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INDONÉSIE: Difficulté de se remettre de la violence sexuelle
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Mark Wilson/IRIN
Pour Santi, garder le silence reste la meilleure solution
JAKARTA, 11 avril 2012 (IRIN) - Selon des militants, les victimes de violence sexuelle en Indonésie font face à de nombreux obstacles pour se remettre de leur mésaventure. Cela serait dû au caractère inadapté du système juridique, à l’inaction de la police et aux attitudes prévalant dans la société qui font que les victimes sont souvent soupçonnées d’être en tort.
Les victimes hésitent souvent à porter plainte en raison de l’attitude de la famille. Herna (nom d’emprunt), 27 ans, a été violentée par le conjoint de sa mère entre 9 et 16 ans, mais sa famille n’a pas vraiment compris son traumatisme. « Je savais que ce qui s’était passé n’était pas bien », a-t-elle dit. « J’ai demandé à mon beau-père de me présenter des excuses, mais il ne l’a jamais fait. Au lieu de cela, ma mère m’a dit que personne n’était parfait. Après cela, j’ai quitté la maison pour de bon. »
Santi (nom d’emprunt), 28 ans, a été violée par son professeur de natation lorsqu’elle avait 14 ans. « Je n’ai rien dit, car je pensais qu’on allait me faire des reproches si je racontais ce qui s’était passé », a-t-elle expliqué. « Peut-être allaient-ils dire que je n’aurais pas dû être dans la piscine avec cet homme. Je n’ai jamais cherché de l’aide. Pendant des années, je n’admettais même pas que cela m’était arrivé et j’ai eu de sérieux problèmes relationnels. »
L’Indonésie est signataire de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), qui vise à renforcer les droits des femmes. Pourtant, la Commission nationale sur les violences faites aux femmes a fait état de près de 94 000 cas de violence sexuelle envers des femmes signalés entre 1998 et 2010, dont des cas de viol, de traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle, de harcèlement sexuel, de torture sexuelle et d’exploitation sexuelle.
La Commission a également souligné que, chaque jour, 20 Indonésiennes étaient victimes de violence sexuelle. Dans son rapport annuel, publié en mars 2012, elle comptait 4 335 cas de violence sexuelle pendant la seule année 2011.
La police de Jakarta a rapporté un total de 1 787 cas de violence sexuelle en 2011 dans l’ensemble du pays, soit près de 2 500 cas de moins que selon les chiffres de la Commission.
Un Code pénal « archaïque »
Diverses raisons peuvent expliquer ces chiffres. Dans un rapport d’octobre 2011 présenté au Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, la Commission remarquait que les violences sexuelles subies par les femmes n’étaient pas encore complètement reconnues et ne recevaient pas le traitement et l’attention nécessaires pour les victimes. Andy Yentriani, un membre de la Commission, a dit à IRIN que le Code pénal indonésien était archaïque et ne pouvait pas permettre de traiter correctement les cas de violence sexuelle.
« Il est basé sur un système vieux de quatre siècles », a dit M. Yentriani. « Le viol n’est compris que comme l’introduction du sexe masculin dans le sexe féminin. Le sexe oral et anal sont complètement ignorés. La loi ne reconnaît pas non plus que le viol peut être subit par des hommes adultes. »
Obstacle au signalement
Wulan Danoekoesoemo, fondatrice de Lentera Indonesia, une organisation non gouvernementale (ONG) de soutien aux victimes basée dans la capitale, Jakarta, a évoqué les difficultés rencontrées par les victimes lorsqu’elles signalaient leur calvaire.
« L’aide médicale immédiate pour les femmes est rare dans ce pays », a-t-elle dit. « Les victimes de viol... peuvent vouloir faire un examen médical dans les 24 heures afin de fournir des preuves physiques, mais cela est difficile à cause de la bureaucratie et parce que les hôpitaux ne sont pas sensibles aux préoccupations des victimes de viol. »
Des autorités « peu compréhensives »
Photo:
Mark Wilson/IRIN
Des femmes attendent un minibus pour rentrer chez elles
Après cinq cas de viol signalés dans le réseau de minibus publics de Jakarta et qui ont été très médiatisés, ainsi que huit rapports d’agression sexuelle dans le principal réseau de bus de la ville en 2011, des espaces réservés aux femmes ont été mis en place dans les bus et les trains.
Le porte-parole de la police, le commissaire en chef Rikwanto, a expliqué comment les services de police s’attaquaient au problème de la violence sexuelle envers les femmes. « Nous patrouillons le soir, lorsque les travailleurs rentrent chez eux, et nous invitons les femmes à porter des vêtements convenables et appropriés en public. »
Neta Pane, coordonnateur d’Indonesian Police Watch (IPW), une organisation indépendante de surveillance des services de police, a dit que cette attitude sapait les efforts mis en œuvre pour venir en aide aux victimes.
« On demande aux femmes de ne pas provoquer les violences sexuelles », a-t-il dit. « Alors s’il arrive quelque chose, c’est la faute des femmes qui ne s’habillent pas correctement. »
M. Pane a fait observer que la peine maximale pour viol était de 12 ans, mais que les coupables n’étaient généralement pas condamnés à plus d’un an d’incarcération.
Vitria Lazzarini, coordinatrice exécutive de la fondation Pulih, un centre pour les femmes en situation de crise situé dans le sud de Jakarta, a dit que les policiers affichaient une attitude peu compréhensive à l’égard des victimes.
« Ils demandent [à la femme] si elle a aimé ça, ce qu’elle portait au moment [du viol] et ce qu’elle faisait dehors à une heure si avancée de la nuit. C’est totalement inapproprié pour une femme qui souffre d’un sérieux traumatisme », a dit Mme Lazzarini.
« Les femmes craignent également que les policiers ne croient pas leurs affirmations et qu’ils les rendent publiques », a dit M. Pane, coordonnateur de l’IPW. « Elles ont peur d’être rejetées lorsque les gens sauront ce qu’elles ont vécu. C’est une appréhension courante en milieu rural. »
« Un thème récurrent »
Les militants signalent un besoin de changement dans la culture indonésienne et dans la façon dont les hommes perçoivent et traitent les femmes.
M. Yentriani a dit que ces attitudes récurrentes étaient notamment dues aux violences commises à l’encontre des femmes pendant les conflits au Timor, en Papouasie et à Aceh et lors des violences sociales généralisées de 1998. Ces exactions ont été largement ignorées, ce qui a conduit à une détérioration de l’image de la femme.
« Les violations [des droits] des femmes sont un thème récurrent en Indonésie », a dit M. Yentriani. « À l’heure actuelle, elles ne sont même pas mentionnées dans le programme national. »
mw/ds/he-gd/amz
Theme (s)
:
Egalité entre les sexes
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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JAKARTA, 11 avril 2012 (IRIN) - Selon des militants, les victimes de violence sexuelle en Indonésie font face à de nombreux obstacles pour se remettre de leur mésaventure. Cela serait dû au caractère inadapté du système juridique, à l’inaction de la police et aux attitudes prévalant dans la société qui font que les victimes sont souvent soupçonnées d’être en tort.
Les victimes hésitent souvent à porter plainte en raison de l’attitude de la famille. Herna (nom d’emprunt), 27 ans, a été violentée par le conjoint de sa mère entre 9 et 16 ans, mais sa famille n’a pas vraiment compris son traumatisme. « Je savais que ce qui s’était passé n’était pas bien », a-t-elle dit. « J’ai demandé à mon beau-père de me présenter des excuses, mais il ne l’a jamais fait. Au lieu de cela, ma mère m’a dit que personne n’était parfait. Après cela, j’ai quitté la maison pour de bon. »
Santi (nom d’emprunt), 28 ans, a été violée par son professeur de natation lorsqu’elle avait 14 ans. « Je n’ai rien dit, car je pensais qu’on allait me faire des reproches si je racontais ce qui s’était passé », a-t-elle expliqué. « Peut-être allaient-ils dire que je n’aurais pas dû être dans la piscine avec cet homme. Je n’ai jamais cherché de l’aide. Pendant des années, je n’admettais même pas que cela m’était arrivé et j’ai eu de sérieux problèmes relationnels. »
L’Indonésie est signataire de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), qui vise à renforcer les droits des femmes. Pourtant, la Commission nationale sur les violences faites aux femmes a fait état de près de 94 000 cas de violence sexuelle envers des femmes signalés entre 1998 et 2010, dont des cas de viol, de traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle, de harcèlement sexuel, de torture sexuelle et d’exploitation sexuelle.
La Commission a également souligné que, chaque jour, 20 Indonésiennes étaient victimes de violence sexuelle. Dans son rapport annuel, publié en mars 2012, elle comptait 4 335 cas de violence sexuelle pendant la seule année 2011.
La police de Jakarta a rapporté un total de 1 787 cas de violence sexuelle en 2011 dans l’ensemble du pays, soit près de 2 500 cas de moins que selon les chiffres de la Commission.
Un Code pénal « archaïque »
Diverses raisons peuvent expliquer ces chiffres. Dans un rapport d’octobre 2011 présenté au Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, la Commission remarquait que les violences sexuelles subies par les femmes n’étaient pas encore complètement reconnues et ne recevaient pas le traitement et l’attention nécessaires pour les victimes. Andy Yentriani, un membre de la Commission, a dit à IRIN que le Code pénal indonésien était archaïque et ne pouvait pas permettre de traiter correctement les cas de violence sexuelle.
« Il est basé sur un système vieux de quatre siècles », a dit M. Yentriani. « Le viol n’est compris que comme l’introduction du sexe masculin dans le sexe féminin. Le sexe oral et anal sont complètement ignorés. La loi ne reconnaît pas non plus que le viol peut être subit par des hommes adultes. »
Obstacle au signalement
Wulan Danoekoesoemo, fondatrice de Lentera Indonesia, une organisation non gouvernementale (ONG) de soutien aux victimes basée dans la capitale, Jakarta, a évoqué les difficultés rencontrées par les victimes lorsqu’elles signalaient leur calvaire.
« L’aide médicale immédiate pour les femmes est rare dans ce pays », a-t-elle dit. « Les victimes de viol... peuvent vouloir faire un examen médical dans les 24 heures afin de fournir des preuves physiques, mais cela est difficile à cause de la bureaucratie et parce que les hôpitaux ne sont pas sensibles aux préoccupations des victimes de viol. »
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Mark Wilson/IRIN
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Le porte-parole de la police, le commissaire en chef Rikwanto, a expliqué comment les services de police s’attaquaient au problème de la violence sexuelle envers les femmes. « Nous patrouillons le soir, lorsque les travailleurs rentrent chez eux, et nous invitons les femmes à porter des vêtements convenables et appropriés en public. »
Neta Pane, coordonnateur d’Indonesian Police Watch (IPW), une organisation indépendante de surveillance des services de police, a dit que cette attitude sapait les efforts mis en œuvre pour venir en aide aux victimes.
« On demande aux femmes de ne pas provoquer les violences sexuelles », a-t-il dit. « Alors s’il arrive quelque chose, c’est la faute des femmes qui ne s’habillent pas correctement. »
M. Pane a fait observer que la peine maximale pour viol était de 12 ans, mais que les coupables n’étaient généralement pas condamnés à plus d’un an d’incarcération.
Vitria Lazzarini, coordinatrice exécutive de la fondation Pulih, un centre pour les femmes en situation de crise situé dans le sud de Jakarta, a dit que les policiers affichaient une attitude peu compréhensive à l’égard des victimes.
« Ils demandent [à la femme] si elle a aimé ça, ce qu’elle portait au moment [du viol] et ce qu’elle faisait dehors à une heure si avancée de la nuit. C’est totalement inapproprié pour une femme qui souffre d’un sérieux traumatisme », a dit Mme Lazzarini.
« Les femmes craignent également que les policiers ne croient pas leurs affirmations et qu’ils les rendent publiques », a dit M. Pane, coordonnateur de l’IPW. « Elles ont peur d’être rejetées lorsque les gens sauront ce qu’elles ont vécu. C’est une appréhension courante en milieu rural. »
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M. Yentriani a dit que ces attitudes récurrentes étaient notamment dues aux violences commises à l’encontre des femmes pendant les conflits au Timor, en Papouasie et à Aceh et lors des violences sociales généralisées de 1998. Ces exactions ont été largement ignorées, ce qui a conduit à une détérioration de l’image de la femme.
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