça. Il faudrait vraiment trouver une bonne façon d’approcher les gens et élaborer des messages clés sur le sujet ».
Un étudiant américain a exprimé un doute. « Instinctivement, je ne pense pas qu’il soit rassurant de savoir qu’il y a des vers dans vos toilettes. Mais j’imagine que si je ne les vois pas et que je ne dois pas m’en occuper, alors je peux oublier qu’ils sont là ».
C’est à ce genre de questions que l’École de Londres tente de répondre, a dit la directrice de recherche Eileen Chappell. « Beaucoup de personnes travaillent sur la question du dégoût. Nous avons des personnes qui sont en doctorat, qui écrivent des livres sur le dégoût et sur ce qui provoque le dégoût. Les gens disent "Oh, des vers dans les toilettes, c’est dégoûtant !", mais les "Tiger Toilet" sont très bien, tout à fait viables. Alors comment peut-on les faire changer d’attitude et les leur présenter comme une solution acceptable ? ».
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