La réussite des opérations de réinstallation des Bhoutanais réfugiés au Népal

Six ans après le début de la réinstallation de dizaines de milliers de réfugiés bhoutanais des camps népalais vers des pays tiers, les experts estiment que les leçons apprises de cette expérience pourraient bénéficier à des initiatives similaires dans le monde entier.

Depuis le lancement du programme fin 2007, plus de 86 000 des 108 000 Bhoutanais réfugiés au Népal ont été réinstallés de façon permanente dans huit pays : les États-Unis, le Canada, les Pays-Bas, le Danemark, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. C’est l’une des plus grandes opérations de réinstallation du monde.

« La principale leçon à tirer de cette situation de réfugiés est qu’un engagement fort et une grande coopération de la part des États peuvent aider à résoudre les situations de réfugiés prolongées », a dit à IRIN Cécile Fradot, chargée de protection au bureau népalais du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Selon le projet Protracted Refugee Situations – une initiative de recherche conjointe du Centre d’études sur les réfugiés de l’université d’Oxford, de l’Institut norvégien des affaires internationales et du Centre de surveillance des déplacements internes du Conseil norvégien pour les réfugiés – on entend par « situation de réfugiés prolongée » une situation dans laquelle des réfugiés sont en exil depuis cinq ans ou plus et qui a peu de chances d’être résolue dans un avenir proche.

Le premier camp de réfugiés au Népal a ouvert ses portes en 1990, quand des milliers de « Lhotsampas » (Népalais hindouistes) ont fui le Bhoutan voisin. Ils craignaient pour leur vie depuis que le gouvernement bhoutanais avait instauré de nouvelles règles en matière de citoyenneté.

En 1996, la population du camp avait atteint plus de 100 000 habitants et 15 cycles de négociations entre le Népal et le Bhoutan n’avaient pas suffi à résoudre ce problème.

En 2007, un groupe de gouvernements donateurs – comprenant à l’origine l’Australie, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Norvège et les Pays-Bas et auquel se sont depuis ajoutés le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande – a annoncé être prêt à « réinstaller, sur plusieurs années, un grand nombre de réfugiés volontaires », a expliqué Mme Fradot.

L’est du Népal a compté jusqu’à sept camps de réfugiés. Mais nombre de Bhoutanais ont opté pour la réinstallation dans un pays tiers et tous ces camps ont finalement été fusionnés en deux complexes : celui de Beldangi, dans le district de Jhapa, et celui de Sanischare, dans le district de Morang.

Le programme népalais reste l’un des plus larges au monde. « Les réfugiés qui désirent se réinstaller seront réinstallés dès que possible, mais le processus pourrait prendre encore des années », a dit Kensuke Matsueda, porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), partenaire de l’opération de réinstallation.

Selon le HCR, milieu 2013, le Népal était le principal pays d’origine des réinstallations dans des pays tiers et 5 400 réfugiés bhoutanais ont quitté le pays cette année, principalement en direction des États-Unis.

Le succès de l’opération de réinstallation des réfugiés bhoutanais du Népal est dû à des données fiables sur la population de réfugiés, à une attention au détail durant le processus de réinstallation et à la coopération des organisations internationales avec les pays d’accueil et le gouvernement népalais.

Les bonnes informations font de bons programmes

En 2006 et 2007, le HCR et le gouvernement népalais ont entrepris une vérification des réfugiés originaires du Bhoutan et mené un recensement de la population des sept camps. « Cet exercice a permis de collecter et d’archiver des données telles que le nombre exact de réfugiés et des informations détaillées concernant chaque individu, photo comprise. Assurer l’intégrité du processus de réinstallation est crucial pour inscrire le [...] programme dans la durée », a dit Mme Fradot.

« Le processus d’enregistrement et de vérification a été mené avant même que la question de la réinstallation ait été abordée. Les données sont donc fiables – le processus n’a pas été biaisé par un grand nombre de personnes cherchant frauduleusement à faire partie de la liste », a dit Kendra Rinas, directrice adjointe du Centre d’aide à la réinstallation de l’OIM à Damak, dans l’est du Népal.

« Ces réfugiés sont [maintenant] confrontés à un type de crainte différent, car la migration change à nouveau le cours de leur vie. La réinstallation préoccupe beaucoup les réfugiés et est souvent source d’anxiété », a rapporté Caroline Marschilok, une chercheuse de l’université Duke, aux États-Unis, qui a visité un camp près de Damak en 2013.

Une étude réalisée en 2011 par le gouvernement néozélandais, qui a accueilli 860 réfugiés bhoutanais, a révélé que certains habitants des camps étaient angoissés par les aspects pratiques du transport vers un nouveau pays. « La plupart des personnes avec lesquelles nous avons discuté avaient peu voyagé, outre leur expulsion du Bhoutan et leur transport en camion à travers l’Inde pour atteindre le sud du Népal », ont remarqué les auteurs du rapport.

Déplacer des dizaines de milliers de personnes qui ont vécu pendant des années dans un camp de réfugiés avec peu d’autonomie présente d’importantes difficultés logistiques.

« Nous sommes responsables des différentes démarches et notamment des entretiens détaillés sur l’histoire personnelle [des réfugiés] et des examens médicaux », a dit Mme Rinas, de l’OIM. « Ensuite, nous apportons également notre aide pour le côté pratique de la réinstallation, comme l’affrètement de vols de Badrapur [est du Népal] à Katmandou [la capitale], la gestion du centre de transit ici et l’obtention de billets d’avion pour les vols internationaux », a-t-elle expliqué.

« Les détails du voyage et du transit sont extrêmement importants », a dit Dmytro Dmytrenko, directeur du bureau auxiliaire de l’OIM à Damak. « En raison des conditions météorologiques qui changent constamment et de la petite taille des avions utilisés au Népal, nous ne pouvons garantir le départ de vols intérieurs tous les jours. Nous devons donc échelonner le processus et prévoir du temps à Katmandou. »

Le centre de transit de l’OIM dans la capitale peut accueillir jusqu’à 400 personnes par nuit et c’est une composante essentielle du processus de réinstallation. « Quand les réfugiés arrivent au centre de transit, 90 pour cent de la formation consiste à leur apprendre à prendre l’avion et se repérer dans un aéroport », a-t-il dit. L’OIM dispose de personnel dans plusieurs aéroports internationaux du monde pour aider les réfugiés en transit, a-t-il précisé.

Importance de la coopération

Les rapports uniques et solides avec le gouvernement népalais favorisent le bon déroulement du processus. « Une opération aussi massive ne pourrait avoir lieu sans l’incroyable coopération du gouvernement du Népal », a dit Mme Rinas. « [Le gouvernement] a permis l’accès des humanitaires aux camps et a coopéré avec les organisations internationales pour que le processus fonctionne. »

Le ministère des Affaires étrangères a manifesté, dans une déclaration officielle lors d’une visite à Genève en juillet 2013, sa gratitude envers le HCR pour son travail de gestion des camps de réfugiés au Népal et de réinstallation des Bhoutanais.

« Je tiens à remercier l’OIM Népal pour tout le travail qu’il a mené dans ce pays », a remarqué le 18 décembre 2013 Madhav Prasad Ghimire, le ministre des Affaires étrangères népalais, à propos des opérations de réinstallation.

« Cela n’aurait pas été possible sans l’incroyable générosité des pays de réinstallation, sans la résilience des réfugiés et sans l’important soutien du gouvernement népalais et sa collaboration exemplaire avec l’OIM », a dit Mme Fradot, du HCR.

Selon le HCR, on comptait 11,1 millions de réfugiés dans le monde en 2013, dont environ deux tiers en situation prolongée ces dernières années.

Selon le projet Protracted Refugee Situations, les Irakiens et les Afghans comptent parmi les réfugiés en situation prolongée les plus nombreux, avec respectivement 1,6 million et environ 3 millions de réfugiés dans cette situation, principalement en Iran et au Pakistan.

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