Comment rendre les tests de charge virale moins onéreux

Vous prenez des médicaments antirétroviraux (ARV) et vous voulez savoir si le traitement fonctionne bien ? Si vous vivez dans un pays riche, il y a de fortes chances que la progression de la maladie soit régulièrement vérifiée en utilisant un test de charge virale appelé « Gold Standard ». Si vous vivez dans un pays en développement, où le nombre de personnes sous ARV est plus élevé et les besoins, plus grands, il est difficile de trouver ce test, qui est par ailleurs onéreux et complexe. Il est dès lors difficile de vérifier si le traitement est efficace et s’il faut changer la médication.

Avec l’augmentation du nombre de patients sous traitement VIH ou éligibles au traitement, il faut absolument faire baisser le coût prohibitif des tests de charge virale. Les bailleurs de fonds devraient utiliser leur pouvoir d’achat et faire pression pour obtenir de meilleurs prix, indique un rapport de l’ONG médicale Médecins Sans Frontières (MSF) publié à l’occasion de la17e Conférence internationale sur le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (ITS) en Afrique. Dans les pays en développement, près de 10 millions de personnes sont sous traitement ARV et environ 18 millions d’autres en ont besoin.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un suivi de routine de la charge virale six mois après le début du traitement et une fois par année par la suite. Ce suivi vise à s’assurer de l’efficacité du traitement, à détecter les échecs de traitement nécessitant un changement de régime ARV et à identifier les patients qui ont besoin d’aide pour respecter leur médication. Or, selon une enquête menée par MSF dans 23 pays aux ressources limitées, le suivi de la charge virale n’est disponible que dans quatre pays, et ce, même s’il fait partie des directives en matière de traitement de pratiquement tous les autres.

Le test permet de mesurer dans quelle mesure le VIH est supprimé par les ARV. Une augmentation de la charge virale – c’est-à-dire la quantité de virus dans le sang – indique que le patient a développé une résistance à un ou plusieurs ARV. Le but du traitement ARV est de renforcer le système immunitaire jusqu’à ce que la quantité de virus dans le sang soit indétectable et le risque de transmission, très faible. Les tests de charge virale sont beaucoup plus précis que les bilans CD4, qui sont actuellement utilisés par les pays qui n’ont pas accès aux premiers, et permettent d’identifier plus rapidement les problèmes.

On craint de plus en plus que de nombreux échecs de traitement ne soient pas identifiés par les programmes de traitement nationaux, ce qui pourrait entraîner le développement d’une résistance généralisée. À l’occasion de la conférence, MSF a présenté les résultats d’une étude réalisée au Zimbabwe, au Malawi et au Kenya. Dix pour cent des patients avaient des charges virales élevées, même si la plupart d’entre eux ne présentaient aucun signe clinique et avaient un bilan CD4 normal.

« Le traitement ne fonctionnait pas pour eux et nous ne le savions pas. Il aurait fallu attendre qu’ils tombent malades ou que leur système immunitaire soit très affaibli pour leur venir en aide », a dit à IRIN Sharonann Lynch, conseillère en politiques pour le VIH/SIDA pour la Campagne d’accès de MSF. L’étude a également révélé qu’il arrivait parfois que l’on prescrive à certains patients des ARV de deuxième ligne, plus chers, alors que cela n’est pas nécessaire.

Lorsqu’on examine le coût global de l’implantation d’un test de charge virale, incluant les ressources humaines, les laboratoires et le transport des échantillons, les réactifs – les substances qui produisent la réaction chimique – comptent pour 75 pour cent de l’ensemble. La plupart des pays payent plus de 20 dollars par test pour les réactifs alors que le prix pourrait être inférieur à 10 dollars. En Afrique du Sud, le gouvernement réévalue l’intérêt d’utiliser les bilans CD4 pour la surveillance des patients sous traitement ARV et débourse maintenant moins de 15 dollars par test pour les réactifs.

« Il n’y a pas de raison de payer les tests plus que 10 dollars chacun en 2014 », a dit Mme Lynch. Les pays et les bailleurs de fonds comme le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme et le Plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le SIDA (PEPFAR) pourraient casser les prix en mettant leurs ressources en commun pour acheter le matériel nécessaire en plus grandes quantités.

«  C’est un engagement à vie…Ça aide beaucoup d’avoir des preuves de l’efficacité du traitement et de la suppression du virus »

Le Fonds mondial n’a aucune « objection idéologique » à faire équipe avec d’autres pour acheter des marchandises à un meilleur prix lorsque cela est pertinent, a dit à IRIN Mark Edington, directeur de la division responsable de la gestion des subventions au Fonds mondial. Il a ajouté que la proposition devait cependant être examinée par les équipes techniques du Fonds avant qu’une décision soit prise.

Le Fonds a déjà travaillé en collaboration avec le Département britannique pour le développement international (DFID) et l’Initiative présidentielle contre le paludisme (PMI, selon son sigle anglais) du gouvernement américain pour acheter à meilleur prix des moustiquaires traitées. Il tente actuellement de s’associer avec le PEPFAR pour obtenir des outils de circoncision bon marché.

Le coût ne peut plus être considéré comme un obstacle à l’implantation du test de charge virale. MSF a proposé des stratégies innovantes pour réduire les prix encore davantage, notamment l’utilisation de la méthode DBS [Dried Blood Spot, ou tache de sang séché] et la mise en commun des échantillons de charge virale. Sur ses sites de traitement au Malawi, par exemple, MSF a réussi à réduire les coûts de près d’un tiers en testant simultanément cinq échantillons, a dit Mme Lynch.

Elle croit que les avantages des tests de charge virale sont bien résumés par le « Club des indétectables ». Dans la province sud-africaine de KwaZulu-Natal, des femmes séropositives ont créé un groupe de soutien pour s’aider l’une l’autre à maintenir leur charge virale à un niveau indétectable. « Nous entrons dans une nouvelle ère du traitement contre le VIH... les gens commencent à être fiers d’être sous traitement », a dit Mme Lynch. « Ça les aide aussi de savoir qu’ils participent à la suppression du virus... C’est un engagement à vie et, dans ce contexte, ça aide beaucoup d’avoir des preuves de l’efficacité du traitement et de la suppression du virus. »

kn/he –gd/amz