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PAKISTAN: Les réfugiés afghans évaluent les maigres options qui s’offrent à eux
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Rebecca Conway/IRIN
Mohammad Issa et sa conjointe dans un camp de réfugiés de fortune situé en périphérie d’Islamabad
ISLAMABAD, 28 août 2012 (IRIN) - À 70 ans, Mohammad Issa peine déjà à survivre à Islamabad, la capitale pakistanaise, où il a trouvé refuge après avoir fui la guerre en Afghanistan il y a plusieurs années. Comme il souffre d’une maladie cardiaque, il a des difficultés à quitter la maison et dépend de ses enfants, qui ramassent du carton pour gagner leur vie.
M. Issa pourrait cependant bientôt devoir faire face à la perspective du retour, car le statut légal des réfugiés afghans au Pakistan est compromis.
« J’ai eu une vie très difficile. Je suis fatigué maintenant. Je ne veux déranger personne, je veux juste qu’on me laisse tranquille pour les années qu’il me reste à vivre », a dit M. Issa à IRIN.
M. Issa fait partie des 1,7 million de réfugiés afghans enregistrés au Pakistan et dont les cartes de preuve d’enregistrement expireront à la fin de cette année. Les gouvernements du Pakistan et de l’Afghanistan et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) n’ont pas encore pris de décision quant au sort des réfugiés après cette date.
Des décennies de déplacement
Les premiers réfugiés afghans sont arrivés au Pakistan à la fin des années 1970, au début de la guerre en Afghanistan. Dans les décennies qui ont suivi, ils ont été nombreux à fuir leur pays pour échapper à la guerre civile du début des années 1990 et, quelques années plus tard, au régime taliban. Au fil des ans, ils ont créé des entreprises, construit des maisons et embrassé des professions. À Islamabad et à Kaboul, les gouvernements ont, avec l’aide du HCR, fourni des cartes d’identité aux réfugiés pour les protéger contre une déportation forcée.
Aujourd’hui toutefois, le statut des réfugiés afghans du Pakistan est incertain. Certains préfèrent ne pas penser à la date fatidique tandis que d’autres tentent de trouver des solutions. Rares sont ceux qui pourront se payer le voyage jusqu’à la frontière en cas d’expulsion.
À Islamabad, au camp de Dhok Choorah, qui accueille environ une centaine de familles, c’est un mélange de résistance, d’incertitude et de résignation qui règne.
« Je n’ai pas d’argent, pas de plan s’ils nous obligent à partir. Je n’ai même pas assez d’argent pour prendre l’autobus jusqu’à la frontière. Nous allons devoir marcher jusque-là », a dit Najibullah Khan, 75 ans, qui réussit à gagner sa vie en revendant le papier et le verre qu’il ramasse dans les rues. Il touche l’équivalent de 2 dollars par jour, ce qui est à peine suffisant pour nourrir ses cinq enfants, dont quatre ont des difficultés d’apprentissage.
De nombreux Afghans plus jeunes qui sont nés et ont grandi au Pakistan ne considèrent pas le retour dans le pays d’origine de leurs parents comme une option. L’Afghanistan est en effet toujours plongé dans la violence et offre peu de possibilités.
« Il n’est pas question que je retourne en Afghanistan, pas question qu’on me force à y retourner », a dit Khan Mohammad, 23 ans, qui travaille comme ouvrier dans l’un des marchés les plus animés d’Islamabad. « Je préfère mourir plutôt que de permettre à mes enfants et à ma femme de retourner en Afghanistan. Il n’y a rien d’autre que la misère et le sang là-bas. »
« J’essaie de trouver le moyen d’aller vivre dans un autre pays, mais c’est difficile parce que je n’ai pas d’argent. Je vais continuer d’essayer malgré tout. Et si je n’y arrive pas, je resterai ici. »
M. Mohammad partage une maison avec son frère aîné Sultan, qui est âgé de 35 ans. Les deux frères ont l’intention de faire profil bas pour rester au Pakistan après la date fatidique.
« Nous garderons la tête basse et nous continuerons de travailler dur et d’éviter les problèmes », a dit Sultan. La famille se réunit dans un petit salon décoré de tapis et de coussins pour entendre les nouvelles d’Afghanistan, mais les deux frères disent que ces moments leur apportent peu de réconfort.
« Ce qui se passe en Afghanistan est parfaitement clair. Comment puis-je demander à mes enfants d’aller vivre dans un endroit comme celui-là ? » demande Sultan, qui est arrivé au Pakistan avec ses parents au milieu des années 1980.
« Une fois que les forces de l’OTAN auront quitté l’Afghanistan, le pays sera de nouveau plongé dans la guerre civile. Et même si ce n’est pas le cas, les ennemis de la famille nous tueront si nous remettons les pieds dans notre village. »
Situation confuse
Des responsables pakistanais
ont dit aux médias
que les cartes de preuve d’enregistrement des réfugiés afghans ne seront pas renouvelées et qu’on leur demandera de quitter le pays.
Mais le gouvernement pakistanais est divisé par des luttes intestines, et d’autres insistent sur le fait qu’aucune décision n’a été prise pour l’instant.
La situation reste confuse, a dit un haut fonctionnaire du Commissariat pour les réfugiés afghans de la province de Khyber Pakhtunkhwa, qui a demandé à garder l’anonymat car non-autorisé à parler aux médias.
« Plusieurs discussions ont été engagées. Nous sommes d’accord sur le fait que les cartes d’enregistrement arriveront à expiration à la fin de l’année, mais nous n’avons pas encore pris de décision quant aux arrangements qui seront pris après cette date. »
Des responsables des Nations Unies ont également dit qu’aucune décision n’avait été prise à ce sujet pour l’instant et des discussions étaient en cours entre plusieurs organismes pour parvenir à un arrangement.
Mohammad Hussain, un étudiant en droit de 24 ans qui travaille comme responsable administratif dans un cabinet d’avocats d’Islamabad, garde espoir.
« Personne ne sait quel sera notre statut après le 31 décembre, mais nous en avons discuté avec de nombreuses personnes, en particulier avec des avocats spécialisés dans la défense des droits de l’homme. Je ne crois pas qu’ils nous forceront à partir. Ils ne peuvent pas faire ça. Ce serait un enjeu international majeur et les Nations Unies ne le permettraient pas », a-t-il dit.
Le HCR a indiqué que les Afghans qui vivent au Pakistan
conserveront leur statut de réfugié
indépendamment de la décision du gouvernement pakistanais.
« Ces gens ont bâti toute leur vie ici. Ils sont ici chez eux », a dit M. Hussain. « Le gouvernement ne peut pas simplement leur dire de tout abandonner et de partir. Je m’attends à ce qu’il trouve une solution bientôt. »
Assise à l’extérieur de sa maison de deux pièces en terre, Bibi, une femme de 55 ans qui ne porte qu’un nom, souhaite que les autorités mettent fin à la confusion.
« Personne n’est venu nous expliquer ce qui se passe et quelles sont nos options », a dit Bibi. Son mari et son fils, tous deux handicapés, vendent des sacs de plastique dans les marchés d’Islamabad pour faire vivre le reste de la famille.
« S’ils ont l’intention de nous expulser, ils devraient nous le dire au lieu de nous laisser dans l’incertitude. »
Pour plus d’informations, consultez le
dossier
d’IRIN sur les réfugiés afghans au Pakistan.
rc/ha/rz
Theme (s)
:
Economie
,
Démocratie et gouvernance
,
Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
Sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Mohammad Issa et sa conjointe dans un camp de réfugiés de fortune situé en périphérie d’Islamabad
ISLAMABAD, 28 août 2012 (IRIN) - À 70 ans, Mohammad Issa peine déjà à survivre à Islamabad, la capitale pakistanaise, où il a trouvé refuge après avoir fui la guerre en Afghanistan il y a plusieurs années. Comme il souffre d’une maladie cardiaque, il a des difficultés à quitter la maison et dépend de ses enfants, qui ramassent du carton pour gagner leur vie.
M. Issa pourrait cependant bientôt devoir faire face à la perspective du retour, car le statut légal des réfugiés afghans au Pakistan est compromis.
« J’ai eu une vie très difficile. Je suis fatigué maintenant. Je ne veux déranger personne, je veux juste qu’on me laisse tranquille pour les années qu’il me reste à vivre », a dit M. Issa à IRIN.
M. Issa fait partie des 1,7 million de réfugiés afghans enregistrés au Pakistan et dont les cartes de preuve d’enregistrement expireront à la fin de cette année. Les gouvernements du Pakistan et de l’Afghanistan et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) n’ont pas encore pris de décision quant au sort des réfugiés après cette date.
Des décennies de déplacement
Les premiers réfugiés afghans sont arrivés au Pakistan à la fin des années 1970, au début de la guerre en Afghanistan. Dans les décennies qui ont suivi, ils ont été nombreux à fuir leur pays pour échapper à la guerre civile du début des années 1990 et, quelques années plus tard, au régime taliban. Au fil des ans, ils ont créé des entreprises, construit des maisons et embrassé des professions. À Islamabad et à Kaboul, les gouvernements ont, avec l’aide du HCR, fourni des cartes d’identité aux réfugiés pour les protéger contre une déportation forcée.
Aujourd’hui toutefois, le statut des réfugiés afghans du Pakistan est incertain. Certains préfèrent ne pas penser à la date fatidique tandis que d’autres tentent de trouver des solutions. Rares sont ceux qui pourront se payer le voyage jusqu’à la frontière en cas d’expulsion.
À Islamabad, au camp de Dhok Choorah, qui accueille environ une centaine de familles, c’est un mélange de résistance, d’incertitude et de résignation qui règne.
« Je n’ai pas d’argent, pas de plan s’ils nous obligent à partir. Je n’ai même pas assez d’argent pour prendre l’autobus jusqu’à la frontière. Nous allons devoir marcher jusque-là », a dit Najibullah Khan, 75 ans, qui réussit à gagner sa vie en revendant le papier et le verre qu’il ramasse dans les rues. Il touche l’équivalent de 2 dollars par jour, ce qui est à peine suffisant pour nourrir ses cinq enfants, dont quatre ont des difficultés d’apprentissage.
De nombreux Afghans plus jeunes qui sont nés et ont grandi au Pakistan ne considèrent pas le retour dans le pays d’origine de leurs parents comme une option. L’Afghanistan est en effet toujours plongé dans la violence et offre peu de possibilités.
« Il n’est pas question que je retourne en Afghanistan, pas question qu’on me force à y retourner », a dit Khan Mohammad, 23 ans, qui travaille comme ouvrier dans l’un des marchés les plus animés d’Islamabad. « Je préfère mourir plutôt que de permettre à mes enfants et à ma femme de retourner en Afghanistan. Il n’y a rien d’autre que la misère et le sang là-bas. »
« J’essaie de trouver le moyen d’aller vivre dans un autre pays, mais c’est difficile parce que je n’ai pas d’argent. Je vais continuer d’essayer malgré tout. Et si je n’y arrive pas, je resterai ici. »
M. Mohammad partage une maison avec son frère aîné Sultan, qui est âgé de 35 ans. Les deux frères ont l’intention de faire profil bas pour rester au Pakistan après la date fatidique.
« Nous garderons la tête basse et nous continuerons de travailler dur et d’éviter les problèmes », a dit Sultan. La famille se réunit dans un petit salon décoré de tapis et de coussins pour entendre les nouvelles d’Afghanistan, mais les deux frères disent que ces moments leur apportent peu de réconfort.
« Ce qui se passe en Afghanistan est parfaitement clair. Comment puis-je demander à mes enfants d’aller vivre dans un endroit comme celui-là ? » demande Sultan, qui est arrivé au Pakistan avec ses parents au milieu des années 1980.
« Une fois que les forces de l’OTAN auront quitté l’Afghanistan, le pays sera de nouveau plongé dans la guerre civile. Et même si ce n’est pas le cas, les ennemis de la famille nous tueront si nous remettons les pieds dans notre village. »
Situation confuse
Des responsables pakistanais
ont dit aux médias
que les cartes de preuve d’enregistrement des réfugiés afghans ne seront pas renouvelées et qu’on leur demandera de quitter le pays.
Mais le gouvernement pakistanais est divisé par des luttes intestines, et d’autres insistent sur le fait qu’aucune décision n’a été prise pour l’instant.
La situation reste confuse, a dit un haut fonctionnaire du Commissariat pour les réfugiés afghans de la province de Khyber Pakhtunkhwa, qui a demandé à garder l’anonymat car non-autorisé à parler aux médias.
« Plusieurs discussions ont été engagées. Nous sommes d’accord sur le fait que les cartes d’enregistrement arriveront à expiration à la fin de l’année, mais nous n’avons pas encore pris de décision quant aux arrangements qui seront pris après cette date. »
Des responsables des Nations Unies ont également dit qu’aucune décision n’avait été prise à ce sujet pour l’instant et des discussions étaient en cours entre plusieurs organismes pour parvenir à un arrangement.
Mohammad Hussain, un étudiant en droit de 24 ans qui travaille comme responsable administratif dans un cabinet d’avocats d’Islamabad, garde espoir.
« Personne ne sait quel sera notre statut après le 31 décembre, mais nous en avons discuté avec de nombreuses personnes, en particulier avec des avocats spécialisés dans la défense des droits de l’homme. Je ne crois pas qu’ils nous forceront à partir. Ils ne peuvent pas faire ça. Ce serait un enjeu international majeur et les Nations Unies ne le permettraient pas », a-t-il dit.
Le HCR a indiqué que les Afghans qui vivent au Pakistan
conserveront leur statut de réfugié
indépendamment de la décision du gouvernement pakistanais.
« Ces gens ont bâti toute leur vie ici. Ils sont ici chez eux », a dit M. Hussain. « Le gouvernement ne peut pas simplement leur dire de tout abandonner et de partir. Je m’attends à ce qu’il trouve une solution bientôt. »
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« Personne n’est venu nous expliquer ce qui se passe et quelles sont nos options », a dit Bibi. Son mari et son fils, tous deux handicapés, vendent des sacs de plastique dans les marchés d’Islamabad pour faire vivre le reste de la famille.
« S’ils ont l’intention de nous expulser, ils devraient nous le dire au lieu de nous laisser dans l’incertitude. »
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