Atténuer les conséquences économiques des catastrophes naturelles

Selon les experts, l’aide serait plus facilement et plus rapidement disponible et les retombées économiques, mieux gérables si les gouvernements se préparaient à la survenue potentielle de catastrophes naturelles et à leurs impacts humain et économique.

La Stratégie internationale des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNISDR) a estimé les pertes économiques associées aux catastrophes naturelles à 2 500 milliards de dollars depuis 2000. En 2011, la Thaïlande a perdu environ 5 pour cent de son produit intérieur brut (PIB) à la suite d’inondations. Le Japon a quant à lui perdu environ 4 pour cent de son PIB en raison du tremblement de terre et du tsunami.

La plus récente catastrophe à avoir frappé la région, le typhon Haiyan, aux Philippines, entraînera probablement des pertes de l’ordre de 12,5 milliards de dollars, ce qui correspond à 5 pour cent du PIB de ce pays à revenu moyen inférieur pour 2012, a dit à IRIN Margareta Wahlstrom, la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes.

Le pays n’avait pas connu autant de morts et de destruction depuis 1991. En date du 9 décembre 2013, le typhon, qui a dévasté le pays le 8 novembre dernier, avait affecté plus de 12 millions de personnes et fait près de 6 000 victimes et 1 800 disparus.

« Les ministres des Finances et les décideurs doivent absolument comprendre qu’il est payant d’investir dans la réduction des risques de catastrophes et la protection des infrastructures essentielles comme les écoles, les hôpitaux et les systèmes de transport », a dit Mme Wahlstrom.

Venkatachalam Anbumozhi, spécialiste du développement des capacités auprès de l’Institut de la Banque asiatique de développement (IBAsD), à Tokyo, a dit à IRIN que les catastrophes naturelles et les changements climatiques avaient considérablement perturbé la croissance économique et les efforts de développement au cours des dix dernières années, mais que les gouvernements tardaient malgré tout à les intégrer dans leur planification financière.

« Il n’y a pas d’enveloppe budgétaire annuelle pour gérer les conséquences du changement climatique ou des catastrophes naturelles », a-t-il dit. « Nous pourrions mieux répartir les fonds si les ministres des Finances prenaient conscience des sommes considérables que leurs pays s’exposent à payer en raison de ces risques. »

M. Anbumozhi a dit que si les effets des catastrophes potentielles étaient pris en compte au moment de faire les prévisions de croissance annuelle et de déterminer les dotations budgétaires, les pays pourraient, dans une certaine mesure, éviter les bouleversements économiques soudains. Les sommes qui ne sont pas dépensées pendant une période donnée peuvent en outre être utilisées au cours de l’exercice suivant.

Dans le monde entier, les pertes annuelles attribuables aux conditions climatiques ont quadruplé et sont passées d’environ 50 milliards de dollars dans les années 1980 à environ 200 milliards de dollars en 2013, a indiqué la Banque mondiale, citant des données collectées par le groupe de réassurance Munich Re.

Au cours des dernières années, la Banque mondiale a fait la promotion de politiques misant sur le développement de la résilience aux changements climatiques afin de protéger ses investissements. « La gestion des risques de catastrophes demeure au premier rang des priorités du Groupe de la Banque mondiale. Nous savons qu’il y a beaucoup de choses que nous pouvons – et devons – faire pour réduire l’impact des catastrophes », a dit Rachel Kyte, vice-présidente pour le développement durable de la Banque mondiale, à l’occasion du récent lancement d’un rapport sur l’intégration des risques associés aux changements climatiques et aux catastrophes dans la planification du développement.

Selon Mme Wahlstrom, les pays les plus pauvres qui ont le plus à perdre sont probablement aussi ceux qui ont le moins de ressources à consacrer à la planification. « Naturellement, les pays qui n’ont pas les ressources financières pour absorber les pertes associées aux événements météorologiques extrêmes connaîtront une croissance économique plus faible dans les années qui suivent par rapport à la croissance estimée qu’ils auraient enregistrée si ce n’était des conséquences de ces événements. »

Plus vulnérables, mais mal préparés

Avec ses populations urbaines en pleine expansion, l’Asie est particulièrement à risque. Selon un récent rapport de l’IBAsD citant des données collectées par le Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations Unies, 67 pour cent de la population de l’Asie vivra en ville d’ici 2050.

En raison d’un développement urbain déséquilibré, les mégapoles asiatiques sont mal préparées pour faire face à des conditions climatiques de plus en plus imprévisibles entraînant entre autres des inondations urbaines de plus en plus graves et persistantes dans certaines régions. Le non-respect des codes du bâtiment, par exemple à Dhaka, la capitale du Bangladesh, vient aggraver le risque de destruction massive et de décès en cas de séisme.

La région Asie-Pacifique est la plus durement touchée par les pertes économiques associées aux catastrophes naturelles. En 2011, elle a enregistré près de 300 milliards de dollars de pertes, ce qui correspond à 80 pour cent du total mondial –  et la tendance ne s’est pas démentie en 2012.

En juin dernier, la mousson a été particulièrement intense en Asie du Sud. Les pluies et les inondations ont fait beaucoup de dommages sur la côte sud du Sri Lanka, dans la province du Sindh, dans l’est du Pakistan, dans le Penjab, dans l’ouest de l’Inde, et jusque dans l’État d’Uttarakhand, dans le nord-est de l’Inde. Plus de 6 000 personnes sont mortes et près de 2,2 millions de personnes – en Inde, pour la plupart – sont restées bloquées.

Début octobre, Phailin, un typhon de catégorie 5, a frappé les États de l’Andhra Pradesh et d’Orissa, dans l’est de l’Inde. Le gouvernement indien estime qu’il a fait 50 victimes. Les autorités locales ont dit que 12 millions de personnes avaient été affectées et que près d’un demi-million avaient dû être évacuées.

Le ministre des Finances du Sri Lanka, Punchi Banda Jayasundera, a récemment dit qu’une grave sécheresse survenue en 2012 avait fait chuter la production hydroélectrique de plus de 40 pour cent, obligeant du même coup le pays à dépenser 2 milliards de dollars pour l’achat de combustible – l’équivalent de 55 pour cent de ses importations de pétrole.

Ajith Nivard Cabraal, le gouverneur de la Banque centrale, a dit que de ces répercussions avaient poussé le gouvernement srilankais à surveiller de près les phénomènes climatiques.

Selon M. Anbumozhi, de l’IBAsD, les gouvernements manifestent toujours une certaine « réticence » à considérer les risques associés aux changements climatiques et les intégrer dans leur planification, même si cela pourrait leur permettre de limiter les pertes économiques et de garder des fonds facilement accessibles pour contribuer à sauver des vies. D’après les experts, les économies réalisées à court terme sont parfois synonymes de pertes à long terme.

Des événements survenus récemment en Inde ont montré que la planification permettait de réduire considérablement le nombre de victimes, a dit Mme Wahlstrom. En 1999, un cyclone de la même catégorie que Phailin avait frappé l’État d’Orissa, faisant plus de 10 000 victimes. Les évacuations massives réalisées en 2013 ont permis de réduire le nombre de décès à quelques dizaines. Mme Wahlstrom souligne cependant que les autorités du monde entier, si elles ont réussi à limiter les pertes humaines, ne sont pas arrivées à faire la même chose pour les pertes économiques.

« Il est évident qu’il y a encore beaucoup de travail à faire, en particulier pour s’attaquer aux facteurs de risque sous-jacents, notamment la faible gouvernance, la mauvaise planification et le piètre aménagement du territoire, la pauvreté et l’absence de mesures de protection des écosystèmes, surtout dans les zones côtières et les zones inondables. »

M. Anbumozhi suggère de mettre l’accent sur les politiques de réduction des émissions de carbone. Selon l’IBAsD, les pays asiatiques à faible et moyen revenu perdront jusqu’à 6 pour cent de leur PIB si le réchauffement climatique se poursuit à un rythme de 2 degrés Celsius par année.

« Au cours de la dernière décennie, il y a eu beaucoup de progrès dans la région en ce qui concerne les systèmes d’alerte précoce », a dit Gulam Rasul, météorologue en chef du Pakistan. « La prochaine étape est de planifier afin de pouvoir absorber les dommages et l’impact des catastrophes. »

La planification n’est pourtant pas une solution miracle. Les Philippines et le Bangladesh – deux des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles – ont également mis en oeuvre des efforts de réduction des risques de catastrophes en adoptant des lois, en se préparant aux cyclones et en « reconstruisant plus solidement », a dit Mme Wahlstrom.

ap/pt/he – gd/amz