Étude kényane : le décès d’une mère coûte cher à sa famille

Le décès en couche d’une mère s’accompagne d’implications personnelles et émotionnelles évidentes. Une nouvelle étude menée au Kenya, dont l’objet était de calculer l’impact économique exact d’un tel drame sur le foyer, a révélé que les familles pouvaient s’en voir fragilisées et basculer dans la pauvreté.

Ce rapport daté du mois de mars et intitulé A price too high to pay [Un prix trop lourd à payer] rapporte que les frais médicaux et funéraires liés au décès peuvent représenter plus d’une année entière de revenu pour la famille.

« Le décès d’une mère est l’élément déclencheur d’une série de bouleversements, de préjudices économiques et de difficultés qui se solde, bien trop souvent, par le décès de l’enfant, la perte d’opportunités éducatives et personnelles pour les enfants survivants et l’aggravation du cycle de pauvreté pour la famille », a dit James Macharia, le secrétaire du cabinet de la Santé kényan.

Conclusions du rapport

Les auteurs du rapport se sont penchés sur la quasi-totalité des décès maternels survenus en 22 mois dans certaines régions du comté de Siaya, dans l’ouest du Kenya, et se sont entretenus avec 59 foyers ayant traversé cette épreuve. Ils ont également discuté des coûts du suivi de grossesse avec des familles ayant donné naissance à un enfant sain.

Les résultats ont révélé que le coût total moyen d’une grossesse normale était de 934 shillings kényans (11 dollars US), alors qu’en cas de décès de la mère, les frais hospitaliers s’élevaient en moyenne à 7 322 shillings kényans (85 dollars). De plus, « quel que soit le niveau économique de la famille, le coût des funérailles excédait le montant annuel total des dépenses du foyer en nourriture, logement et autres frais domestiques ».

Le comté de Siaya affiche un taux de mortalité maternelle (TMM) particulièrement élevé – plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale.

« Cette nouvelle étude illustre avec des chiffres concrets et des histoires déchirantes une réalité que les défenseurs de la santé maternelle connaissent depuis des années : lorsqu’une femme meurt, les enfants souffrent et les familles s’écroulent », a dit Ann Starrs, présidente de Family Care International (FCI).

Bon nombre des femmes décédées contribuaient aux revenus de leur famille, si bien qu’avec leur disparition – couplée à l’arrivée d’un enfant – les familles s’enfonçaient dans la pauvreté. L’étude révèle que beaucoup de ces femmes travaillaient seules ou dans de petites fermes familiales, ou encore qu’elles tenaient un stand de marché, une boutique ou un autre petit commerce.

« En plus d’une décennie passée à interviewer les populations de cette partie du pays, nous avons pu observer à d’innombrables reprises les conséquences dévastatrices du décès d’une mère pour les enfants et les familles », a dit John Vulule, directeur du partenariat en matière de santé publique de l’Institut de recherche médicale du Kenya et des Centres de contrôle et de prévention des maladies (KEMRI/CDC, en anglais).

L’étude fut conduite de 2011 à 2013 par le KEMRI/CDC et le Centre international de recherche sur les femmes (ICRW, en anglais).

Le TMM dans les pays en développement

Selon les statistiques gouvernementales, le Kenya comptabilise 360 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Ces vingt dernières années, le TMM a enregistré un recul annuel de 0,5 pour cent, ce qui reste insuffisant pour atteindre l’Objectif du Millénaire pour le développement (OMD) visant à réduire ce taux des trois quarts. Le délai imparti pour les OMD expire dans moins de neuf mois.

« Nous sommes très loin des objectifs fixés en matière de santé maternelle », a dit à IRIN par téléphone Simon Mueke, directeur du département de santé procréative et maternelle du ministère de la Santé. « Certains de ces facteurs sont hors de portée du ministère, notamment la pauvreté galopante et les questions culturelles. »

Dans les régions en développement, le TMM est encore quinze fois plus élevé que dans les régions développées, selon les Nations Unies.

La plupart des décès maternels sont directement liés à la grossesse et à l’accouchement, à un avortement non médicalisé ou à des complications obstétriques de type hémorragie, infection, hypertension et dystocie.

Le manque d’équipement, ainsi que la cherté et la piètre qualité des soins médicaux contribuent à ce taux élevé.

« Bon nombre de nos infrastructures de santé ne sont pas dotées de matériel de réanimation pour les femmes enceintes. Les femmes qui arrivent ici ne reçoivent pas toujours l’aide dont elles ont besoin », a dit à IRIN Shikanga O-tipo, le responsable du département de surveillance intégrée des maladies du ministère de la Santé publique et de l’Assainissement.

« Dans de tels scénarios, le personnel médical n’a parfois pas grand-chose à faire, si ce n’est d’attendre que le patient meure », a ajouté M. O-tipo.

Le gouvernement, qui a instauré la gratuité des soins de santé maternels l’année dernière, n’a pas su faire face à la hausse des demandes d’accouchement à l’hôpital.

« Le gouvernement n’a pas apporté de solution au problème du manque de personnel. Dans un grand hôpital comme celui de la province de Nyanza, à Kisumu, où l’on pratiquait entre 15 et 20 accouchements par jour, il n’y a parfois que deux infirmières pour s’occuper des mères », a dit M. O-tipo.

Avant la gratuité des soins de santé maternels, 35 à 40 pour cent seulement des mères accouchaient en milieu hospitalier.

Sur les 59 décès maternels recensés par l’étude, huit nouveau-nés sur les 31 qui ont survécu à l’accouchement sont morts avant d’atteindre une semaine et huit autres sont morts dans les semaines qui ont suivi. Si bien qu’au total, seuls 15 enfants ont survécu sur 59 accouchements.

« L’étude, qui est d’une importance capitale, démontre une fois de plus que le coût des décès maternels est bien trop élevé pour que la population kényane les assume », a remarqué M. Mueke, du ministère de la Santé.


Querelles internes entre gouvernement et secteur public

Au Kenya, les responsables de la santé et le gouvernement sont en désaccord sur la question de la responsabilité du taux élevé de décès maternels.

« Il y a une certaine confusion au sein du gouvernement lorsque vient le temps de déterminer qui doit recruter plus de personnel », a dit M. Mueke.

Selon M. O-tipo, le gouvernement devrait, pour prévenir la mortalité maternelle au Kenya, allouer davantage de ressources à ce secteur et encourager vivement les femmes enceintes à se rendre à la maternité et à se procurer suffisamment de médicaments.

« Nous avons besoin d’effectifs suffisants et d’infrastructures opérationnelles avec un bloc opératoire fonctionnel. Au-delà de ça, il nous faut des approvisionnements non pharmaceutiques et pharmaceutiques opérationnels, comme des médicaments pour stopper les hémorragies », a-t-il ajouté.

« Nous devons faire en sorte que toutes les femmes kényanes, dans tous les comtés, aient accès à des soins avant, pendant et après l’accouchement, et que les familles confrontées à ces pertes accablantes reçoivent le soutien dont elles ont désespérément besoin », a dit M. Mueke.

ho/aps/am/cb – gd/amz