NAIROBI, 15 février 2017
Obi Anyadike
Rédacteur pour l'Afrique

Les interventions militaires étrangères engagées en Afrique créent la controverse, mais leur absence peut aussi susciter des débats.

Elles sont un symptôme de la fragilité des Etats africains et de l’influence des intérêts extérieurs. La longue et peu glorieuse histoire des interventions militaires a commencé à l’époque des guerres coloniales et post-colonialistes, et s’est poursuivie pendant la Guerre froide jusqu’à nos jours.

Mais aujourd’hui, nous vivons dans un monde complexe et multipolaire. La « guerre contre le terrorisme », l’éclosion de la Chine et l’émergence de puissances régionales luttant pour asseoir leur influence ont compliqué la donne. Rien n’illustre mieux la situation que le développement des bases militaires étrangères sur le sol africain.

Zones sensibles

Les deux zones sensibles sont le Sahel et la Corne de l’Afrique. « C’est là où l’Europe rencontre l’Afrique, et là où l’Afrique rencontre le Moyen-Orient », a expliqué Comfort Ero, directrice du programme Afrique pour l’International Crisis Group (ICG).

Le Sahel contrôle la route migratoire empruntée par les jeunes hommes et les jeunes femmes qui traversent la Méditerranée. C’est aussi une zone d’instabilité, où al Qaida, le prétendu Etat islamique (EI) et Boko Haram sont présents. L’administration publique est absente de cette zone et les services de base n’y sont pas fournis, ce qui favorise la migration.

Depuis les bases installées dans la région, les drones étasuniens et les soldats français ont rejoint les armées africaines pour repousser les militants dans les zones isolées du continent. Mais ce n’est pas en bombardant les djihadistes que l’on gagne les cœurs et les esprits.

« Le problème, c’est qu’ils n’ont pas fait grand-chose pour changer la situation [politique], malgré le développement de nouvelles structures de sécurité », a dit à IRIN Mme Ero.

Ces alliances permettent aussi aux dirigeants, comme Idriss Déby au Chad et Ismaïl Omar Guelleh à Djibouti, de conforter leur pouvoir et de faire oublier leur bilan douteux en matière de droits de l’homme.

Et M. Guelleh en a bien profité. Djibouti se trouve sur le détroit de Bab-el-Mandeb, une porte d’entrée du canal de Suez qui est l’une des voies maritimes les plus empruntées au monde. Djibouti, qui est aussi au croisement des routes entre l’Afrique, l’Inde et le Moyen-Orient, gagne beaucoup d’argent en accueillant les unités militaires de sept pays – les Etats-Unis, la Chine, l’Italie, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Espagne et bientôt l’Arabie saoudite.

Le loyer de la seule base militaire permanente des Etats-Unis en Afrique, Camp Lemonnier, s’élève à 63 millions de dollars par an. La Chine, qui construit sa propre base de l’autre côté du golfe de Tadjourah, fait une affaire en payant un loyer de 20 millions de dollars. Seul l’Iran semble avoir refusé de s’installer à Djibouti.  

Voici un petit tour d’horizon des bases militaires étrangères en Afrique.

 

 

 

 

 


La Chine

Djibouti : la Chine installe sa première base militaire outre-mer dans le port d’Obock, de l’autre côté du golfe de Tadjourah et de la base du corps expéditionnaire des Etats-Unis, Camp Lemonnier. Cette installation à Djibouti constitue le dernier investissement de la Chine, qui a déjà injecté 12 milliards de dollars dans le pays pour la construction d’un port, d’aéroports et d’une voie ferrée entre l’Ethiopie et Djibouti. Cette base militaire, qui pourra accueillir plusieurs milliers de soldats, permettra de protéger les intérêts de la Chine dans la région de la Corne de l’Afrique.

La France

Tchad : le quartier général de l’Opération Barkhane de lutte contre les insurgés. Les quelque 3 500 soldats français de la force Barkhane interviennent au Burkina Faso, au Tchad, au Mali, en Mauritanie et au Niger.

Côte d’Ivoire : la base de Port-Bouët, à la périphérie d’Abidjan, va être agrandie. Les effectifs passeront de 500 à 900 hommes et constitueront la base opérationnelle avancée de la façade ouest de l’Afrique.

Djibouti : l’armée française a une présence de longue date et dispose d’environ 1 700 personnels sur place.

Gabon : une base clé qui a fourni des troupes pour les interventions françaises en République centrafricaine.

L’Allemagne

Niger : une base militaire pour le transport aérien à l’aéroport international de Niamey pour appuyer la contribution croissante de l’Allemagne en termes de personnels dans la Mission des Nations Unies au Mali.

L’Inde

Madagascar : la première station d’écoute activée par l’Inde outre-mer a été implantée dans le nord de l’île en 2007 pour suivre le déplacement des navires dans l’océan Indien et surveiller les communications maritimes.

Les Seychelles : l’Etat a alloué un terrain sur l’île de l’Assomption pour que l’Inde construise sa première base navale dans l’océan Indien. L’objectif apparent est de lutter contre la piraterie, mais l’Inde semble également vouloir garder un œil sur la Chine.

Le Japon

Djibouti : depuis 2011, un contingent de 180 soldats occupe un site d’une superficie de 12 hectares, à côté de Camp Lemonnier. Le Japon va agrandir ce poste avancé pour  contrer l’influence chinoise ; cette décision est liée au nouvel engagement stratégique avec l’Afrique, souligné par la sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique, organisée l’année dernière à Nairobi.

L’Arabie Saoudite

Djibouti : Après s’être disputée avec Djibouti, Riyad finalise un accord pour la construction d’une nouvelle base. L’Arabie Saoudite est à la tête de la coalition qui lutte contre les rebelles houthis au Yémen, de l’autre côté du détroit de Bab-el-Mandeb.

La Turquie

Somalie : la première base militaire installée par Ankara en Afrique est une base d’entraînement pour les troupes somaliennes. La Turquie n’a cessé d’accroître son influence sur la Somalie à coup de grands projets de développement et commerciaux. En 2011, Recep Tayyip Erdogan, qui était à l’époque Premier ministre, est devenu le premier dirigeant étranger à se rendre à Mogadiscio depuis le début de la guerre civile.

Les Emirats arabes unis

Erythrée : en 2015, les Emirats arabes unis ont lancé le développement du port en eau profonde d’Assab, mis en suspens un temps, et sa piste de 3 500 mètres de long, capable d’accueillir de grands avions de transport. Assab constitue le principal centre logistique des EAU pour toutes leurs opérations au Yémen, y compris le blocus maritime des ports de Mokha et Hodeida, situés sur la mer Rouge. En retour, le gouvernement érythréen, isolé, a reçu des aides financières et des aides à l’infrastructure.

Libye : lance des frappes aériennes par avions et drones contre les insurgés depuis l’aéroport d’Al-Khadim, situé dans l’est du pays, en soutien à l’armée nationale libyenne qui combat les militants djihadistes.

Somalie : Les EAU forment et équipent les unités de lutte contre le terrorisme de l’Agence nationale somalienne de Renseignement et de Sécurité. Elles apportent également un soutien à la force de police maritime du Puntland, qui aurait joué un rôle dans l’interception d’armes iraniennes destinées aux rebelles houthis.

Somaliland :  les EAU ont signé un bail de 30 ans sur une base navale et aérienne sur le port de Berbera. L’année dernière, Dubai Ports World a obtenu un contrat pour gérer et doubler la superficie du port, mettant un terme au monopole de Djibouti sur le transport de marchandises éthiopien. Les EAU auraient fourni un entraînement militaire et apporté une garantie de sécurité au territoire autoproclamé indépendant.

Le Royaume-Uni

Kenya : une unité permanente de soutien à la formation principalement basée à Nanyuki, à 200 kilomètres au nord de Nairobi.

Les Etats-Unis

Burkina Faso : un « site de sécurité coopérative » implanté à Ouagadougou offre des services de surveillance et de renseignements dans la région du Sahel.

Cameroun : l’aéroport de Garoua dans le nord du Cameroun sert aussi de base pour les drones qui frappent Boko Haram au nord-est du Nigeria. Il abrite des drones Predator non armés et quelque 300 soldats étasuniens.

Djibouti : le Camp Lemonnier, un site de 200 hectares, héberge un corps expéditionnaire composé d’environ 3 200 soldats et personnels civils à proximité de l’aéroport international. Le Camp, qui accueille la Force opérationnelle interarmées multinationale du Commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique dans la Corne de l’Afrique, est la seule base militaire permanente des Etats-Unis sur le continent.

Ethiopie : la petite base d’Arba Minch, qui accueillait des drones, était opérationnelle depuis 2011, mais elle  serait aujourd’hui fermée.

Gabon : site de lancement rudimentaire utilisé par les forces de réaction rapide chargées de protéger les installations diplomatiques dans la région.

Ghana : site de lancement rudimentaire utilisé par les forces de réaction rapide.

Kenya : le Camp Simba de Manda Bay accueille du personnel naval et des bérets verts, ainsi que des drones armés pour les opérations menées en Somalie et au Yémen.

Les Seychelles : les drones sont pilotés depuis une base installée sur l’île de Victoria.

Niger : la première base de Niamey a été éclipsée par celle d’Agadez, qui peut accueillir de grands avions de transport et des drones Reaper armés. La base couvre la région et Sahel et celle du Bassin du lac Tchad.

Ouganda : les PC-12, des avions de surveillance, partent de l’aéroport d’Entebbe lors des interventions des forces spéciales étasuniennes en soutien des opérations ougandaises de recherche de Joseph Kony et de l’Armée de résistance du Seigneur.

République centrafricaine : les forces spéciales étasuniennes installées sur les « bases temporaires » d’Obo et Djema soutiennent les opérations de l’armée ougandaise pour retrouver Joseph Kony et les combattants de l’Armée de résistance du Seigneur.

République démocratique du Congo : Dungu est une autre « base temporaire »  utilisée pour la recherche de M. Kony.

Sénégal : le site installé au Sénégal a été utilisé par l’armée des Etats-Unis pendant la réponse à la crise d’Ebola. 

Somalie : les commandos étasuniens opèrent depuis les sites de Kismayo et Baledogle.

Soudan du Sud : l’aérodrome de Nzara est une autre base utilisée pour la recherche de M. Kony.

Tchad : des drones Predator et Reaper sont basés dans la capitale, Ndjamena.

 

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