Intégrer la réduction des conflits aux programmes WASH

Les interventions dans le domaine de l’assainissement se sont avérées contribuer à la stabilité et à la réduction des conflits à l’échelle locale. Selon les experts, cela est encourageant et devrait être pris en compte dans la conception des programmes.

« Nous avons observé que les interventions WASH [eau, assainissement et hygiène] bien menées avaient pour bénéfice direct de favoriser la cohésion au sein des communautés. Cela est en soi un indicateur non négligeable et crucial pour la durabilité de tout projet », a dit à IRIN Ben Ayers, directeur de la section népalaise de la fondation dZi, une organisation de développement oeuvrant dans l’est du Népal.

Selon les experts, les programmes WASH, tels que les campagnes d’éradication de la défécation à l’air libre, doivent cependant être conçus avec prudence pour prendre en compte les conditions socio-politiques locales.

« Les services de type WASH ne contribuent pas nécessairement en soi au maintien de la paix ou à la cohésion des communautés. La manière dont ces services sont fournis est réellement importante et il existe de multiples méthodes, dont aucune n’est universelle », a expliqué Nathaniel Mason, chercheur à l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI) de Londres.

En 2009, une épidémie de diarrhée a fait des centaines de morts dans la région de l’Extrême-Ouest du Népal. Cela a incité le gouvernement à lancer en 2011 une campagne nationale visant à éradiquer la défécation à l’air libre d’ici 2017. Cette pratique peut en effet contribuer à contaminer l’eau et propager les maladies infectieuses comme le choléra.

D’après les chiffres du gouvernement, près de 40 pour cent des foyers n’ont pas de toilettes. Des millions d’habitants font donc leurs besoins à l’extérieur.

Outre la prévention des épidémies, les campagnes d’élimination de la défécation à l’air libre, comme d’autres interventions WASH, doivent selon les experts prendre en compte la manière dont elles peuvent influencer la politique locale et contribuer à l’intégration, la cohésion et la stabilité.

Dans un rapport publié en 2013, Tearfund, une organisation humanitaire britannique, a conclu que les interventions WASH pouvaient contribuer à « renforcer la cohésion au sein des communautés [et] la capacité à résoudre les conflits localement ».

Selon M. Ayers, de la fondation dZi, l’impact social des projets WASH est visible dans les villages où intervient son organisation et cela a donné lieu à de nouvelles collaborations. M. Ayers a notamment cité l’exemple de Gudel, le premier village du district népalais de Solukhumbu à s’être déclaré « sans défécation à l’air libre » (open defecation free), en août 2011.

« Deux ans après que Gudel a été déclaré “sans défécation à l’air libre”, les mêmes associations locales qui avaient mené à bien les projets WASH ont décidé d’interdire de jeter des détritus dans les lieux publics et de mettre en place un système sommaire de gestion des déchets », a expliqué M. Ayers.

« Ils ont mené une campagne et déclaré la communauté “Sans plastique à l’air libre”. Cela démontre à quel point les programmes WASH ont été efficaces bien au-delà de la santé et l’assainissement, surtout sur le long terme », a-t-il dit.


Des programmes adaptés

Dans un rapport publié conjointement en 2011, le CfBT Education Trust, Practical Action, et Save The Children ont attiré l’attention sur un projet communautaire au Pakistan. D’après ce rapport, les projets d’assainissement menés par les membres de la communauté « démontraient que les communautés pouvaient agir ensemble en matière d’assainissement, surmonter leurs divergences et s’organiser ». Selon ce même rapport, des campagnes d’assainissement en Afghanistan et au Soudan du Sud se sont avérées pouvoir contribuer à la cohésion au sein des communautés.

« Comparées à l’éducation ou la médecine, les interventions WASH telles que la gestion d’une pompe à eau ou la construction de latrines permettent une plus grande participation de la communauté », a dit M. Mason, de l’ODI.

« [De telles interventions], a-t-il cependant remarqué, soulèvent la question de qui est inclus ou exclu au sein de la communauté – que ce soit en tant que bénéficiaire ou en tant que responsable de projets – et de ce que cela signifie en ce qui concerne les tensions qui existent au sein de la communauté. »

Selon M. Mason, qui a publié en 2012 une revue de la littérature sur le sujet intitulée Relationships between water supply, sanitation and hygiene (WASH) service delivery and peace-building and state-building (Relations entre la fourniture de services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène et la consolidation de la paix et le renforcement de l’État), les arguments selon lesquels les interventions WASH peuvent contribuer à la paix au sein des communautés ne peuvent être invoqués sans prendre bien en compte la situation locale.

« Nous parlons d’environnements très complexes où de nombreux facteurs sociaux et politiques différents sont en jeu. Ceci étant dit, les études de cas suggèrent qu’il est possible [que les interventions WASH renforcent les liens sociaux] dans certains cas », a-t-il dit. Pour une réelle efficacité des interventions, il faut selon lui poser les bonnes questions aux habitants concernant ce qui les incite en premier lieu à participer.

« Dans les projets WASH, on peut supposer que le succès dépend de l’efficacité des messages diffusés en matière de santé, mais les membres des communautés peuvent avoir envie de construire des latrines pour le prestige que cela leur apporte ou pour des raisons de sécurité personnelle, ou parce qu’ils considèrent que cela réduirait les tensions existantes au sein de leur communauté », a-t-il dit.

Pour certains, la motivation à participer à des programmes WASH est directement liée à la prévention des conflits.

« Les propriétaires fonciers des villages où les gens ont tendance à faire leurs besoins à l’air libre se fâchent et cela cause des conflits au sein de leur communauté », a dit à IRIN Leela Chattar Kulung, membre de la New Era Development Society, une organisation non gouvernementale (ONG) de Cheskam, dans le district népalais de Solukhumbu.

« Et même lorsque nous nous rassemblons pour un bel évènement comme un mariage, les gens sont nombreux et il n’y a pas de toilettes, alors c’est sale et tout le monde finit furieux et tendu », a-t-il dit, avant d’ajouter qu’il était excité par le fait que Cheskam, qui se trouve face à Gudel (le premier village sans défécation à l’air libre), soit sur le point d’entamer une campagne similaire à son voisin de l’autre côté de la vallée.

« Toute bonne planification devrait passer par une étude toutes ces motivations, car c’est la base pour qu’un projet fonctionne et qu’il ait un impact sur la politique générale de la communauté », a expliqué M. Mason.

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