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Réduire les risques de catastrophes en Afrique de l’Ouest

Dakar, 18 mars 2014 (IRIN) - Des chercheurs de DARA, une organisation de recherche humanitaire à but non lucratif basée à Madrid, ont développé une nouvelle méthodologie : l’indice de réduction des risques (RRI, selon le sigle anglais). Selon eux, cet indice pourrait aider davantage de pays à évaluer et à réduire les risques d’aléas et de catastrophes naturelles. Une évaluation réalisée dans six pays d’Afrique de l’Ouest avec cet indice a cependant mis en lumière des risques omniprésents et une capacité limitée à réduire la vulnérabilité.

L’indice évalue les conditions et les capacités disponibles pour réduire les risques de catastrophes – les ressources humaines, les lois et les normes sociales, par exemple. « En gros, l’indice de réduction des risques s’intéresse aux perceptions des communautés locales par rapport aux risques sous-jacents », a dit Belén Paley, responsable du plaidoyer chez DARA. « Il tient compte des aléas naturels auxquels la région est vulnérable ou exposée, ainsi que d’autres aspects en lien avec les infrastructures de cette communauté, le développement socio-économique, la gouvernance et d’autres facteurs. »

L’indice a été utilisé pour créer une carte des risques pour différentes régions de l’Afrique de l’Ouest. La Guinée, la Mauritanie, le Nigeria et la Sierra Leone ont tous obtenu moins de 4.0, ce qui signifie qu’ils ne sont pas préparés à gérer les risques d’aléas naturels. Le Cap-Vert, le Ghana et le Sénégal ont obtenu des scores situés entre 5 et 5.9, ce qui témoigne d’un certain progrès en matière de réduction des risques de catastrophes (RRC). Le Sénégal, par exemple, a créé une direction de la protection civile pour travailler sur la RRC et une plate-forme nationale de RRC, mais, selon les chercheurs de DARA, la coordination entre ces groupes est mauvaise, en particulier au niveau local, et le financement demeure inadéquat.

Aucun pays de la région n’a obtenu un score supérieur à 6.0, ce qui signifie que les gouvernements ne mettent pas suffisamment l’accent sur les activités de RRC.

Les statistiques vont dans le même sens. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), le nombre de personnes affectées par les inondations en Afrique centrale et de l’Ouest a augmenté de manière constante entre 2007 et 2012. En 2012, plus de 3 millions d’habitants de la région ont été affectés par des inondations, près de la moitié d’entre eux au Nigeria. Pendant ce temps, les sécheresses sont devenues chroniques dans le Sahel. Selon l’OCHA, on estime à 18 millions le nombre de personnes risquant de souffrir de la faim cette année.

Selon les données les plus récentes de la Stratégie internationale des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNISDR), les aléas climatiques comme les sécheresses et les inondations ont affecté plus de 34 millions d’Africains en 2012 et entraîné des pertes économiques supérieures à 1,3 milliard de dollars entre 2011 et 2012. Ces chiffres risquent d’augmenter avec la multiplication des événements météorologiques extrêmes causée par le changement climatique.

« Il est prouvé que des vies peuvent être épargnées lorsque les gens sont prêts et préparés », a dit Sarah Lumsdon, spécialiste humanitaire auprès de l’ONG Oxfam. « Il ne faut donc pas seulement utiliser les systèmes météorologiques pour avertir les citoyens, mais aussi construire des structures et prévoir des endroits où ils pourront se mettre en sécurité. »

La capacité à gérer et à réduire le risque demeure cependant faible, en particulier dans les pays en développement, selon DARA et l’UNISDR. De nombreux pays africains ont très peu de ressources à consacrer à la gestion des risques. Par ailleurs, dans les pays où des interventions en matière de réduction des risques sont mises en œuvre, les efforts sont souvent mal coordonnés ou mal dirigés.

Absence de mise en œuvre

En 2005, 168 pays ont signé le Cadre d’action de Hyogo (CAH) et se sont entendus pour établir des plans d’action afin de réduire les risques de catastrophes naturelles d’ici 2015. Selon l’UNISDR, plus de la moitié des pays africains ont établi des cadres, mais rares sont ceux qui ont réellement mis en œuvre des politiques et des plans de réduction des risques.

« En général, la RRC exige un certain niveau de développement de la part du gouvernement national, en particulier en ce qui concerne la gouvernance », a dit Mme Paley.

De nombreux facteurs, notamment les conditions environnementales, les ressources économiques et les structures organisationnelles, peuvent également affecter la capacité d’un pays à gérer efficacement les risques, a-t-elle ajouté.

Selon les experts, les pays doivent d’abord, pour réduire le risque de catastrophes naturelles, s’attaquer aux facteurs de risque sous-jacents, comme la gestion des terres et les menaces en matière de santé, et ensuite développer des stratégies de réduction des risques plus complètes. L’identification de ces facteurs de risque sous-jacents et la recherche de mesures efficaces pour y répondre peuvent cependant constituer des tâches complexes pour les gouvernements nationaux.

L’indice de réduction des risques a d’abord été introduit en 2009 en Amérique centrale dans le cadre d’une étude pilote d’un an. En 2011, DARA a lancé l’indice de réduction des risques en Afrique de l’Ouest en établissant des partenariats avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), des gouvernements locaux, des bailleurs de fonds, des ONG, des organisations de la société civile et des agences des Nations Unies.

Les chercheurs ont évalué les perceptions des risques des communautés au Cap-Vert, en Gambie, au Ghana, en Guinée, au Niger et au Sénégal et présenté leurs résultats à l’occasion d’ateliers nationaux. Ils ont aussi, dans le cadre de ces ateliers, proposé des moyens de promouvoir et d’améliorer les stratégies et les interventions en matière de RRC. Quelque 60 facteurs de risque ont été abordés, notamment la pollution de l’air, la déforestation, la rareté de l’eau, la prévalence élevée des maladies, l’accès limité aux services de santé, la pauvreté, l’insécurité alimentaire, l’inégalité entre les sexes, la faible qualité des logements, la censure des médias, les conflits et la corruption.

Gouvernance

En évaluant l’empressement des pays à gérer le risque, les chercheurs ont découvert que les facteurs de risque liés à la gouvernance – comme les perceptions par rapport à la démocratie, à l’efficacité du gouvernement et à l’État de droit – avaient une certaine importance.

« Ce n’est pas un hasard si les systèmes de gouvernance et les niveaux de développement socio-économique [des pays ayant obtenu des scores élevés] ont aussi enregistré des progrès importants en termes de transparence et de redevabilité au cours des dernières années », a dit Mme Paley.

La Guinée n’a pas obtenu un bon score en matière de gouvernance. Les citoyens ont parlé d’un niveau élevé de corruption, de l’inefficacité de la bureaucratie, des taux élevés de pauvreté et de chômage et des faibles niveaux d’alphabétisation dans le pays. Cette combinaison de facteurs limite la capacité des citoyens à faire face aux aléas naturels et peut entraîner leur exclusion des processus décisionnels, tout en réduisant la capacité du gouvernement à répondre aux crises.

Plus de 25 000 personnes ont été affectées par une épidémie de choléra en Guinée et en Sierra Leone en 2012. Le nombre de cas enregistrés était plus élevé dans les bidonvilles des capitales.

Plusieurs pays de la bande du Sahel – le Mali, la Mauritanie, le Niger et le nord du Sénégal – ont obtenu de mauvais résultats en ce qui concerne la capacité à gérer les risques en lien avec l’environnement et les ressources naturelles. Cela s’explique surtout par la rareté de l’eau et la désertification, qui sont des problèmes omniprésents.

Les pluies ont changé dans la région du Sahel, a dit Malo Niang, un agriculteur de 55 ans de Thiedy, dans le nord du Sénégal. « Les pluies sont maintenant anormales. Elles commencent tard et s’arrêtent tôt. Elles ne sont pas constantes comme par le passé et nos cultures ne peuvent donc pas pousser. »

Dans les pays du littoral, comme la Guinée et la Sierra Leone, les principales menaces perçues étaient l’érosion des sols et la dégradation des terres.

Clivage urbain-rural

Les chercheurs ont également constaté un clivage marqué entre les perceptions du risque des habitants des zones urbaines et celles des habitants des régions rurales, a dit Mme Paley.

« Par exemple, l’utilisation des sols et l’environnement bâti étaient au cœur des préoccupations des habitants des zones urbaines, car ceux-ci considèrent ces questions [comme étant] beaucoup plus directement liées à l’accroissement de leur vulnérabilité aux aléas naturels. »

Cela inclut les questions d’infrastructures (comme les systèmes de gestion des eaux usées), les lieux choisis pour la construction des logements et les conditions des routes.

Les habitants des régions rurales étaient quant à eux beaucoup plus préoccupés par des sujets tels que les changements dans les régimes de précipitation, la dégradation des sols et la déforestation.

Les risques en lien avec l’urbanisation doivent orienter les décisions en matière de politiques à l’avenir, ont dit des travailleurs humanitaires ayant une expertise dans les zones urbaines.

« Les villes d’Afrique de l’Ouest, les petites comme les grandes, se développent rapidement et sont confrontées à des problèmes spécifiques en lien avec les infrastructures, le zonage et l’aménagement du territoire, des problèmes qui contribuent directement à l’accroissement des risques encourus en cas d’inondations », a dit Mme Paley.

De tels risques sont appelés à augmenter avec la croissance démographique. La population de l’Afrique de l’Ouest devrait dépasser les 400 millions d’habitants d’ici 2020, contre 305 millions en 2010. On s’attend par ailleurs à ce que plus de la moitié de la population africaine vive dans des environnements urbains d’ici 2050, selon un rapport d’UN-Habitat [lien?].

Près de 70 pour cent des habitants des campagnes qui migrent vers les villes finissent par s’installer dans des bidonvilles, où les codes et les normes du bâtiment sont rarement respectés.

L’espoir est permis

Au lieu de considérer les catastrophes comme inévitables, les gouvernements et les communautés devraient utiliser ces résultats pour fixer leurs priorités et adopter les mesures nécessaires, a dit Mme Paley.

En faisant de la RRC une priorité nationale et locale, les pays peuvent améliorer les systèmes d’alerte précoce, développer la résilience, renforcer la préparation aux catastrophes et réduire les pertes humaines et économiques.

D’après Mme Paley, les pays doivent également s’assurer de mettre en place des systèmes de redevabilité et de transparence afin de permettre l’application des politiques.

À ce stade-ci, l’indice de réduction des risques est à la fois un outil pour le plaidoyer et pour la pratique.

« Nous espérons simplement qu’ils [la communauté internationale et les bailleurs de fonds] considéreront le degré d’engagement des pays en matière de RRC et à quel rang se trouve la RRC dans les priorités de leurs programmes de développement, et qu’ils les encourageront à en faire la promotion et à l’intégrer davantage... dans leurs programmes de développement [et leurs stratégies de réduction de la pauvreté] », a dit Mme Paley.

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Theme (s): Santé et nutrition, Politique, Urbanisation, Eau et Assainissement,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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