Le coût humanitaire des violences au Soudan du Sud

Alors que le conflit au Soudan du Sud se poursuit, les organisations d’aide humanitaire peinent à apporter leur aide aux milliers de personnes prises dans les violences. Le 29 décembre, on estimait à 180 000 le nombre de personnes chassées de chez elles par les combats, dont 75 000 ont cherché refuge dans les complexes des Nations Unies.

« Les affrontements et la mobilisation d’acteurs armés se poursuivant dans plusieurs parties du pays, les civils continuent à être déplacés [...] D’importantes concentrations de personnes déplacées ont été signalées dans les zones rurales du Jonglei, des Lacs, du Warab et de l’Unité », a écrit le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) dans son dernier compte-rendu de la situation.

Selon OCHA, à l’heure actuelle, environ 106 000 personnes – près de 60 pour cent des personnes dans le besoin – ont reçu de l’aide.

Les organisations d’aide humanitaire disent avoir besoin d’environ 209 millions de dollars d’ici mars 2014 pour répondre aux besoins immédiats. Elles en ont pour l’instant reçu 43 millions.
Dans le présent compte-rendu, IRIN s’intéresse aux retombées humanitaires du conflit et aux efforts déployés pour mettre fin aux combats qui ont commencé le 15 décembre à Juba, la capitale.

Quels sont les principaux besoins humanitaires ?

Jusqu’à présent, la nourriture, les abris, l’eau, l’assainissement, les soins de santé et la protection sont les principaux besoins des personnes déplacées. « À Bor [dans l’État du Jonglei, le plus touché par les combats], la zone d’hébergement des civils reste surchargée. L’assainissement est insuffisant et la principale priorité est de creuser des latrines supplémentaires, d’améliorer l’approvisionnement en eau potable et de continuer à apporter des soins d’urgence », a dit OCHA.

Le compte-rendu d’OCHA a ajouté qu’avec « les mauvaises conditions d’assainissement dans plusieurs sites de PDIP [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays], de nombreux déplacés sont atteints de maladies comme le paludisme et la diarrhée. La menace du choléra est présente dans plusieurs sites, y compris dans les [bases de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS)] de Tomping et Bor ».

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a écrit dans un communiqué publié le 24 décembre : « L’UNICEF et ses partenaires construisent actuellement des latrines, dont environ 400 devraient être terminées dans les prochains jours, et ont organisé et équipé des groupes de bénévoles pour nettoyer de larges secteurs où la population n’avait pas eu d’autre choix que de déféquer à l’air libre pendant des jours. »

« Des milliers d’autres, dont des enfants, ont probablement fui dans la brousse reculée, dans de grandes zones marécageuses où ils n’ont sans doute pas d’abris et doivent vivre sous des arbres et boire de l’eau stagnante et où ils n’ont accès à aucune aide humanitaire », a averti l’organisation caritative internationale œuvrant en faveur des enfants Save the Children. 

Les organisations humanitaires ont remarqué que « l’accès à la nourriture reste limité pour les personnes déplacées hébergées dans les bases des Nations Unies du pays et il est nécessaire de distribuer des denrées alimentaires et nutritives essentielles. Les besoins alimentaires sont particulièrement pressants à Bor et Bentiu. »

Dans l’État de l’Unité, au nord, trois cas de rougeole ont été signalés depuis le début des combats. Selon des sources au sein des Nations Unies, des milliers d’enfants de moins de 15 ans seront vaccinés contre la rougeole et la polio dans la base de la MINUSS de Tomping, à Juba.

Qui sont les plus vulnérables ?

Le conflit expose fortement les femmes et les enfants à la maltraitance. Une travailleuse humanitaire a dit à IRIN, sous couvert d’anonymat, que le nombre de cas de violence liée au genre était en hausse, notamment les viols, et que certains parents avaient perdu leurs enfants dans les camps surpeuplés.

« La situation est mauvaise et de nombreuses femmes sont exposées à la violence et violées. La nature ethnique de ces violences et le climat de suspicion entre les communautés ont rendu la situation très dangereuse et nous avons eu des cas de femmes qui avaient été attaquées à cause de leur origine ethnique », a-t-elle dit.

Selon Save the Children, des milliers d’enfants ont peut-être été séparés de leurs parents et « nombre d’entre eux survivent seuls dans des zones reculées et difficiles d’accès. Save the Children s’inquiète fortement pour leur sécurité et leur bien-être et un grand nombre d’entre eux ont vus leurs parents se faire tuer et leur maison pillée et détruite ». 

En quoi l’insécurité entrave-t-elle les interventions humanitaires ?

L’insécurité reste le plus gros obstacle aux opérations humanitaires au Soudan du Sud, où les combats continuent et sont de plus en plus marqués par des violences ciblées à caractère ethnique entre la communauté Dinka à laquelle appartient le président Salva Kiir et les Nuer Lou, l’ethnie de son rival politique, l’ancien vice-président Riek Machar.

À Bor, la capitale de l’État du Jonglei, qui est devenue le centre des violences, le représentant de l’UNICEF au Soudan du Sud, Iyorlumun Uhaa, a dit à IRIN que l’insécurité avait paralysé les initiatives visant à venir en aide aux enfants déplacés.

Les organisations de secours d’urgence ont signalé que des stocks d’aide humanitaire pouvaient avoir été pillés lors des combats au cours desquels les forces du gouvernement ont repris la ville avant une contre-attaque menée par les rebelles.

Selon OCHA, « [l’absence de] protection est très préoccupante dans toutes les zones du Soudan du Sud où des violences armées ont été ou sont perpétrées. Des exécutions extrajudiciaires et des persécutions sont encore signalées dans plusieurs lieux, et des témoignages crédibles rapportent que des civils ont été pris pour cible et attaqués sur la base de [leur] identité ethnique. »

Un travailleur humanitaire a dit à IRIN que l’accès limité affectait non seulement le niveau d’aide pouvant être apportée, mais également le niveau « d’information fiable sur l’ampleur de la crise ».

Qu’est-ce qui est fait pour mettre fin aux violences ?

La communauté internationale a commencé à intervenir pour tenter de mettre un terme aux violences dans ce pays le plus jeune du monde.

M. Kiir, le président, a dit être prêt pour un cessez-le-feu et des négociations, mais M. Machar – qui se cache quelque part – avait insisté pour que ses alliés arrêtés soient libérés avant de s’engager à une trêve.

Les dirigeants de la région se sont rencontrés le 27 décembre à Nairobi, au Kenya, sous l’égide de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), en vue de mettre fin aux hostilités. L’IGAD a donné aux deux protagonistes jusqu’au 31 décembre pour s’engager à entamer des pourparlers de paix et a constitué une équipe de médiation. Les conséquences d’un éventuel non-respect de cette date limite n’ont cependant pas été précisées.

Le 30 décembre, le président ougandais, Yoweri Museveni, a averti qu’il enverrait des troupes pour intervenir aux côtés du gouvernement si les rebelles ignoraient les appels à un cessez-le-feu.

L’Ouganda a nié avoir déjà déployé des troupes dans le pays pour soutenir l’armée sud-soudanaise. Le conflit pourrait cependant bientôt s’étendre à toute la région, car le Soudan voisin se préoccupe pour ses revenus pétroliers et le pays est depuis longtemps en rivalité avec Kampala. 

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a autorisé la multiplication par près de deux du nombre de Casques bleus dans le pays (les effectifs sont passés de 7 000 à 12 5000). Les deux premières unités de police sont déjà arrivées et le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, a dit qu’il espérait que « tous les renforts de maintien de la paix seraient sur le terrain d’ici une à trois semaines ». 

Les Nations Unies soutiennent les efforts de médiation de l’IGAD. Le secrétaire général, Ban Ki-moon, s’est entretenu par téléphone cette semaine avec M. Kiir, l’a félicité pour son engagement en faveur du dialogue et l’a encouragé à « envisager la libération anticipée des prisonniers politiques ». Selon un article des Nations Unies, il a également souligné la nécessité de « tenir pour comptables de leurs actes les responsables d’attaques contre des civils ».
 
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