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vendredi 24 mai 2013
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SÉNÉGAL: Augmenter la rentabilité des noix de cajou
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Anna Jefferys/IRIN
Les producteurs de noix de cajou ont du mal à s’en sortir, même pendant les bonnes années (photo d’archives)
ZIGUINCHOR, 15 juillet 2012 (IRIN) - Alors que la saison de récolte des noix de cajou arrive à sa fin, les producteurs de la Casamance, au sud du Sénégal, commencent à s’organiser pour avoir plus de poids dans la fixation des prix de leurs produits.
Les intermédiaires — indiens pour la plupart — qui exportent les noix brutes empochent généralement l’essentiel des profits, alors que les producteurs ont à peine assez d’argent pour subvenir à leurs besoins. « Nous sommes en train de nous organiser. Nous pensons pouvoir résoudre ce problème », a dit à IRIN Ismaila Diémé, un membre de la Coopérative des producteurs agricoles de la Casamance.
En 2011, M. Diémé a récolté sept tonnes de noix de cajou. « Logiquement, le revenu de la vente de ces noix aurait dû me permettre de tenir pendant toute l’année, mais à cause de la faiblesse des prix, je ne vais pas m’en sortir. Tous les producteurs de la région sont dans la même situation », a-t-il dit à IRIN.
Les noix de cajou sont un des piliers de l’économie de la Casamance, après le tourisme. Selon le gouvernement, elles rapportent 35 milliards de francs CFA (65 millions de dollars) par an. La province produit environ 100 000 tonnes métriques de noix de cajou par an, mais n’en exporte que la moitié en raison de la médiocrité des infrastructures de transport. Selon Mamadou Dabo, analyste de la chaîne de valeur du cajou pour l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) à Dakar, la capitale sénégalaise, le nord de la Guinée-Bissau exporte en outre 50 000 tonnes métriques de noix via le Sénégal.
La production de cajou est en pleine croissance dans toute l’Afrique de l’Ouest — selon l’USAID, la région a produit 85 pour cent de la récolte mondiale en 2011 — et la majorité des exportations sont à destination de l’Inde et du Brésil.
Chaque année, un prix est fixé pour l’ensemble de la production — pendant la première moitié de l’année 2012, il a oscillé entre 400 et 500 francs CFA (74 et 92 dollars) le kilo. En 2011, le prix a fluctué entre 350 et 615 francs CFA (0,65 et 1,14 dollar) selon la région.
Les producteurs se plaignent de ne pas avoir leur mot à dire concernant les prix. Or, selon Nfaly Coly, l’un des rares exportateurs de noix de cajou sénégalais en Casamance, c’est le marché qui fixe les prix selon « la fameuse loi de l’offre et de la demande ».
Le prix des noix de cajou fluctue en fonction des niveaux de production et de la valeur du dollar américain, auquel il est indexé. Comme ceux-ci varient considérablement, c’est également le cas pour le prix des noix brutes, qui descend parfois jusqu’à 75 francs CFA (0,13 dollar) le kilo. Cette politique de prix fixe ne laisse aucune marge de manoeuvre aux producteurs, a expliqué Ndecky Francis, porte-parole des producteurs de la communauté rurale d’Adéane, à l’est de Ziguinchor, la capitale de la région.
« Nos noix de cajou vont pourrir dans nos mains si nous n’acceptons pas le prix imposé par l’intermédiaire... Nous sommes obligés de vendre notre production, quel que soit le prix, car nous avons une famille à nourrir et nous devons payer les soins et l’éducation de nos enfants », a-t-il dit à IRIN.
Les producteurs sont également limités par le manque d’accès au transport, qui les empêche de se rendre en ville pour vendre leurs noix à un prix plus élevé. Or, les unités de transformation sont rares au Sénégal. Il est par ailleurs difficile d’obtenir des prêts pour financer les récoltes.
Le processus de transformation des noix de cajou comprend la séparation du fruit et de l’amande et le séchage des noix décortiquées. D’après M. Dabo, de l’USAID, les noix brutes sont achetées à des prix bien moins élevés que les noix transformées. Selon lui, il serait possible de réorganiser le secteur de manière à favoriser les producteurs s’ils s’organisaient mieux eux-mêmes.
M. Dabo encourage les acteurs concernés à restructurer le secteur, plutôt qu’à dresser les producteurs, les transformateurs et les exportateurs les uns contre les autres. Selon lui, lors de la négociation des prix, tous devraient signer des contrats mutuellement avantageux. Une fois le contrat signé, les producteurs et les transformateurs pourraient demander un crédit pour financer la récolte. « Ainsi, les intérêts en jeu sont les mêmes pour tous et, idéalement, le contrat pourrait être gagnant-gagnant », a-t-il dit.
La Chambre de commerce de Ziguinchor tente de mettre en place des mécanismes de ce type avec les producteurs. Avec l’aide de l’Agence française pour le développement, elle a créé des outils permettant aux producteurs de cajou de mieux s’organiser et elle cherche à mettre en place un fonds pour acheter des noix de cajou destinées à la revente, a expliqué Pascal Ehemba, président de la Chambre, à IRIN.
« Notre rôle est d’essayer d’organiser tout le monde — producteurs, intermédiaires et ceux qui viennent pour acheter », a-t-il dit lors d’une rencontre entre les producteurs de noix de cajou et les autorités locales plus tôt cette année. Selon M. Ehemba, la France a également financé l’installation de la première unité de transformation de la région, comme en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigeria.
Au Sénégal, seules quelques coopératives transforment manuellement les noix. C’est le cas d’une coopérative de femmes à Thiès, à 60 km de la capitale, Dakar, et d’un groupe de Sokone, près de la côte. Selon
l’Alliance africaine pour la promotion de la noix de cajou
, la transformation industrielle permettra de développer la production, les producteurs pourront vendre leurs noix à des prix plus élevés et des emplois seront créés.
Actuellement, 95 pour cent des noix de la Casamance sont exportées brutes, mais, selon M. Ehemba, cette situation est amenée à changer, ne serait-ce que progressivement. De leur côté, les producteurs commencent à se faire entendre. M. Diémé prévoit de ne pas vendre ses noix à moins de 500 francs CFA (environ 92 centimes de dollars) le kilo en 2013, « sinon, je vais devoir continuer à donner ma production tandis que d’autres profitent de mes efforts ».
mad/aj/he
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Economie
,
Sécurité alimentaire
,
Démocratie et gouvernance
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Les producteurs de noix de cajou ont du mal à s’en sortir, même pendant les bonnes années (photo d’archives)
ZIGUINCHOR, 15 juillet 2012 (IRIN) - Alors que la saison de récolte des noix de cajou arrive à sa fin, les producteurs de la Casamance, au sud du Sénégal, commencent à s’organiser pour avoir plus de poids dans la fixation des prix de leurs produits.
Les intermédiaires — indiens pour la plupart — qui exportent les noix brutes empochent généralement l’essentiel des profits, alors que les producteurs ont à peine assez d’argent pour subvenir à leurs besoins. « Nous sommes en train de nous organiser. Nous pensons pouvoir résoudre ce problème », a dit à IRIN Ismaila Diémé, un membre de la Coopérative des producteurs agricoles de la Casamance.
En 2011, M. Diémé a récolté sept tonnes de noix de cajou. « Logiquement, le revenu de la vente de ces noix aurait dû me permettre de tenir pendant toute l’année, mais à cause de la faiblesse des prix, je ne vais pas m’en sortir. Tous les producteurs de la région sont dans la même situation », a-t-il dit à IRIN.
Les noix de cajou sont un des piliers de l’économie de la Casamance, après le tourisme. Selon le gouvernement, elles rapportent 35 milliards de francs CFA (65 millions de dollars) par an. La province produit environ 100 000 tonnes métriques de noix de cajou par an, mais n’en exporte que la moitié en raison de la médiocrité des infrastructures de transport. Selon Mamadou Dabo, analyste de la chaîne de valeur du cajou pour l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) à Dakar, la capitale sénégalaise, le nord de la Guinée-Bissau exporte en outre 50 000 tonnes métriques de noix via le Sénégal.
La production de cajou est en pleine croissance dans toute l’Afrique de l’Ouest — selon l’USAID, la région a produit 85 pour cent de la récolte mondiale en 2011 — et la majorité des exportations sont à destination de l’Inde et du Brésil.
Chaque année, un prix est fixé pour l’ensemble de la production — pendant la première moitié de l’année 2012, il a oscillé entre 400 et 500 francs CFA (74 et 92 dollars) le kilo. En 2011, le prix a fluctué entre 350 et 615 francs CFA (0,65 et 1,14 dollar) selon la région.
Les producteurs se plaignent de ne pas avoir leur mot à dire concernant les prix. Or, selon Nfaly Coly, l’un des rares exportateurs de noix de cajou sénégalais en Casamance, c’est le marché qui fixe les prix selon « la fameuse loi de l’offre et de la demande ».
Le prix des noix de cajou fluctue en fonction des niveaux de production et de la valeur du dollar américain, auquel il est indexé. Comme ceux-ci varient considérablement, c’est également le cas pour le prix des noix brutes, qui descend parfois jusqu’à 75 francs CFA (0,13 dollar) le kilo. Cette politique de prix fixe ne laisse aucune marge de manoeuvre aux producteurs, a expliqué Ndecky Francis, porte-parole des producteurs de la communauté rurale d’Adéane, à l’est de Ziguinchor, la capitale de la région.
« Nos noix de cajou vont pourrir dans nos mains si nous n’acceptons pas le prix imposé par l’intermédiaire... Nous sommes obligés de vendre notre production, quel que soit le prix, car nous avons une famille à nourrir et nous devons payer les soins et l’éducation de nos enfants », a-t-il dit à IRIN.
Les producteurs sont également limités par le manque d’accès au transport, qui les empêche de se rendre en ville pour vendre leurs noix à un prix plus élevé. Or, les unités de transformation sont rares au Sénégal. Il est par ailleurs difficile d’obtenir des prêts pour financer les récoltes.
Le processus de transformation des noix de cajou comprend la séparation du fruit et de l’amande et le séchage des noix décortiquées. D’après M. Dabo, de l’USAID, les noix brutes sont achetées à des prix bien moins élevés que les noix transformées. Selon lui, il serait possible de réorganiser le secteur de manière à favoriser les producteurs s’ils s’organisaient mieux eux-mêmes.
M. Dabo encourage les acteurs concernés à restructurer le secteur, plutôt qu’à dresser les producteurs, les transformateurs et les exportateurs les uns contre les autres. Selon lui, lors de la négociation des prix, tous devraient signer des contrats mutuellement avantageux. Une fois le contrat signé, les producteurs et les transformateurs pourraient demander un crédit pour financer la récolte. « Ainsi, les intérêts en jeu sont les mêmes pour tous et, idéalement, le contrat pourrait être gagnant-gagnant », a-t-il dit.
La Chambre de commerce de Ziguinchor tente de mettre en place des mécanismes de ce type avec les producteurs. Avec l’aide de l’Agence française pour le développement, elle a créé des outils permettant aux producteurs de cajou de mieux s’organiser et elle cherche à mettre en place un fonds pour acheter des noix de cajou destinées à la revente, a expliqué Pascal Ehemba, président de la Chambre, à IRIN.
« Notre rôle est d’essayer d’organiser tout le monde — producteurs, intermédiaires et ceux qui viennent pour acheter », a-t-il dit lors d’une rencontre entre les producteurs de noix de cajou et les autorités locales plus tôt cette année. Selon M. Ehemba, la France a également financé l’installation de la première unité de transformation de la région, comme en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigeria.
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Actuellement, 95 pour cent des noix de la Casamance sont exportées brutes, mais, selon M. Ehemba, cette situation est amenée à changer, ne serait-ce que progressivement. De leur côté, les producteurs commencent à se faire entendre. M. Diémé prévoit de ne pas vendre ses noix à moins de 500 francs CFA (environ 92 centimes de dollars) le kilo en 2013, « sinon, je vais devoir continuer à donner ma production tandis que d’autres profitent de mes efforts ».
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