Météo locale – affiner les prévisions pour les agriculteurs

Alors que la période de soudure atteint son niveau critique au Zimbabwe, nombreux sont les villages dont les réserves de céréales de base sont déjà épuisées. Le dernier rapport du Comité zimbabwéen d’évaluation de la vulnérabilité prévoit qu’au moins 2 millions de personnes – sur une population de 13 millions – viendront à manquer de nourriture d’ici la fin du mois de mars. Si elles avaient eu accès à des prévisions locales d’une plus grande fiabilité, les communautés auraient pu mieux se préparer à l’intervalle entre deux récoltes, disent les experts.

Le manque d’informations relatif aux précipitations est un problème répandu en Afrique, susceptible de s’aggraver avec le changement climatique qui accentue le caractère imprévisible des modèles météorologiques et exacerbe la nécessité de prévisions micro-locales.

La route menant aux régions du pays les plus touchées par la faim traverse des villages où le maïs abonde. D’après les habitants de ces régions, les précipitations n’ont jamais été aussi bonnes depuis quatre ans. « Mais j’ai entendu dire que les pluies n’ont pas été bonnes pour les villages de la région de Sipamphi [à 20 km]. Ils manquent de nourriture », a dit Sylvia Zihove, qui gère sa propre petite ferme.

Plus loin, la route laisse apparaître des champs au maïs rabougri, voire pourri par endroits. Eugenia Musakanda, une mère célibataire de deux enfants dont l’un est handicapé, habite à Sipamphi. Sa communauté avait appris – par le biais d’un reportage radio – que les précipitations étaient susceptibles d’être bonnes cette année. Elle avait alors confié ses enfants à sa mère pendant plusieurs semaines pour travailler comme ouvrière agricole dans d’autres fermes, labourant les champs en échange de maïs et d’argent. Puis elle était rentrée chez elle, avait ensemencé son propre champ et attendu. Aujourd’hui, elle est au bord de la ruine.

« Pour commencer, la pluie n’est pas arrivée à temps. Maintenant, le champ est gorgé d’eau et je n’ai pas de quoi acheter de l’engrais », a-t-elle dit. « Je ne pense pas que je récolterai suffisamment de maïs pour nourrir ma famille. »

« Il est évidemment dangereux d’envoyer un message annonçant des précipitations supérieures à la moyenne pour l’année à venir, lorsque des villages aussi rapprochés connaissent des conditions météorologiques si différentes »

Comme si cela ne suffisait pas, aucune aide n’est prévue pour sa famille et la cinquantaine de foyers que compte la région. L’une des organisations non gouvernementales (ONG) qui assuraient la distribution des denrées fournies par le Programme alimentaire mondial (PAM) a cessé de le faire, en raison d’un manque de fonds de l’agence des Nations unies.

Variabilité d’un village à l’autre

Katharine Vincent, la directrice de Kulima Integrated Development Solutions – un cabinet de conseil sur l’adaptation au changement climatique – a dit avoir souvent eu écho de variations pluviométriques à l’échelle micro-locale dans le sud de l’Afrique, où elle travaille. Mme Vincent est l’auteure principale d’un chapitre du prochain rapport du groupe de travail II du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui étudie les impacts du changement climatique, la vulnérabilité et l’adaptation. La publication du rapport est prévue le mois prochain.

« Je pense, au regard du changement climatique, que la juxtaposition d’informations climatologiques et météorologiques est essentielle. C’est ce que nous avons tous préconisé comme condition indispensable à une adaptation des agriculteurs. Les études qualitatives comportent d’ailleurs des citations d’agriculteurs confirmant eux-mêmes qu’ils seraient bien plus aptes à s’adapter s’ils disposaient de telles informations. »

Mme Musakanda a elle aussi affirmé que si elle avait eu connaissance de prévisions des précipitations plus précises, elle aurait été mieux parée pour faire face aux mauvaises conditions de culture.

En Afrique, un certain nombre de projets portés par des ONG tentent d’améliorer la communication des prévisions météorologiques à l’échelle communautaire à l’aide de téléphones portables, a dit Mme Vincent. « Mais bien entendu, l’un des principaux inconvénients des prévisions saisonnières et autres prévisions de ce type est leur incapacité à prendre en considération les variations à une échelle si réduite. Il est évidemment dangereux d’envoyer un message annonçant des précipitations supérieures à la moyenne pour l’année à venir, lorsque des villages aussi rapprochés connaissent des conditions météorologiques si différentes », a-t-elle expliqué.

Les villageois du district d’Angoche, dans le nord du Mozambique, ont récemment dit à Mme Vincent qu’ils aimeraient avoir accès à des données climatologiques, mais qu’elles devaient être « crédibles et légitimes ». Ils ont cité l’exemple d’une alerte à la catastrophe émise par les autorités mozambicaines, annonçant l’arrivée d’un cyclone à une date précise. « Ils se sont préparés, se sont réfugiés en hauteur, etc. », a dit Mme Vincent. « Comme rien ne se passait, ils ont repris leurs activités habituelles. Puis, trois jours plus tard, [le cyclone] est arrivé, et ils ont été très sévèrement touchés. Et surtout, leur source d’information a perdu toute crédibilité à leurs yeux. »

Les prévisions météorologiques et la climatologie ne sont pas encore suffisamment avancées pour permettre des prévisions micro-locales d’une grande précision.

Aussi, toute prévision doit « s’accompagner d’une mise en garde appropriée sur ses insuffisances, sans quoi nous courons le risque d’une dépendance excessive, puis d’une réaction violente lorsque, fatalement, elle ne se vérifie pas à 100 pour cent », a ajouté Mme Vincent.

L’incertitude, un problème clé

La difficulté de communiquer l’incertitude aux profanes a été examinée lors d’une conférence récente du projet CORDEX (Coordinated Regional Climate Downscaling Experiment). Ce dernier a pour objectif de réduire l’échelle des modèles de projection du changement climatique jusqu’à atteindre une échelle à peine supérieure au village, mais d’importants défis restent à relever, a dit Maarten van Aalst, directeur du Centre sur le changement climatique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et auteur principal chargé de la coordination du rapport spécial du GIEC sur la gestion des risques de catastrophes et de phénomènes extrêmes pour les besoins de l’adaptation au changement climatique (SREX).

« Le degré d’incertitude des projections à échelle réduite reste important », a-t-il écrit dans un courriel. « Il faut se méfier de toute information prétendant savoir ce qu’il adviendra dans un district donné dans les 100 années à venir. Il subsiste une forte part d’incertitude dont il faut avoir conscience, et l’éventail des possibilités (l’enveloppe des résultats possibles) est certainement plus instructif que la moyenne. »

D’après M. Van Aalst, la communauté scientifique doit garder les besoins de l’utilisateur final en tête lorsqu’elle interprète des données, « pas uniquement dans l’optique de fournir une meilleure définition des impacts, mais également des informations exploitables capables d’éclairer les prises de décision ».

Ainsi, Mme Musakanda, l’agricultrice zimbabwéenne, tirerait certainement profit de renseignements sur des variétés de semences résilientes, plutôt que de se contenter des prévisions de précipitations de son village.

Paddington Zhanda, le ministre adjoint de l’Agriculture, a dit à IRIN que le Zimbabwe aurait bien besoin d’aide pour développer ses services d’informations climatologiques. Mais le gouvernement fournit déjà des variétés de semences résilientes aux régions dont les précipitations sont traditionnellement irrégulières, a-t-il ajouté.

« Nous encourageons également ces régions à cultiver de petites variétés comme le sorgho, qui sont bien plus résistantes. » Le gouvernement, a-t-il dit, fournit des semences à 1,7 million de foyers minimum.

Faire avancer les choses

Le cadre mondial pour les services climatologiques (CMSC) vient tout juste de lancer le Programme de services climatologiques pour l'adaptation en Afrique, qui vise à renforcer la résilience dans le domaine de la gestion des risques de catastrophe, la sécurité alimentaire, la nutrition et la santé. Au nombre de ses initiatives figure le développement de services climatologiques adaptés aux besoins pratiques des communautés.

M. Van Aalst a expliqué qu’il ne s’agissait pas simplement de fournir des données à une échelle locale, mais également suivant un calendrier adapté, et c’est là que le CMSC intervient.

« Agir pour éviter des conséquences négatives demanderait de disposer de données relatives aux jours, semaines ou mois à venir, tirées de bulletins météorologiques réguliers ou de bulletins climatologiques saisonniers », a-t-il écrit dans un courriel. « Les données relatives au changement climatique, en revanche, (au cœur des recherches du projet CORDEX et du GEIC) s’intéressent toujours et en premier lieu à des tendances s’étalant sur plusieurs décennies, souvent en termes de conditions moyennes, plutôt qu’à des changements de l’ordre des risques possibles dans un futur proche. »

Le CMSC « tente de jeter un pont entre ces deux échelles de temps […] et de fournir des données mieux adaptées aux besoins des utilisateurs (tenant compte des différents types d’incertitudes) », a-t-il ajouté.

« Agir pour éviter des conséquences négatives demanderait de disposer de données relatives aux jours, semaines ou mois à venir, tirées de bulletins météorologiques réguliers ou de bulletins climatologiques saisonniers »

D’après la coordinatrice du programme de l’Organisation météorologique mondiale, Sofie Sandström, le projet s’appliquera initialement à deux pays : le Malawi et la Tanzanie. Il s’appuiera sur des initiatives déjà conduites au niveau communautaire par d’autres organisations, comme le PAM et la Croix-Rouge.

Les données climatologiques seront diffusées au travers d’écoles pratiques d’agriculture, par radio et SMS, et via d’autres canaux. Les organisations travailleront en parallèle avec des représentants gouvernementaux pour les aider à comprendre et à communiquer ces données.

« Que les utilisateurs paient pour recevoir des données climatologiques ou qu’ils les reçoivent gratuitement dépend du type de donnée et de l’utilisateur en question, mais pour les communautés ciblées par la Croix-Rouge et le PAM, aucun frais ne s’appliquera », a dit Mme Sandström.

Ces informations devraient aider les agriculteurs à planifier leurs plantations et leurs stratégies marketing en fonction des prévisions climatologiques saisonnières, et aider les personnes chargées de la gestion des risques à mieux se préparer aux sécheresses et aux fortes pluies. Elles devraient en outre permettre aux services de santé publique de mieux cibler les interventions pour limiter les épidémies telles que le paludisme, et améliorer la gestion des ressources en eau.

Mme Sandström espère qu’en cas de succès, le modèle pourra être étendu à d’autres pays.

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