Dans l’attente d’une résolution à Kidal, au Mali

Chris Simpson
Journaliste indépendant basé à Dakar et contributeur régulier d’IRIN

Malgré les efforts internationaux pour rétablir la paix au Mali, la région de Kidal, située au nord du pays, reste un bastion du MNLA [Mouvement national pour la libération de l'Azawad]. Alors que le reste du pays se remet lentement de l’occupation par les rebelles et les islamistes, les autorités craignent que le climat persistant de défiance et d’hostilité qui règne à Kidal ne déstabilise le pays.

« Sandy » El Hadj Baba Haïdara, qui vient de perdre son siège de député de Tombouctou à l’Assemblée nationale, a dit que le destin du Mali était lié à celui de Kidal, ancienne ville de garnison située dans la région isolée de l’Adrar des Ifoghas.

« Certaines personnes disent que Kidal n’est qu’un caillou dans la chaussure, ou une épine dans le pied, mais une épine dans le pied peut faire souffrir tout le corps », a dit M. Haïdara. « Il faut résoudre la situation à Kidal. Tout le monde pourra respirer et nous pourrons passer à autre chose ».

La solution militaire

L’insécurité persiste dans le nord-est du pays. La semaine dernière, le Mouvement pour l’unité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) a revendiqué l’enlèvement de quatre membres du Comité international de la Croix-Rouge et d’un vétérinaire sur la route entre Gao et Kidal.

Le MNLA, à majorité touareg, a dénoncé ce genre d’incidents par le passé, affirmant qu’ils visaient notamment à chasser les militants islamistes du nord du pays.

M. Haïdara s’est dit favorable à une solution militaire malienne. Des troupes maliennes sont présentes à Kidal, aux côtés des troupes de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et de l’armée française. Mais, selon les observateurs, leur nombre ne suffit pas à sécuriser ce vaste territoire.

Avant les élections, le président par intérim Dioncounda Traoré s’était engagé à renforcer la présence de l’armée malienne à Kidal, mais il ne l’a pas fait.

Malgré le retour du gouverneur dans la région de Kidal en juillet 2013 et l’évacuation, avec réticence, des bâtiments importants occupés par le MNLA, le gouvernement n’a pas le contrôle de Kidal.

En 2013, le MNLA a dit à un journaliste que « mettre un drapeau malien à Kidal, c’est une déclaration de guerre ».

M. Haïdara a dit que les Nations Unies et les Français devraient s’effacer et laisser place à une armée malienne renforcée. Cet avis est partagé par bon nombre de représentants politiques et de commentateurs de Bamako, la capitale.

Se retourner contre Paris

Si l’intervention militaire française, qui a débuté en janvier 2013, a permis de chasser les occupants islamistes du pays, le sentiment de gratitude des Maliens s’est estompé au cours de ces derniers mois.

À Bamako, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que, si les forces françaises ont délogé les islamistes de leurs bastions de Tombouctou et Gao entre autres, elles ont adopté une approche de « non-intervention » à Kidal. Les troupes françaises sont intervenues en collaboration avec les soldats tchadiens, en excluant ouvertement l’armée malienne.

La France a laissé le MNLA s’installer, en espérant que sa connaissance du désert ferait de ce mouvement un allié lors des négociations de libération d’otages et des opérations militaires visant à contrer la menace résiduelle posée par les jihadistes.

Certains Maliens estiment que la France a été dupée sur ces deux points. Selon eux, le gouvernement français considère le MNLA comme un mouvement autochtone aux revendications légitimes et les islamistes comme des opportunistes majoritairement étrangers – une distinction erronée, disent-ils.

« Ce n’est pas le MNLA que nous avions au début », a noté M. Haïdara. « Sous cette bannière, on retrouve tous les djihadistes qui ont perdu leurs propres combats ».

Ali Nouhoum Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale et actuel président de la COMODE, la Coalition malienne des organisations démocratiques, une vaste alliance de partis et de groupes de pression qui ont appelé à la libération de Kidal, a dit à IRIN : « Je n’ai toujours pas compris ce que la France voulait faire dans le Nord. Si on prend la protection de l’intégrité territoriale au sérieux, on ne peut pas laisser un autre drapeau flotter dans l’Adrar. Pour nous, c’est tout simplement incohérent ».


Régler la question du MNLA

M. Diallo a dit qu’il s’inquiétait de voir le MNLA faire flotter le drapeau de l’Azawad autour de Kidal, organiser des manifestations contre les délégations gouvernementales et éviter les négociations relatives à l’évacuation.

Les rébellions et les accords de paix précédents ont laissé sceptiques un grand nombre de personnes, a indiqué M. Diallo. Il a dit que les dirigeants séparatistes avaient signé des accords et accédé à des postes élevés dans le civil ou dans l’armée avant de soutenir les nouvelles insurrections. M. Diallo a dit que, s’il voulait être pris au sérieux, le MNLA devait rendre les armes.

Le MNLA a raconté une histoire très différente aux intermédiaires et aux journalistes, parlant de civils tués par les forces de sécurité maliennes pendant les manifestations, accusant la France d’avoir laissé le mouvement exposé et isolé à Kidal et exprimant leur déception de voir que le président actuel, Ibrahim Boubacar Keïta [IBK], n’a rien proposé de nouveau.

IBK a affirmé que le Nord devait être la principale priorité du Mali. Depuis sa prise de fonction, il a nommé Cheick Oumar Diarra, ancien ambassadeur du Mali aux États-Unis, au poste de ministre de la Réconciliation nationale et du Développement des régions du Nord. Il a également organisé des assises nationales pour le nord du Mali à Bamako et établi une nouvelle commission vérité, justice et réconciliation qui devrait s’intéresser aux origines de la crise et aux abus qu’elle a entraînés.

Perte de vitesse

Mais bon nombre de personnes craignent que le processus de paix ne soit en perte de vitesse.

L’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013 prévoyait la tenue d’un « dialogue inclusif » dans un délai de 60 jours à compter de la nomination d’un nouveau gouvernement. Il n’a pas été organisé.

Entretemps, le MNLA et le gouvernement se sont mutuellement accusés d’avoir renié les accords sur les arrangements sécuritaires à Kidal.

Les observateurs ont souligné que l’accord de Ouagadougou n’était que l’un des accords visant à rétablir la paix à Kidal, citant le Pacte national de 1992 et les accords d’Alger signés en 1996.

Mohamed Ag Ossade, directeur du Centre culturel touareg Tumast à Bamako, a dit que les deux camps avaient la responsabilité de trouver un accord qui ne s’effondrera pas deux ans plus tard. Si l’accord de Ouagadougou échoue, a-t-il dit, « cela sera inutile ».

M. Ag Ossade se méfie du MNLA. Il a affirmé que sa campagne en faveur de l’autonomie de l’Azawad était soutenue par des idéalistes et des opportunistes. Mais il se méfie également des personnes qui demandent une solution militaire.

« Envoyez l’armée malienne et vous tuerez des gens de 90 ans ou des enfants de deux ans. En plus, l’armée se ferait écraser. Là-bas, tout le monde appartient au MNLA », a-t-il dit.

M. Ag Ossade a affirmé que, bien dirigé, le Mali pourrait être un creuset tolérant.

Il en veut pour preuve le concert organisé par le centre Tumast, avec un groupe touareg principalement composé de personnes originaires de Kidal. Sur la piste de danse, les touaregs du public côtoient des dignitaires, des diplomates et des amateurs de musique de toutes les races.

« Nous pouvons nous en sortir », a dit à IRIN M. Ag Ossade. « Mais à condition que le gouvernement malien aime tous ses enfants et qu’il les traite équitablement ».

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