Les Swazis donnent une mauvaise note à leur gouvernement

Une large partie de la population du Swaziland se couche le ventre vide et reproche au gouvernement de ne pas répondre à ses besoins alimentaires, selon les résultats de la première enquête officielle sur la perception des Swazis de leur niveau de vie.

Les résultats fournis par Afrobarometer, un réseau de recherche indépendant qui mesure l’opinion des citoyens sur la situation sociale, économique et politique dans 35 pays africains, révèlent un décalage entre les difficultés auxquelles une majorité de Swazis sont confrontés quotidiennement et la capacité du gouvernement à s’attaquer au chômage élevé et persistant, à l’insécurité alimentaire chronique et à la mauvaise prestation des services.

Le gouvernement, qui a principalement obtenu de mauvaises notes ou des notes insuffisantes dans les domaines de la prestation des services et de la corruption, a accueilli froidement les résultats de l’enquête rendus publics en décembre 2013.

Les personnes interrogées ont donné de mauvaises notes au gouvernement pour ses performances économiques, 58 pour cent d’entre elles jugeant la gestion de l’économie « très mauvaise ». Deux tiers des répondants ont dit que les efforts déployés par le gouvernement pour améliorer la vie des pauvres et créer des emplois étaient « très insuffisants », et 77 pour cent ont indiqué que les autorités n’avaient rien fait pour réduire l’écart entre les riches et les pauvres.

Les répondants ont en outre exprimé leur mécontentement à l’égard de l’action des représentants élus, de la police, du Conseil anti-corruption et du Premier ministre, qui a été nommé par le roi Mswati III, dernier monarque absolu de l’Afrique sub-saharienne.

Le porte-parole du gouvernement, Percy Simelane, qui dépend du bureau du Premier ministre, a refusé de commenter les résultats de l’enquête, indiquant, « Nous ne connaissons pas la méthodologie utilisée ».

Cependant, la méthodologie de recherche a été dévoilée en même temps que les résultats de l’enquête : 1 200 adultes ont été interrogés, dont 50 pour cent de femmes ; le nombre de répondants vivant en zone rurale était deux fois plus important que le nombre de répondants vivant en zone urbaine ou périurbaine, soit un échantillon représentatif de la démographie de ce pays dont la population est majoritairement rurale. Les quatre régions du pays étaient représentées à peu près également.

L’une des principales questions était la suivante : « Au cours de l’année passée, à quelle fréquence avez-vous, vous ou votre famille, manqué de nourriture? ». Dix-neuf pour cent des personnes interrogées ont répondu « toujours » et 46 pour cent ont répondu « à plusieurs reprises ».

Des travailleurs d’organisations non gouvernementales (ONG) locales travaillant sur les questions de sécurité alimentaire ont indiqué que les résultats de l’enquête confirmaient leurs propres observations qui reposaient sur des preuves empiriques. « L’enquête ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà au vu de la situation sur le terrain, mais elle sert de fondement statistique à nos observations », a dit un responsable des distributions alimentaires, qui travaille pour une organisation d’aide humanitaire internationale et a demandé à garder l’anonymat.

Deux Swazis sur trois ne mangent pas à leur faim. Cela fait un moment que le gouvernement le sait et il considère que cela n’est pas un problème systémique, mais plutôt un problème qui peut être réglé grâce à l’aide alimentaire

« Certains responsables gouvernementaux disent que la situation de la pauvreté et de la faim est exagérée par les ONG. Ils nient l’existence d’un problème pour ne pas avoir à dépenser d’argent pour le régler et ils accusent les ONG de dire que les choses vont mal pour obtenir davantage d’aide de la part des bailleurs de fonds », a dit le responsable.

Le Swaziland dispose de suffisamment de terres arables pour surmonter l’insécurité alimentaire chronique, mais il ne dispose pas des politiques agricoles et foncières nécessaires pour renforcer l’autonomie des petits exploitants agricoles, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Deux tiers des Swazis vivent sur les terres communales - Swazi Nation Land - propriétés du roi Mswati. Les terres sont attribuées aux ménages par le chef local. Sans titre de propriété, les petits exploitants agricoles n’ont pas les garanties nécessaires pour obtenir un prêt auprès d’une banque, ce qui leur permettrait d’améliorer la productivité de leurs terres grâce à l’achat de semences, d’engrais et d’équipements d’irrigation plus efficaces.

Depuis les années 1970, le Swaziland ne produit plus suffisamment de nourriture pour couvrir les besoins de sa population. Il a besoin de l’aide alimentaire internationale pour combler la pénurie qui varie d’une année à l’autre : en 2007, les deux tiers de la population de ce pays de 1,2 million d’habitants ont eu besoin de l’aide contre environ 10 pour cent de la population en 2013, après des précipitations plus importantes que la moyenne, selon le PAM.

« Deux Swazis sur trois ne mangent pas à leur faim. Cela fait un moment que le gouvernement le sait et il considère que cela n’est pas un problème systémique, mais plutôt un problème qui peut être réglé grâce à l’aide alimentaire », a dit Thabo Nxumalo, agronome et consultant en agriculture de la région de Manzini.

« L’aide alimentaire est censée apporter une solution temporaire dans une situation d’urgence. Le gouvernement voit l’aide alimentaire comme une façon d’échapper à la mise en place de politiques visant à mettre fin à l’insécurité alimentaire », a-t-il avancé.

En l’absence de volonté du gouvernement d’apporter des changements fondamentaux à la politique foncière, M. Nxumalo a dit que, si le Swaziland veut surmonter les pénuries alimentaires, il reviendra aux bailleurs de fonds internationaux de s’attaquer au problème de la même manière qu’ils se sont attaqués à l’épidémie de VIH/SIDA en finançant les améliorations au système de santé du pays.

L’aide fournie par les bailleurs de fonds a permis d’améliorer le système de santé du Swaziland, et une majorité des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête ont indiqué que les cliniques et les hôpitaux offraient de meilleurs services.

« Il a fallu la crise du SIDA pour améliorer les soins de santé. Le Fonds global de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme a vraiment permis de dynamiser le système de santé du pays. Sans cette aide, la crise du SIDA serait incontrôlée », a dit Valarie Dlamini, conseillère en santé de Manzini.

L’enquête a révélé que bon nombre de Swazis avaient en outre été confrontés à de fréquentes pénuries d’eau. Près d’un quart des personnes interrogées ont indiqué qu’elles n’avaient pas accès à l’eau courante chez elles – que ce soit de l’eau acheminée par canalisations ou tirée d’un puits ou d’un trou de forage sur leur propriété – et 29 pour cent des personnes interrogées ont dit qu’elles avaient rarement accès à l’eau courante chez elles, probablement parce que les sources d’eau proches sont épuisées.

« Le fait que la moitié des Swazis n’aient pas un accès suffisant à l’eau est surprenant, car le Swaziland reçoit des précipitations toute l’année, et le pays est traversé par de petites et grandes rivières qui coulent toute l’année. C’est une question de prestation de services. Le gouvernement ne fournit aucun système d’irrigation ou de stockage de l’eau », a dit Amos Ndwandwe, qui est employé par le ministère des Ressources naturelles et travaille à la construction de puits de forage dans les zones rurales.

Deux tiers des personnes interrogées ont dit qu’il était « très difficile » de faire raccorder leur maison à l’eau et à l’électricité. Les personnes qui bénéficient de ces services ont dit que leur coût constituait un problème pressant.

Près de la moitié des personnes interrogées ont dit que leurs familles n’avaient pas eu de revenu une fois au cours des 12 derniers mois, et 38 pour cent ont dit qu’elles n’avaient pas eu de revenu à plusieurs reprises au cours des 12 derniers mois.

Cinquante-six pour cent des personnes interrogées ont jugé que la situation économique de leur pays était « très mauvaise », et la moitié des personnes interrogées ont dit que leur propre situation économique était « très mauvaise ».

Mme. Dlamini s’est dite étonnée que ce pourcentage ne soit pas plus élevé, car on estime que deux tiers des Swazis vivent dans la pauvreté chronique, c’est-à-dire avec moins de deux dollars par jour. « Cependant, l’enquête évaluait les perceptions des personnes, et bon nombre de Swazis ont l’habitude de vivre comme ça », a-t-elle dit.

« En termes de style de vie, c’est assez proche de la manière dont ils ont grandi et dont leurs ancêtres ont vécu – des huttes en boue sans eau ni assainissement, une sécurité alimentaire qui dépend des précipitations et peu de services publics ».

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