Cartographie et changement climatique

Les populations autochtones indonésiennes utilisent la technologie GPS pour fixer les frontières de leurs terres ancestrales et cette pratique pourrait également permettre de limiter les impacts négatifs du changement climatique, selon bon nombre de personnes.

« La cartographie communautaire a été un outil utile pour montrer au gouvernement que nous sommes ici et que nous voulons protéger nos terres », a dit Rukka Sombolinggi, un porte-parole de l’Alliance des peuples autochtones de l'archipel (AMAN), un mouvement basé à Djakarta qui représente plus de 2 000 communautés autochtones.

On estime qu’entre 50 et 70 millions d’autochtones vivent dans les forêts denses indonésiennes, où l’on trouve 10 pour cent de toutes les espèces de plantes connues, selon l’AMAN et le Rainforest Action Network (réseau d'action pour la forêt tropicale), une organisation environnementale internationale à but non lucratif basée à San Francisco.

« L’importance des forêts indonésiennes a été reconnue, non seulement au niveau local et national, mais aussi au niveau international, car elles comptent quelques-unes des forêts les plus importantes du monde, riches en biodiversité et en carbone », a dit à IRIN Gustavo Fonseca, responsable de l’équipe des ressources naturelles du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Le FEM est un mécanisme financier de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique et de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique.

Des cartes admissibles devant les tribunaux

Plus de 600 affaires relatives à la propriété foncière ont été portées devant les tribunaux indonésiens par les communautés autochtones au cours de ces trois dernières années, indique la Fondation Tebtebba (Centre international des peuples autochtones pour la recherche politique et l’éducation), basée aux Philippines. Ces défenseurs de la durabilité et des droits des populations autochtones espèrent que les cartes bidimensionnelles et tridimensionnelles aideront les milliers de groupes autochtones à protéger la santé des environnements dont leur survie dépend.

En 2011, le gouvernement indonésien a octroyé des concessions forestières couvrant une superficie de 23,41 millions d’hectares à des entreprises de l’industrie extractive et du négoce agricole, selon un rapport de 2013 du Forest Peoples Programme (FPP), une organisation caritative basée au Royaume-Uni qui vient en aide aux peuples des forêts du monde entier.

Le FPP indique que l’octroi de ces concessions a provoqué une augmentation du nombre de conflits liés à la terre, avec 8 000 conflits traités par les tribunaux en 2012, selon l’Agence foncière nationale (BPN) indonésienne. « La cartographie les a aidés à faire valoir leurs droits à la terre grâce à l’identification exacte des territoires sur lesquels ils vivent depuis des temps immémoriaux », a dit Vicky Tauli-Corpuz, directrice de la Fondation Tebtebba.

En Indonésie, plus de mille groupes autochtones participent aux efforts de cartographie depuis vingt ans, selon l’AMAN et le FPP. Marcus Colchester, conseiller principal en matière de politiques du FPP, indique que les nouvelles technologies permettent d’en accélérer la vitesse d’exécution.

Les cartes numérisées – qui incluent des éléments spatiaux (géographie physique des formations et ressources terrestres) et éléments non spatiaux (sites culturels et rituels sacrés) – couvrent plus de 2,4 millions d’hectares de terres autochtones, allant de l’île de Sumatra à Kalimantan et Sulawesi.

L’efficacité de l’utilisation des cartes et l’efficacité qu’elles offrent dépendent de l’organisation au sein des communautés, et de l’équilibre des pouvoirs avec les autorités locales dans chaque zone, note Mme Tauli-Corpuz.

Au nom des populations autochtones, l’AMAM a soumis 256 cartes à l’Agence de l’information géospatiale à la mi-novembre 2012, conformément à l’initiative lancée par le gouvernement en 2012, One Map Initiative (OMI).

« Ils ont accepté nos cartes, ils les prennent en considération et les reconnaissent [au niveau politique] », a dit M. Sombolinggi. « Ce sont des preuves essentielles pour défendre nos droits fonciers ».

Les amendements à la loi forestière de 1999, basés sur une décision de justice de mai 2013, ont supprimé la classification des forêts coutumières en 'forêts domaniales', et cela « a été favorisé par la présentation des cartes », a dit Mme Tauli-Corpuz.

Les gardiens de la biodiversité

Les droits fonciers sont intrinsèquement liés à la durabilité et à l’atténuation du changement climatique grâce à la préservation des forêts de la Terre qui sont considérées par bon nombre de personnes comme les « poumons de la planète », selon les experts.

« La reconnaissance des droits des populations autochtones est un point essentiel de cette réforme stratégique, qui permettra non seulement de ralentir la déforestation, mais aussi de protéger les moyens de subsistance des communautés, réduire les conflits liés à la terre et favoriser la sécurité alimentaire locale », a dit à IRIN M. Colchester.

Maintenir la biodiversité favorise l’adaptation en « [retirant] le dioxyde de carbone de l’atmosphère ... et en réduisant les émissions liées à la dégradation de la forêt », indique la Convention sur la diversité biologique, un accord signé par 150 chefs de gouvernement lors du Sommet de la Terre de Rio.

La protection de la biodiversité représente un enjeu considérable pour les populations autochtones qui chassent et cueillent des produits forestiers non ligneux pour satisfaire leurs besoins quotidiens, car leur survie dépend de sa survie, selon Nicole Girard, la coordinatrice du Programme Asie pour le Minority Rights Group International(Groupement international pour les droits des minorités), une organisation caritative basée au Royaume Uni.

« Lorsque leurs ressources sont menacées par les projets de développement ou par le changement climatique, l’impact se fait sentir de façon plus directe et plus intense que pour les habitants des villes », a dit Mme Girard.

Au fil des générations, les populations autochtones ont appris à vivre de manière durable et elles sont conscientes des limites de la forêt, elles sont donc les gardiens idéaux des terres forestières. Par exemple, une méthode traditionnelle de prévention des incendies préserve le fonctionnement de l’écosystème grâce à la création d’obstacles pour contenir les flammes et à la protection des parties les plus profondes et les plus essentielles de la forêt, a expliqué Mme Tauli-Corpuz.

M. Fonseca a souligné que « les droits des populations autochtones aux forêts sont reconnus depuis longtemps comme un élément essentiel pour conserver l’environnement et traiter la question du changement climatique ».

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