La nouvelle approche des Nations Unies pour venir en aide aux 20 millions d’affamés au Sahel

Au Sahel, plus de 20 millions de personnes auront besoin de l’aide alimentaire en 2014, soit 8,7 millions de plus qu’en 2013, d’après les estimations des Nations Unies qui ont lancé le 3 février un plan triennal (et non plus annuel) ambitieux pour la région du Sahel.

L’augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim est due à une sévère détérioration de l’accès à des denrées alimentaires à un prix abordable dans le nord du Nigeria, le nord du Cameroun et au Sénégal. Ensemble, ces pays représentent plus de 40 pour cent du nombre global de cas d’insécurité alimentaire, ont déclaré les Nations Unies.

Le nombre d’enfants de moins de cinq ans malnutris est de cinq millions, soit plus ou moins le même qu’en 2013.

Les déplacés dans la région du Sahel, qui sont 1,6 million, font partie des populations vulnérables, avec les communautés qui fuient la République centrafricaine (RCA), le nord-est du Nigeria, le Mali et le Soudan. La présence des déplacés pèse sur les populations vulnérables du Burkina Faso, du Cameroun, du Tchad et du Niger.

« Plus ambitieux »

« Sauver des vies reste la priorité absolue, c’est certain », a déclaré Robert Piper, coordonnateur humanitaire régional des Nations Unies pour le Sahel. « Mais nous devons être plus ambitieux concernant les missions que nous nous fixons, y compris ne pas faire que sauver des vies. »

Les Nations Unies, qui vont relancer des demandes de financement annuelles au cours des trois années à venir, lancent un appel de fonds à hauteur de 2 milliards de dollars cette année, soit plus que le montant de 1,7 milliard de dollars réclamé l’année dernière.

« Les plans de douze mois ne fonctionnent pas dans une région qui souffre de problèmes chroniques. Tout le monde veut voir reculer le nombre [de personnes vulnérables]. Les activités économiques habituelles ne sont pas capables de briser ces cycles », a déclaré à IRIN M. Piper.

« Nous avons pour ambition de réduire le volume [des souffrances] et de raccourcir le temps nécessaire à la récupération. »

Il faut parfois trois bonnes récoltes successives pour se remettre d’une mauvaise année, mais les sécheresses de plus en plus fréquentes et répétées rendent cette récupération impossible pour de nombreuses familles.

« Dans une région où les crises sont plus fréquentes et plus intenses, il s’agit surtout de reconnaître les signes, de réagir vite et d’intervenir de façon à empêcher les personnes qui connaissent des difficultés ou qui sont exposées de basculer », a-t-il ajouté.

Partenariat

La nouvelle stratégie privilégie l’alerte précoce et le travail en partenariat direct avec les États et les acteurs du développement. « Agir de façon isolée, sans impliquer l’État, n’est pas viable. De même, agir sans impliquer les partenaires du développement ne permettra pas une réponse rapide au sein d’un système international plus large », a affirmé M. Piper qui a également préconisé une collaboration plus poussée entre les différents groupes.

Rodrigue Vinet, coordonnateur principal de projet auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a déclaré à IRIN : « Personne ne détient la solution complète. C’est seulement en travaillant ensemble que nous pouvons y arriver ou faire des progrès ».

Les autorités nationales vont devoir assumer leur part de responsabilité et reconnaître les conséquences du mariage précoce et des autres facteurs sur la croissance démographique, car ces facteurs sont liés à l’insécurité alimentaire, a déclaré un observateur.

La récolte de 2013 dans le Sahel se situait au niveau du rendement moyen des cinq dernières années. Cependant, d’après les estimations des Nations Unies, cela représentait une réduction de 13 pour cent de la disponibilité des céréales par habitant, à cause de la croissance démographique.

Au Niger, la population double tous les 22 ans.

Selon M. Vinet, tous les acteurs doivent renforcer l’éventail de leurs activités, notamment la constitution de réserves alimentaires ; la distribution en temps utile de semences résistantes à la sécheresse ; l’amélioration de l’utilisation des réserves en eau limitées ; la vaccination préventive et la réduction des stocks de bétail au bon moment ; la mise en place de réserves alimentaire ; l’augmentation des réserves alimentaires dans les villages ; l’encouragement des investissements dans la recherche scientifique ; et l’amélioration des points d’eau pour les éleveurs et les agriculteurs, entre autres activités.

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