La sélection d’IRIN : Nauru, le Liban, Haïti, la Haye et Genève

Chaque semaine, les journalistes d’IRIN vous offrent une sélection des ressources les plus importantes et les plus intéressantes qu’ils ont repérées. Voici la liste des lectures humanitaires de cette semaine.

La CPI, « une bande d’inutiles » ?

Si le Burundi s’est contenté de faire des menaces, l’Afrique du Sud est quant à elle passée à l’action, portant un coup dur à la Cour pénale internationale (CPI). Jeudi dernier, Pretoria a déposé un « instrument de retrait » auprès des Nations Unies, déclenchant ainsi officiellement une procédure qui aboutira, dans un an, à sa sortie du Statut de Rome.

Il s’agit d’un geste important. Alors que peu d’États africains semblaient prêts à soutenir le Burundi (il était beaucoup trop évident que le gouvernement défendait ses propres intérêts), le cas de l’Afrique du Sud est différent, car il s’agit d’un gros joueur au sein de dans l’Union africaine. Il se peut que la décision de l’Afrique du Sud soit motivée par des raisons de politique interne qu’elle dissimule derrière des objectifs plus nobles. Le geste intervient par ailleurs alors que les relations entre la CPI et les pays africains semblaient s’améliorer. Mais avant de nous enflammer et de condamner la décision de Pretoria, il vaut la peine de relire le point de vue d’Oumar Ba sur les perceptions de la CPI et de se demander une fois de plus comment l’institution peut sauver sa réputation.

L’Australie torture-t-elle ses réfugiés ?

Si vous avez besoin de davantage de preuves pour vous convaincre que le système de gestion à distance des réfugiés de l’Australie est, disons, problématique, lisez ce nouveau rapport d’Amnesty International. L’organisation de défense des droits affirme que les conditions qui règnent dans le centre de détention géré par l’Australie à Nauru, un petit État insulaire du Pacifique, « correspondent à la définition de la torture qui prévaut dans le droit international ». Amnesty accuse le gouvernement australien de garder plus de 1 000 personnes captives « derrière une forteresse de secret » où elles sont constamment confrontées au harcèlement et à la violence. Le ministère australien de l’Immigration a rapidement répondu en accusant Amnesty d’utiliser « des allégations non fondées faites par des individus ou des organisations de défense des droits comme s’il s’agissait de faits alors que les preuves manquent ». La chercheuse d’Amnesty à l’origine du rapport est pourtant l’une des rares personnes ayant pu se rendre à Nauru pour vérifier ces allégations. Nauru a en effet refusé d’accorder des visas de presse à des organisations qui étaient pourtant prêtes à débourser le prix exorbitant de 8 000 dollars, ce dont l’Australie ne peut que se réjouir. Si Pretoria croit qu’Amnesty ment au sujet des conditions à Nauru, elle devrait peut-être envoyer sur place quelques-uns de ses journalistes pour qu’ils puissent constater par eux-mêmes l’état de la situation.

Venir en aide aux réfugiés qui survivent aux violences liées au genre

Il est difficile de venir en aide aux réfugiés syriens installés au Liban, car la plupart d’entre eux ne vivent pas dans les camps. Cela est encore plus vrai pour les femmes et les filles syriennes installées à Wadi Khaled, la communauté frontalière quelque peu isolée où a été réalisée cette étude du Centre international de recherche sur les femmes (International Center for Research on Women, ICRW). Les chercheuses se sont intéressées à un projet du Comité international de secours (International Rescue Committee, IRC) visant à soutenir les victimes de violences liées au genre, qui font aussi souvent l’objet de discriminations. Les membres du personnel de l’IRC ont fourni un soutien psychosocial à ces personnes et les ont dirigées vers des spécialistes, mais ils ont commencé par leur offrir du café, du thé et par engager la conversation. L’étude s’est penchée sur ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. Les chercheuses ont notamment découvert qu’il avait été difficile de trouver des endroits où les femmes et les filles se sentaient en sécurité et d’impliquer les communautés locales et que le personnel de l’IRC travaillait parfois dans des tentes. Elles ont aussi constaté que les services ou professionnels vers lesquels les victimes étaient dirigées étaient parfois difficilement accessibles et que l’impact de ce service était dès lors limité. Les participantes interrogées ont cependant largement exprimé un avis positif par rapport à leur expérience et l’étude a clairement montré que la fourniture sensible et intelligente d’une aide directe à ceux qui en ont besoin présentait des avantages.

Gérer les migrations

La migration était encore une fois le sujet chaud de l’heure de la rencontre entre les leaders européens qui a eu lieu la semaine dernière à Bruxelles. L’Union européenne, satisfaite de voir que l’accord controversé signé avec la Turquie et les fermetures de frontières dans les Balkans ont permis de ramener à des niveaux gérables le nombre d’arrivées par bateau en Grèce, cherche maintenant à obtenir des résultats similaires sur la route de la Méditerranée centrale. Des accords semblables à celui conclu avec la Turquie – qui utilise l’aide pour convaincre les pays de contribuer au contrôle de la migration – sont envisagés avec au moins cinq pays d’origine et de transit importants du continent africain, incluant l’Éthiopie, le Mali et le Nigeria. Selon une analyse récente réalisée par la société d’analyse stratégique Stratfor, toutefois, de tels accords ne pourront être efficaces que si les pays de l’Afrique du Nord ont suffisamment d’incitations et qu’ils ont la capacité d’agir. L’Égypte devra par exemple intervenir pour enrayer la corruption et sévir contre les policiers qui acceptent des pots-de-vin des passeurs et l’Algérie devra offrir d’autres options à ses ressortissants qui sont impliqués dans de lucratives opérations de trafic de personnes. La Libye représente sans doute le principal défi en raison de l’absence d’un gouvernement pleinement fonctionnel avec lequel l’Union européenne peut conclure un accord ou d’un environnement pouvant être considéré comme suffisamment « sûr » pour permettre les retours.

Une ou deux publications d’IRIN

Le jeu des accusations quant aux responsabilités de chacun dans la situation d’Haïti commencera bientôt. Nous avons demandé à Jonathan Katz, l’auteur de The Big Truck That Went By: How the World Came to Save Haiti and Left Behind a Disaster, ce qu’il pensait de la préparation à l’ouragan Matthew et de l’intervention qui suivi. Sa réponse est franche et directe : « Les distributions d’aide d’urgence et les projets de développement ponctuels, quel que soit leur nombre, ne suffiront jamais à placer les Haïtiens dans une position leur permettant de faire face aux catastrophes futures. » Nous avons également examiné de quelle façon l’intervention mise en oeuvre à la suite du passage de l’ouragan pourrait répéter ou réparer les schémas dysfonctionnels de l’aide étrangère à Haïti.

Pour poursuivre dans l’autopromotion : sachez qu’IRIN a officiellement ouvert son nouveau siège à Genève. Passez nous voir si vous êtes dans le coin !

(PHOTO DE COUVERTURE : Le directeur d’une école de Port Salut qui accueillait 253 élèves est assis dans les décombres de son établissement. Celui-ci a été complètement détruit par l’ouragan. Bahare Khodabande/IRIN)