Peu d’emplois pour les diplômés des universités du Nord

Les diplômés des universités du nord du Sri Lanka – région qui se relève de plusieurs décennies de guerre civile - sont confrontés à un monde du travail où les opportunités sont rares, indiquent les responsables.

« Les étudiants du Nord éprouvent beaucoup plus de difficultés que les étudiants du reste du pays. Il est très difficile de trouver de nouveaux emplois », a dit à IRIN Rupavathi Keetheswaran, plus haut fonctionnaire du district de Kilinochchi, dans la province du Nord.

Le Département du recensement et des statistiques du Sri Lanka note que le taux de chômage national des diplômés était de 10 pour cent en 2013, mais les responsables en charge de l’éducation estiment que les chiffres sont bien plus élevés dans le Nord. L’État insulaire compte 20 millions d’habitants.

« Nous n’avons pas les chiffres, mais au vu du nombre de demandes reçues de la part de diplômés sans emploi, il est bien plus élevé », a dit Sivalingam Sathyaseelan, secrétaire du ministre de l’Enseignement du Conseil provincial du Nord.

Le manque d’emplois dans la région, le manque de compétences en anglais et la non maîtrise des technologies de l’information – des qualifications exigées par le secteur privé – sont les principales raisons, a-t-il dit.

À la fin de la guerre, en mai 2009, le gouvernement a déclaré sa victoire sur les Tigres de libération de l’Eelam Tamoul (LTTE), qui luttaient pour la création d’un État tamoul indépendant dans le nord du pays depuis 1983, et a promis de créer davantage d’emplois dans le Nord.

Dans une enquête réalisée en 2012 par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) auprès de ménages récemment rapatriés dans le Nord, 55 pour cent des 917 répondants ont dit que l’emploi occasionnel ou informel représentait leur principale source de revenus ; seulement 9 pour cent des répondants occupaient un emploi permanent. Selon les chercheurs, 43 pour cent des répondants ont déclaré avoir un revenu mensuel de 5 000 roupies sri lankaises (38 dollars) ou moins, alors que le revenu mensuel moyen par habitant s’élevait à 36 451 roupies sri lankaises (280 dollars).

Chômage

Selon les statistiques officielles, le taux de chômage s’élève actuellement à 4 pour cent au Sri Lanka. Il n’y a pas de chiffres officiels sur le chômage des habitants de trois des cinq districts de la province du Nord - Jaffna, Mullaithivu et Vavuniya. Selon les statistiques disponibles, le taux de chômage des habitants des deux autres districts est deux fois supérieur à la moyenne nationale : il s’élève à 8,1 pour cent dans le district de Mannar et à 9,3 pour cent dans le district de Kilinochchi.

Mais certaines personnes pensent que ces chiffres ne rendent pas compte de l’ampleur réelle du problème. Selon M. Muttukrishna Sarvananthan, économiste du développement et chargé de recherche principal au Point Pedro Institute for Development, le gouvernement a utilisé un seuil inférieur pour calculer le taux de chômage, inclus des enfants de l’âge de 10 ans dans la population active et comptabilisé les personnes ne travaillant pas plus d’une heure par semaine comme étant employées.

Si l’on appliquait des critères plus rigoureux - en ne prenant pas en compte les personnes de moins de 15 ans, par exemple - le taux de chômage pourrait s’élever à 18 pour cent au Sri Lanka, avec un « taux de chômage effarant de 32,8 pour cent » dans la province du Nord. « Les aspirations des jeunes ne sont pas en adéquation avec les opportunités existantes », a dit M. Sarvananthan.

Des notes élevées

Le taux de chômage élevé ne reflète pas les excellentes performances des étudiants de la province du Nord qui ont passé leurs examens d’entrée à l’université en 2013. Les étudiants de la province du Nord ont obtenu les meilleurs pourcentages de réussite aux examens d’entrée à l’université, selon les résultats nationaux rendus publics en décembre.

Plus de 16 600 étudiants de la province ont passé ces examens et 63,8 pour cent d’entre eux ont obtenu la note minimum requise pour s’inscrire dans l’une des 15 universités du pays, contre une moyenne nationale de 40 pour cent environ, a indiqué la University Grants Commission du Sri Lanka.

Mais cela ne réconforte pas les étudiants de la province du Nord qui ont obtenu leur diplôme et cherchent du travail. « Il n’y a pas de postes de direction à Kilinochchi. Les quelques postes de direction offerts sont allés aux étudiants venant d’autres districts », a dit Vishva, un Tamoul de 24 ans qui a obtenu un diplôme avec mention à l’université de Jaffna, dans la province du Nord, en 2013 et qui vit à Kilinochchi.

Il a postulé à plus d’une vingtaine d’offres d’emplois et il dit qu’il pourrait postuler à un emploi d’enseignant afin d’améliorer ses chances de trouver du travail ou quitter la région. Selon M. Sathyaseelan du ministère de l’Enseignement, un grand nombre de diplômés ont déjà quitté la région.

Les investissements massifs réalisés dans les infrastructures depuis la fin de la guerre – estimés à plus de 3 milliards de dollars par la Banque centrale du Sri Lanka – n’ont pas encore débouché sur des créations d’emplois pour les diplômés de l’université, a dit M. Sarvananthan, l’économiste. Les secteurs de la pêche et de l’agriculture représentent au moins 40 pour cent des revenus du Nord.

Il a souligné que le gouvernement n’a pas réussi à créer les incitations nécessaires pour que le secteur privé réalisent des investissements dans la province et a ajouté qu’aucun mécanisme d’incitation ciblé n’avait été mis en place pour encourager le secteur privé à investir ou créer des emplois dans le Nord.

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