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samedi 25 mai 2013
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AFGHANISTAN: Le retrait des forces internationales fait craindre de nouvelles violences dans le Nord
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Bethany Matta/IRIN
Un diplômé de la police afghane locale exhibant son certificat à Imam Saheb, le deuxième district de Kondôz à organiser une formation pour les membres de la police locale
KONDÔZ, 17 juin 2012 (IRIN) - De récentes violences probablement provoquées par le comportement des policiers et miliciens locaux dans le nord de l’Afghanistan font craindre que le retrait annoncé des forces internationales n’entraîne un regain de violence dans cette région, pourtant généralement plus paisible.
« La violence a augmenté. Nous n’avons pas observé de tels niveaux de violence ici depuis que le gouvernement Karzaï est au pouvoir », a signalé Nadira Geya, responsable de la direction des Affaires relatives aux femmes de la province de Kondôz, dans le nord du pays. « Avant, nous n’avions pas de cas de femmes tuées par des miliciens. Pas même une fois par an. Cette année, nous en avons déjà eu plusieurs. »
Conformément à la décision du
retrait
des forces internationales et de la passation de pouvoir, qui est déjà en cours, l’armée afghane va prendre la relève de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) d’ici à 2014. Or, selon les organisations non gouvernementales (ONG), la situation dans le Nord est compliquée. Les violences contre les civils ont augmenté, tout comme les déplacements de population à l’intérieur du pays et les préoccupations en matière de protection.
Selon Matin Sarfraz, un journaliste local, les violences se sont accrues dans le Nord depuis le début du retrait. « Lorsque les Américains et les ONG étaient là, les anciens commandants moudjahidin — qui ont depuis intégré l’ALP [la police afghane locale] — sentaient que s’ils faisaient quelque chose de mal, ils auraient des comptes à rendre. Avant de commettre un crime, ils y pensaient à deux fois. Mais maintenant, ils savent que les affaires sont réglées par le gouvernement et les tribunaux afghans et beaucoup d’entre eux entretiennent des liens étroits avec de hauts fonctionnaires, alors ils pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent. »
La situation est encore aggravée par le fait que la population est en train de se réarmer dans le Nord, a expliqué M. Sarfraz. « Si la communauté internationale n’est plus là, de nombreux commandants et miliciens pensent qu’ils vont être responsables de tout et de tous. Il y a beaucoup de tensions dans les villages. Il n’est pas rare que deux commandants de différents villages soient en conflit. Maintenant qu’ils ont de nouveau des armes, il est facile pour eux de se prendre pour cible les uns les autres sans que personne ne les surveille ni ne leur demande des comptes. »
Impunité
Des groupes de défense des droits de l’homme ont exprimé leurs préoccupations concernant le programme ALP soutenu par les États-Unis. Ce programme recrute des habitants pour empêcher les talibans de pénétrer dans les zones reculées où la police nationale afghane et la FIAS ne sont que peu, voire pas du tout présentes.
Dans un récent rapport intitulé
From `Arbaki’ to Local Police: Today’s Challenges and Tomorrow’s Concerns
(De l’arbaki à la police locale : les défis d’aujourd’hui et les préoccupations de demain), la Commission afghane indépendante des droits de l’homme (Afghanistan Independent Human Rights Commission, AIHRC) a attiré l’attention sur trois conséquences de l’accroissement du pouvoir de la police locale qui soulèvent de grandes inquiétudes, à savoir l’affaiblissement de la souveraineté nationale de l’État, l’augmentation de la violence et de l’insécurité dans les communautés et la multiplication des crimes et des violations des droits de l’homme par la police locale.
Des travailleurs humanitaires ont dit que la capacité de l’ALP à servir les communautés locales et sa connaissance de la loi (et sa capacité à la respecter) ont été remises en question depuis sa création, en 2010. Or, maintenant que l’ALP assume davantage de responsabilités et que les mécanismes de surveillance se font plus rares, les prédictions des groupes de défense des droits de l’homme sont en train de se réaliser : les membres de l’ALP et d’autres milices commettent des crimes sans être inquiétés.
Au moins trois personnes ont été tuées l’année dernière dans le district de Chardara, dans la province de Kondôz, en raison d’un conflit entre deux milices rivales. Des incidents semblables ont eu lieu dans le district de Khanabad. Des habitants de Chardara ont dit que les membres des milices impliqués dans ces meurtres qui avaient été arrêtés ont été remis en liberté.
« Je les ai vus revenir au village », a dit un villageois à IRIN. « Pourquoi les États-Unis cherchent-ils les talibans ? Pourquoi ne capturent-ils pas ce commandant qui a commis des crimes ? »
Dans la récente affaire la plus médiatisée, des policiers dirigés par l’un des premiers commandants de la province à participer au programme ALP des forces spéciales américaines ont été accusés d’avoir enlevé une jeune femme de 18 ans, de l’avoir gardée en otage pendant cinq jours et de l’avoir violée à plusieurs reprises. Les autorités afghanes ont tout d’abord nié ces accusations et n’ont admis l’implication de l’ALP que lorsque les médias locaux et internationaux ont attiré l’attention sur cet incident. Le commandant impliqué n’a toujours pas été arrêté. Selon les observateurs, cette affaire illustre bien l’impunité dont bénéficient les milices.
« Lorsque les forces spéciales américaines étaient présentes, ces hommes se comportaient extrêmement bien », a dit M. Sarfraz. « Les gens m’ont dit qu’ils étaient satisfaits du [commandant accusé d’enlèvement et de viol] quand les forces spéciales américaines étaient là. Mais depuis que [ces dernières] sont parties, c’est la deuxième fois qu’il est impliqué dans une affaire de viol. Aujourd’hui, si vous demandez aux gens de commenter la situation, ils vous diront qu’ils sont fort mécontents. Personne ne surveille cet homme. »
« Nous savons que la situation est mauvaise », a dit un fonctionnaire qui a souhaité garder l’anonymat, « mais le recours aux milices est la seule manière de se protéger des talibans. Alors que peut-on faire ? »
Un défenseur des droits de l’homme a dit que, bien qu’il n’y ait pas de suivi spécifique des familles qui quittent leur village à cause des conflits liés à l’ALP et à d’autres milices, il est « tout à fait vraisemblable » que les abus croissants de la part de la police et des milices participent à l’augmentation du nombre de déplacés à l’intérieur du pays.
IRIN a demandé à Abdul Mohammad, chauffeur et fermier dans le village d’Umar Khel, dans le district d’Ali Abad de la province de Kondôz, comment il voyait l’Afghanistan après le retrait de l’OTAN. « Honnêtement, cela nous inquiète... Nous avons peur, car les gens ici sont armés — tout le monde n’a pas encore été désarmé par le gouvernement, alors nous avons peur que la guerre reprenne. »
bm/eo/cb-ld/amz
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Un diplômé de la police afghane locale exhibant son certificat à Imam Saheb, le deuxième district de Kondôz à organiser une formation pour les membres de la police locale
KONDÔZ, 17 juin 2012 (IRIN) - De récentes violences probablement provoquées par le comportement des policiers et miliciens locaux dans le nord de l’Afghanistan font craindre que le retrait annoncé des forces internationales n’entraîne un regain de violence dans cette région, pourtant généralement plus paisible.
« La violence a augmenté. Nous n’avons pas observé de tels niveaux de violence ici depuis que le gouvernement Karzaï est au pouvoir », a signalé Nadira Geya, responsable de la direction des Affaires relatives aux femmes de la province de Kondôz, dans le nord du pays. « Avant, nous n’avions pas de cas de femmes tuées par des miliciens. Pas même une fois par an. Cette année, nous en avons déjà eu plusieurs. »
Conformément à la décision du
retrait
des forces internationales et de la passation de pouvoir, qui est déjà en cours, l’armée afghane va prendre la relève de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) d’ici à 2014. Or, selon les organisations non gouvernementales (ONG), la situation dans le Nord est compliquée. Les violences contre les civils ont augmenté, tout comme les déplacements de population à l’intérieur du pays et les préoccupations en matière de protection.
Selon Matin Sarfraz, un journaliste local, les violences se sont accrues dans le Nord depuis le début du retrait. « Lorsque les Américains et les ONG étaient là, les anciens commandants moudjahidin — qui ont depuis intégré l’ALP [la police afghane locale] — sentaient que s’ils faisaient quelque chose de mal, ils auraient des comptes à rendre. Avant de commettre un crime, ils y pensaient à deux fois. Mais maintenant, ils savent que les affaires sont réglées par le gouvernement et les tribunaux afghans et beaucoup d’entre eux entretiennent des liens étroits avec de hauts fonctionnaires, alors ils pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent. »
La situation est encore aggravée par le fait que la population est en train de se réarmer dans le Nord, a expliqué M. Sarfraz. « Si la communauté internationale n’est plus là, de nombreux commandants et miliciens pensent qu’ils vont être responsables de tout et de tous. Il y a beaucoup de tensions dans les villages. Il n’est pas rare que deux commandants de différents villages soient en conflit. Maintenant qu’ils ont de nouveau des armes, il est facile pour eux de se prendre pour cible les uns les autres sans que personne ne les surveille ni ne leur demande des comptes. »
Impunité
Des groupes de défense des droits de l’homme ont exprimé leurs préoccupations concernant le programme ALP soutenu par les États-Unis. Ce programme recrute des habitants pour empêcher les talibans de pénétrer dans les zones reculées où la police nationale afghane et la FIAS ne sont que peu, voire pas du tout présentes.
Dans un récent rapport intitulé
From `Arbaki’ to Local Police: Today’s Challenges and Tomorrow’s Concerns
(De l’arbaki à la police locale : les défis d’aujourd’hui et les préoccupations de demain), la Commission afghane indépendante des droits de l’homme (Afghanistan Independent Human Rights Commission, AIHRC) a attiré l’attention sur trois conséquences de l’accroissement du pouvoir de la police locale qui soulèvent de grandes inquiétudes, à savoir l’affaiblissement de la souveraineté nationale de l’État, l’augmentation de la violence et de l’insécurité dans les communautés et la multiplication des crimes et des violations des droits de l’homme par la police locale.
Des travailleurs humanitaires ont dit que la capacité de l’ALP à servir les communautés locales et sa connaissance de la loi (et sa capacité à la respecter) ont été remises en question depuis sa création, en 2010. Or, maintenant que l’ALP assume davantage de responsabilités et que les mécanismes de surveillance se font plus rares, les prédictions des groupes de défense des droits de l’homme sont en train de se réaliser : les membres de l’ALP et d’autres milices commettent des crimes sans être inquiétés.
Au moins trois personnes ont été tuées l’année dernière dans le district de Chardara, dans la province de Kondôz, en raison d’un conflit entre deux milices rivales. Des incidents semblables ont eu lieu dans le district de Khanabad. Des habitants de Chardara ont dit que les membres des milices impliqués dans ces meurtres qui avaient été arrêtés ont été remis en liberté.
« Je les ai vus revenir au village », a dit un villageois à IRIN. « Pourquoi les États-Unis cherchent-ils les talibans ? Pourquoi ne capturent-ils pas ce commandant qui a commis des crimes ? »
Dans la récente affaire la plus médiatisée, des policiers dirigés par l’un des premiers commandants de la province à participer au programme ALP des forces spéciales américaines ont été accusés d’avoir enlevé une jeune femme de 18 ans, de l’avoir gardée en otage pendant cinq jours et de l’avoir violée à plusieurs reprises. Les autorités afghanes ont tout d’abord nié ces accusations et n’ont admis l’implication de l’ALP que lorsque les médias locaux et internationaux ont attiré l’attention sur cet incident. Le commandant impliqué n’a toujours pas été arrêté. Selon les observateurs, cette affaire illustre bien l’impunité dont bénéficient les milices.
« Lorsque les forces spéciales américaines étaient présentes, ces hommes se comportaient extrêmement bien », a dit M. Sarfraz. « Les gens m’ont dit qu’ils étaient satisfaits du [commandant accusé d’enlèvement et de viol] quand les forces spéciales américaines étaient là. Mais depuis que [ces dernières] sont parties, c’est la deuxième fois qu’il est impliqué dans une affaire de viol. Aujourd’hui, si vous demandez aux gens de commenter la situation, ils vous diront qu’ils sont fort mécontents. Personne ne surveille cet homme. »
« Nous savons que la situation est mauvaise », a dit un fonctionnaire qui a souhaité garder l’anonymat, « mais le recours aux milices est la seule manière de se protéger des talibans. Alors que peut-on faire ? »
Un défenseur des droits de l’homme a dit que, bien qu’il n’y ait pas de suivi spécifique des familles qui quittent leur village à cause des conflits liés à l’ALP et à d’autres milices, il est « tout à fait vraisemblable » que les abus croissants de la part de la police et des milices participent à l’augmentation du nombre de déplacés à l’intérieur du pays.
IRIN a demandé à Abdul Mohammad, chauffeur et fermier dans le village d’Umar Khel, dans le district d’Ali Abad de la province de Kondôz, comment il voyait l’Afghanistan après le retrait de l’OTAN. « Honnêtement, cela nous inquiète... Nous avons peur, car les gens ici sont armés — tout le monde n’a pas encore été désarmé par le gouvernement, alors nous avons peur que la guerre reprenne. »
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