Les insectes ravageurs des cultures, un fléau pour les agriculteurs d'Afrique australe

La saison des pluies - toujours très attendue dans une Afrique australe en proie à la sécheresse - a été favorable à la pullulation de la noctuelle ponctuée et du criquet nomade. Les insectes ravageurs des cultures ont contribué aux difficultés des agriculteurs de subsistance qui s'efforcent de se rétablir après les revers subis lors du dernier cycle de culture.

Au Zimbabwe, où le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 2,2 millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire, plus de 800 hectares de cultures de céréales et 300 hectares de pâturages ont été détruits suite à des pullulations de noctuelles ponctuées.

Godfrey Chikwenhere, directeur adjoint du Département de la recherche et des services spécialisés du ministère de l'Agriculture, a dit à IRIN que les dommages causés par les noctuelles ponctuées - qui sont des larves de papillon - ont été importants et qu'ils auront un impact sur la sécurité alimentaire des foyers situés dans les zones affectées.

M. Chikwenhere a indiqué que les noctuelles ponctuées sont venus d'Afrique de l'Est et de la Corne de l'Afrique. Entre octobre et novembre, les papillons ont été transportés par des vents humides jusqu'à la province zimbabwéenne du Mashonaland central, située au Nord. Ils ont ensuite colonisé tout le pays. Un mode de déplacement identique a été observé en 2013.

Zimbabwe

« Certaines cultures ont été entièrement détruites, ce qui a contraint les agriculteurs à replanter alors que la saison agricole était déjà bien avancée. Cela traduira par une baisse des rendements», a dit M. Chikwenhere. « Les éleveurs de bétail seront également affectés en raison de la destruction des pâturages, notamment dans les provinces du Matabeleland-Nord et du Matabeleland-Sud, où se concentre la production de bétail ».

Les pesticides utilisés pour détruire les chenilles ont uniquement été pulvérisés sur les cultures, car la pulvérisation sur les pâturages et les réserves naturelles risquerait d'exposer les animaux à des produits chimiques toxiques, a-t-il noté. En conséquence, les noctuelles ponctuées ont pu se reproduire librement dans certaines zones.

Le département de M. Chikwenhere disposait au départ d'un stock suffisant de carbaryl - le produit chimique utilisé pour enrayer les insectes ravageurs - mais il a indiqué que les stocks commençaient à manquer et qu'il n'y avait pas suffisamment de véhicules pour surveiller les infestations et distribuer les pesticides.

« Certaines zones ont connu des précipitations abondantes quasiment tous les jours, alors les agriculteurs ont dû procéder à une nouvelle pulvérisation, car les précipitations réduisent l'effet du produit chimique », a-t-il ajouté

Les pluies torrentielles et les inondations qui ont récemment touché plusieurs provinces du sud du Zimbabwe ont détruit des cultures ainsi que des maisons et des infrastructures, selon des informations locales.

Dans son rapport mensuel du mois de janvier, le département de M. Chikwenhere a prédit que : « Si les conditions climatiques actuelles se maintiennent, la plupart des régions du pays risquent de connaitre de nouvelles pullulations de noctuelles ponctuées de la deuxième génération jusqu'en mai 2014 ».

Il a dit qu'il était nécessaire de former les agriculteurs à la prévention et au signalement précoce. « Bon nombre de nos agriculteurs ont des connaissances en matière de pulvérisation contre les insectes . mais il faut les former à la détection des noctuelles ponctuées à un stade précoce pour mettre en place les mécanismes d'intervention avant que les dommages ont été subis ».

Malawi

Des pullulations de noctuelles ponctuées ont également été rapportées au Mozambique, dans l'est de la Zambie et au Malawi, où 2 600 hectares de cultures ont été touchés, dont plus de 500 hectares ont été entièrement détruits, selon les informations fournies par le ministère de l'Agriculture.

Au Malawi, 1,85 million de personnes sont déjà affectées par la pénurie alimentaire, selon le Comité national d'évaluation de la vulnérabilité. Le pays est actuellement confronté à des invasions de criquets rouges, plus particulièrement les zones environnantes des lacs Chiuta et Chilwa, situés au sud-est du pays, non loin de la frontière avec le Mozambique.

Un rapport établi en janvier par l'Organisation internationale de l'Afrique centrale et australe contre le criquet nomade (IRLCO-CSA) sur la migration des insectes a noté que les criquets se sont reproduits en janvier et que les jeunes criquets sont déjà sortis des oufs.

« Les ailes des criquets vont se développer et les adultes devraient apparaître en mars/avril », indique le rapport. « S'ils ne sont pas maîtrisés, ces essaims migreront et menaceront la sécurité alimentaire de la plupart des pays de la région ».

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