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Le Nigeria en proie à une adversité durable suite aux inondations

IBAJI, 17 février 2014 (IRIN) - Les habitants de l’État Nigérian de Kogi, déplacés par le déluge de 2012, ont fini par réinvestir leurs villages – mais les dégâts durables et le manque de nourriture ne font qu’aggraver leurs conditions de vie difficiles. Les efforts considérables déployés en faveur du relèvement ont cependant inspiré une reconversion agricole.

Les inondations de 2012 – les pires que le Nigeria ait connues en quarante ans – avaient fait quelque 7 millions de sinistrés à travers tout le pays. L’État de Kogi, où la Bénoué se jette dans le Niger, avait été le plus gravement touché : 1,3 million de personnes avaient été affectées, sans compter les routes coupées et les maisons, les fermes et les réserves de nourriture emportées par les eaux.

Les autorités parlent d’une catastrophe d’une ampleur sans précédent, et les mesures à long terme destinées à atténuer son impact s’avèrent coûteuses et compliquées.

Neuf des 21 zones de gouvernement local de l’État de Kogi ont été sévèrement touchées par les inondations, en particulier Ibaji, une région rurale de faible altitude.

Dans les villages isolés d’Ibaji, de nombreuses maisons ont ployé sous la force du courant, et leurs murs de boue ont été emportés par les flots, dévoilant un amas de bâtons et de poteaux. Les toits de certaines maisons entièrement effondrées gisent au sol.

Les agriculteurs peinent à reconstituer les réserves de nourriture et dénoncent la parcimonie des aides gouvernementales, alors qu’une alerte inondation les avait découragés d’entreprendre une culture à grande échelle l’année dernière.

« C’est rare que l’on mange trois repas par jour, comme on le faisait autrefois », a dit Juliana Omale, mère de trois enfants. « L’année dernière nous n’avons pas planté autant que d’habitude par peur de nouvelles inondations, et la récolte est maigre. »

Gestion de la crise

Il arrive que les crises humanitaires frappant les régions reculées du Nigeria passent inaperçues, ou qu’elles reçoivent une réponse inadaptée, a constaté Peter Egwuda, coordinateur auprès de l’organisation non gouvernementale (ONG) CISCOPE (Civil Society Coalition for Poverty Eradication). La plupart des ONG présentes dans le pays se concentrent essentiellement sur des programmes de développement et l’action humanitaire n’en est qu’à ses débuts, a-t-il également fait remarquer.

« La gestion gouvernementale de la crise humanitaire laisse à désirer. Les gens pensent encore que l’action humanitaire consiste à apporter des denrées de secours et à les abandonner ici [pour les personnes démunies]. Nous n’avons encore fait qu’effleurer le problème », a-t-il dit.

Seuls 18 km de routes ont été réparés à Ibaji. « Certaines personnes n’ont pas été approchées depuis les inondations de 2012. Si les inondations de 2012 ne nous ont pas servi de leçon, que faudra-t-il ? », a dit M. Egwuda.

Sur les 79 000 habitants de la circonscription d’Ibaji contraints au déplacement, 3 000 n’ont pas encore été convenablement réinstallés, a dit Paul Ukwenya, le vice-président du Conseil de gouvernement local d’Idah, dans l’État de Kogi.

De nombreux habitants d’Ibaji ont trouvé refuge à Idah. Certains vivent encore chez des membres de leur famille en zone urbaine.

Nouveau départ

« Pour nous, il s’agit de recommencer à zéro, et les défis sont considérables », a dit David Ogu, président du Conseil de gouvernement local de Lokoja, ville située elle aussi dans l’État de Kogi.

Au nombre des mesures durables qui permettraient d’apprivoiser les dégâts engendrés par les inondations, il y a bien la construction de maisons aux fondations plus solides, « mais rares sont ceux qui peuvent se le permettre », a dit John Egwemi, le chef suprême d’Ibaji. Le gouvernement Nigérian devrait sérieusement envisager l’édification de digues le long de la Bénoué afin d’épargner les communautés en aval en cas de fortes pluies, a-t-il également suggéré.

M. Egwemi s’en est aussi pris aux météorologues Nigérians pour les alertes inondations lancées en 2013. Leurs prévisions avaient découragé les agriculteurs de pratiquer une culture extensive, limitant de fait les réserves de nourriture alors que les inondations annoncées n’ont pas eu lieu.

« Les gens avaient préparé des radeaux à l’aide de morceaux de bois [en cas d’inondation]. Nous écoutons les prévisions, mais ils [les météorologues] ne devraient pas nous effrayer. Ils devraient s’assurer que leurs prévisions collent autant que possible à la réalité », a dit M. Egwemi.

Changer les pratiques agricoles

Les autorités de l’État de Kogi ont construit 272 maisons pour répondre aux besoins des personnes contraintes au déplacement à Lokoja.

Elles travaillent en outre à réformer l’agriculture, en prônant la transition d’une agriculture essentiellement de subsistance à une agriculture commerciale, et le passage d’une culture saisonnière à une culture irriguée, a dit M. Ogu. Elles cherchent aussi à améliorer la nutrition ; les aliments de base de la région sont le manioc, la patate douce et le riz.

Mais Ahmed Daniel, un agriculteur d’Ibaji, a dit que les demandes d’aide lancées aux autorités locales pour améliorer la production étaient restées sans réponse. « Nous avons parlé à nos dirigeants locaux, mais leurs promesses restent dans le vent. Ils nous ont promis un tracteur et de l’engrais. Nous labourons la terre à mains nues. Les superficies sont telles, nous ne pouvons pas faire plus », a-t-il dit à IRIN.

En raison des difficultés, nombre de jeunes ont abandonné l’agriculture et sont partis pour la ville dans l’espoir d’y trouver un emploi subalterne. Faute de succès, certains sont rentrés dans leurs villages, a dit M. Daniel.

Avec l’aide de CISCOPE, certains habitants d’Ibaji se sont lancés dans l’agriculture irriguée, pompant l’eau des nombreux ruisseaux de leur village pour l’acheminer jusqu’à leur ferme grâce à des générateurs.

L’organisation a formé 3 000 fermiers d’Ibaji à la culture de saison sèche, distribué 60 pompes à eau et de jeunes plants de riz à maturation précoce et introduit la culture de légumes, a dit M. Egwuda de CISCOPE.

« Nous ne connaissions pas l’agriculture irriguée. Maintenant, la plupart des gens trouvent ça bien, et si vous allez dans les champs, le riz abonde », a dit Emmanuel Igwu, qui dirige une nouvelle coopérative de fermiers, forte de 20 membres, à Ibaji.

Trouver des solutions

La mise en œuvre des projets de relocalisation des populations originaires des plaines vers des terrains en hauteur ou dans de nouvelles maisons, qui restent à construire à travers tout l’État de Kogi, s’annonce compliquée. Il est à craindre que les communautés qui habitent sur leurs terres ancestrales depuis des générations se refusent à partir. De plus, la meilleure façon de gérer les nouveaux logements reste à déterminer – comment faire payer un loyer à des personnes qui ne l’ont jamais fait, par exemple.

« Le problème qui demeure, c’est que nous devons encourager les communautés à quitter les plaines inondables. Mais c’est compliqué pour des raisons culturelles », a dit Richard Akanmode, le chef adjoint de l’État de Kogi.

« Nous continuons d’essayer de leur faire comprendre qu’en cas d’inondation, [ils sont] les premiers affectés. Nous n’avons pas vraiment réussi à les convaincre de partir », a-t-il dit.

M. Akanmode a expliqué que l’État n’arrivait plus à faire face aux inondations, et que le manque de fonds empêchait des plans à grande échelle comme la construction de digues.

« Vous avez beau savoir ce qu’il faut faire, vous n’avez pas pour autant les ressources pour le faire. C’est une question de capacité financière. »

ob/rz-xq/ld

Theme (s): Réduction des risques de catastrophes, Sécurité alimentaire, Catastrophes naturelles,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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