«J’étais prête à faire n’importe quoi pour m’en sortir»

Christy revient de loin. Effondrée à l’annonce de sa séropositivité, cette jeune femme qui a voulu croire en l’existence de remèdes miracle contre le sida a bien failli en mourir.

C’est en 2001, peu après la mort de son mari, un magistrat, que Christy a appris qu’elle était infectée au VIH.

«J’avais un zona [une affection cutanée courante chez les personnes séropositives] pour la deuxième fois. Un cousin m’a conseillée de faire un test de dépistage du VIH/SIDA», se souvient-elle.

Lorsque les résultats de l’examen tombent, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 35 ans, comprend enfin de quoi sont morts son époux et deux de ses trois enfants. Le choc est terrible : «J’avais toujours été fidèle à mon mari, je pensais que le sida ne touchait que les filles de mauvaise vie, les gens pas sérieux. Le ciel me tombait sur la tête.»

La nouvelle est d’autant plus difficile à accepter que Christy pense ne pouvoir en parler à personne, pas même à ses parents, en raison de la stigmatisation et du rejet qui entourent les personnes vivant avec le VIH au Cameroun, un pays d’Afrique centrale pourtant fortement touché par l’épidémie.

En dépit des mises en garde des médecins, elle s’accroche alors à l’espoir qu’il existe des remèdes miracles qui pourraient la guérir du virus, comme le clament certains tradithérapeutes et autres vrais, ou faux, médecins, peu scrupuleux.

«A cette époque, j’étais désespérée, j’étais prête à faire n’importe quoi pour m’en sortir», a-t-elle raconté à PlusNews. Alors, quand elle apprend par la télévision qu’une femme dit guérir le sida à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), elle n’hésite pas : elle casse sa tirelire et achète un billet d’avion.

Sur place, elle découvre le centre dirigé par la fameuse ‘Madame Nadine’. Elle y rencontre plusieurs malades, ‘soignés’ avec son remède.

«Il y avait notamment un petit garçon de 11 ans, qui, né séropositif, ne l’était plus depuis qu’il avait suivi le traitement, ça m’a encouragée», a-t-elle expliqué. Elle est aussi rassurée par les nombreuses publicités qui vantent le ‘produit miracle’ de ‘Madame Nadine’.

Accueillante, chaleureuse et apaisante, celle-ci convainc Christy de prendre le médicament qu’elle a mis au point et qui, dit-elle, l’a elle-même guérie. La jeune Camerounaise achète alors six bouteilles contenant un litre et demi du ‘liquide miracle’, pour un prix unitaire de 150 000 francs CFA (290 dollars).

En plus du billet d’avion, ce voyage à Kinshasa lui aura coûté environ un million de francs CFA (1 930 dollars), a calculé Christy.

De retour à Yaoundé, elle suit scrupuleusement la posologie indiquée par ‘Madame Nadine’ ; elle a l’impression de se sentir mieux, son appétit revient. Mais au bout de six mois, elle fait un nouveau test du VIH : elle subit un nouveau choc en apprenant qu’il est toujours positif.

Par téléphone, ‘Madame Nadine’ recommande à Christy de refaire le test dans six mois. Peine perdue: celui-ci indique qu’elle est toujours séropositive.

D’un ‘remède miracle’ à l’autre

Entre temps, la jeune femme a commencé à comprendre le piège dans lequel elle est tombée, victime de son désarroi. En proie à une grave infection pulmonaire, sa mère la prend en charge : contrairement à ses craintes, elle ne l’a pas rejetée et cherche à guérir sa fille par tous les moyens.

Elle la conduit à la Clinique de l’Espoir, à Yaoundé. Dirigé par l’ancien ministre de la Santé du Cameroun, le professeur Victor Anomah Ngu, cet établissement prétend avoir mis au point un vaccin contre le sida, appelé Vanhivax.

«J’étais alors à l’article de la mort. Peu importait pour moi, tous les moyens étaient de nouveau bons pour essayer d’aller mieux», a expliqué Christy.

Après deux séances de vaccin, chacune coûtant 30 000 francs CFA (58 dollars), son état s’aggrave. Les médecins qui la soignent pour son infection pulmonaire réussissent à convaincre sa mère de cesser ce «traitement».

«Ils lui ont expliqué que les recherches de cette clinique n’étaient pas reconnues par l’Etat. Ma mère a finalement compris que c’était n’importe quoi», a dit Christy.

Elle commence alors un traitement antirétroviral (ARV), une décision dont elle se félicite aujourd’hui. «Je me sens enfin bien, à la fois sur le plan physique et psychologique. J’ai compris que les ARV sont la seule solution qui permet de vivre longtemps et normalement.»

Pourtant, aujourd’hui encore, beaucoup de gens dans son entourage consultent de faux médecins sans qu’on puisse les raisonner, a-t-elle regretté.

«Ici, le VIH/SIDA reste un sujet tabou, une maladie honteuse. Les gens ont alors beaucoup de mal à accepter leur statut. On pense en général que c’est un sort qu’un voisin, par exemple, a jeté et on est prêt à faire n’importe quoi pour s’en débarrasser», a-t-elle expliqué.

Pour éviter à d’autres malades de risquer leur vie comme elle l’a fait, elle tente de les sensibiliser à cette question. «A l’hôpital, nous parlons maintenant souvent de ces problèmes de charlatans entre patients. J’essaie de décourager ceux qui seraient tentés d’aller les consulter».

En janvier dernier, le ministre camerounais de la Santé publique Urbain Olanguena Awono a lui aussi décidé de mettre en garde ses compatriotes contre ces «charlatans sans foi ni loi, animés par la recherche du gain facile».

Non seulement ils ne soignent pas, mais ils aggravent souvent l’état des patients, a souligné un médecin, et en particulier lorsqu’ils encouragent leurs clients à interrompre leur traitement ARV, provoquant chez le patient des résistances aux médicaments.

Devant l’ampleur de ce phénomène apparu au début des années 2000, le Réseau sur l’éthique, le droit et le sida (REDS), une association basée à Yaoundé, a conçu une affiche qui dresse les caractéristiques de ces charlatans, afin d’aider les malades et leur famille à les reconnaître – et à les éviter.

«Le charlatan prétend qu’il sera assassiné si l’on sait qu’il guérit le sida», explique ainsi l’affiche.

Christy, elle, s’estime chanceuse d’avoir survécu à ces expériences. «Si je pouvais revenir en arrière, jamais je ne referais le parcours que j’ai suivi. Je ne comprends pas comment j’ai pu dépenser de telles sommes d’argent pour rien.»