La sécheresse renverse les prévisions au Swaziland

La vague de sécheresse prolongée et les températures caniculaires qui ont frappé le Swaziland ont renversé les prévisions d’abord optimistes des experts par rapport à la production de maïs, l’aliment de base des Swazis. Ils prédisent maintenant une nouvelle période de pénuries et de distributions de vivres dans ce pays dont les habitants vivent en permanence dans l’insécurité alimentaire.

« Les précipitations ont été dans la normale et au-dessus de la normale au printemps et au début de l’été, et la moitié du pays a reçu des précipitations quotidiennement en décembre 2013. Malheureusement, les précipitations ont été irrégulières dans la région du Lowveld alors que le reste du pays était détrempé, et il a ensuite cessé complètement de pleuvoir. C’est arrivé au moment critique où les plants de maïs produisent leur panicule et où les épis sont supposés sortir », a dit à IRIN Andrew Dlamini, un statisticien du bureau central des statistiques du gouvernement.

« Les régions de Shiselweni, dans le sud, et de Lubombo, dans l’est, sont particulièrement durement touchées. Nous avons [récemment] inspecté ces régions… et nous avons été frappés par l’aspect verdoyant et luxuriant des montagnes. Or ce n’est que de la mauvaise herbe, et pas du genre qui se mange. Les gens grappillent tout ce qu’ils peuvent pour se nourrir et nourrir leurs enfants, car les cultures n’ont pas survécu au manque de précipitations et aux températures élevées », a dit à IRIN Charles Thwala, un spécialiste des cultures basé dans la ville commerciale de Manzini.

La vague de sécheresse survenue en janvier de cette année s’inscrit dans une tendance climatique qui a émergé au cours de la dernière décennie.

Charles Magongo, un consultant auprès du ministère de l’Agriculture, a dit à IRIN : « Certaines parties du pays s’assèchent au milieu de l’été depuis 2006. C’est assez long pour qu’on puisse établir une tendance et envisager la mise en œuvre de plans d’atténuation.

« Même les cultures que l’on dit résistantes aux sécheresses – comme le coton et le sorgho – ont besoin d’une certaine quantité d’eau. Le problème, c’est que les agriculteurs de subsistance considèrent ces cultures comme [complémentaires] au maïs. Ils cultivent pour manger, pas pour vendre sur le marché. Ce qu’ils veulent manger, c’est du maïs », a-t-il dit.

Un début de saison prometteur

L’infolettre de janvier 2014 du Groupe de travail sur la sécurité alimentaire et la nutrition – Afrique Australe, compilée par des gouvernements, les Nations Unies, le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET), des organisations non gouvernementales (ONG) et d’autres partenaires, indiquait, avant le début de la vague de sécheresse : « La saison a bien commencé et la plupart des régions ont reçu des pluies abondantes pendant toute la saison des cultures et jusqu’à la fin décembre. »

Le document mentionnait aussi que les pluies abondantes avaient fait prédire que « la production alimentaire [serait] plus élevée que l’an dernier », mais que la production alimentaire continuerait malgré tout d’être entravée par un manque de facteurs de production et l’absence des « nouvelles technologies ».

« Les conditions météorologiques changeantes ont également un impact important sur la production alimentaire, car la majeure partie du secteur de l’agriculture dépend des précipitations. En décembre [2013], le pays a été frappé par des tempêtes qui ont endommagé les cultures et les infrastructures », indiquait l’infolettre.

La faim, une tendance croissante

Depuis 2000, la production de maïs a diminué d’un tiers, atteignant 70 000 tonnes par année en moyenne. En 2013, le Swaziland a importé 142 000 tonnes de céréales, soit le double de la production nationale, pour répondre à la demande annuelle de céréales du Swaziland, qui est de 215 000 tonnes.

Environ un Swazi sur dix (167 000 personnes) reçoit une aide alimentaire directe. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a également mis sur pied un programme d’aide alimentaire dans quelque 1 500 centres de soins de proximité, ce qui lui a permis de venir en aide à environ 51 000 enfants d’âge préscolaire en 2013. Au total, quelque 100 000 enfants scolarisés reçoivent un soutien alimentaire de la part d’une multitude d’acteurs, incluant des bailleurs de fonds privés.

Selon une évaluation réalisée en 2013-2014 par le PAM, environ 290 000 Swazis risquent de souffrir d’insécurité alimentaire en 2014. Une étude conjointe menée en 2013 par le gouvernement et le PAM a découvert que la faim dont souffrent les enfants entraînait, à long terme, des pertes équivalant à 3,1 pour cent du PIB du Swaziland, qui est d’environ 3,7 milliards de dollars, en raison notamment des pertes de productivité occasionnées.

« Le gouvernement assume que les organisations internationales d’aide vont prévenir la famine au Swaziland. Or la faim est une réalité quotidienne pour la majorité des Swazis – un dépérissement lent et pénible du corps et de l’esprit, chez les adultes et, surtout, chez les enfants », a dit M. Thwala.

Selon une étude menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 2005 et 2013, 31 pour cent des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance.

Nécessité d’agir

Les régimes de précipitation très variables ont fait tomber des pluies abondantes sur les régions du nord du pays et alimenté les rivières qui coulent vers les terres agricoles du sud et de l’est touchées par la sécheresse. Les petits agriculteurs n’ont cependant pas les moyens de financer les opérations qui leur permettraient d’utiliser l’eau des rivières pour irriguer leurs champs.

En 2004, le gouvernement a lancé le projet d’irrigation à l’intention des petits exploitants du bassin inférieur de l’Usuthu (Lower Usuthu Smallholder Irrigation Project, LUSIP), un programme qu’il a l’intention de développer cette année. Les bénéficiaires sont cependant plus souvent des coopératives agricoles que des agriculteurs de subsistance.

« L’aide alimentaire d’urgence est insuffisante et arrive trop tard au Swaziland. Elle n’apporte en outre aucune solution au problème fondamental de l’utilisation adéquate des terres agricoles », a dit Debora Simelane, banquière commerciale à Manzini et volontaire communautaire auprès du centre de soins de proximité de Ngwane Park, qui s’occupe des orphelins et les enfants vulnérables.

« La faim est une réalité quotidienne pour la majorité des Swazis – un dépérissement lent et pénible du corps et de l’esprit »

« L’aide alimentaire d’urgence peut permettre d’empêcher la famine, mais elle ne met pas un terme à la faim. Les Swazis dépérissent lentement en raison de la faim ; les bébés d’aujourd’hui seront physiquement et mentalement handicapés en raison de leur mauvaise alimentation », a-t-elle dit.

Des priorités contestées

Environ70 pour cent de la population vit sur les terres communales – Swazi Nation Land (SNL) –, qui sont administrées par les chefs locaux. Sans titres de propriété, les petits agriculteurs sont incapables de constituer les réserves qui leur permettraient d’emprunter et d’apporter des améliorations aux terres agricoles.

« L’irrigation peut aider, mais elle ne peut être la seule et unique solution pour faire du Swaziland un pays autosuffisant en termes de production alimentaire. Il doit aussi y avoir une réforme foncière prévoyant la distribution de titres de propriété aux petits agriculteurs », a dit à IRIN un responsable du ministère l’Agriculture qui a souhaité garder l’anonymat.

La possibilité d’une réforme foncière rencontre cependant une opposition politique ferme : le roi Mswati III, le dernier monarque absolu de l’Afrique subsaharienne, exerce son emprise par l’intermédiaire des chefs locaux. Ainsi, selon les analystes, la consolidation de la propriété foncière pourrait porter atteinte à son autorité.

« Il n’y a pas de volonté politique pour une réforme de la politique agricole », a dit Mme Simelane.

La réforme foncière « n’est pas sur la liste des priorités du gouvernement. En 2014, la priorité est de terminer la construction d’un aéroport d’une valeur de 1 milliard de dollars », a dit le responsable du ministère de l’Agriculture.

Il a fallu 10 ans pour bâtir le nouvel aéroport international de Sikhuphe, situé à environ 90 minutes de voiture de la capitale, Mbabane. L’aéroport sera équipé pour accueillir des avions gros-porteurs et quelque 400 000 passagers par an. En 2012, environ 70 000 passagers sont arrivés et ont quitté le pays par avion. La plupart d’entre eux ont transité par l’Aéroport international de Matsapha, situé près de Manzini.

Selon certaines informations, Sikhuphe n’a pas suscité l’intérêt des compagnies aériennes internationales. Celles-ci préféreraient en effet opérer depuis l’Aéroport international OR Tambo, à Johannesburg.

En 2003, le Fonds monétaire international (FMI) a dit que l’aéroport de Sikhuphe, dont l’ouverture est prévue en mars 2014, était à la fois inabordable et superflu par rapport aux besoins du pays, et que sa construction avait détourné des fonds des priorités de développement national, comme la création d’emplois, l’éducation et les investissements agricoles.

Lors de la récente rentrée parlementaire, le roi Mswati a déclaré que la plus récente priorité du gouvernement était la construction d’un hôtel cinq étoiles et d’un centre des congrès.

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