Un projet de nettoyage « argent contre travail » à Tacloban

Des initiatives « argent contre travail » visant à nettoyer la ville de Tacloban incitent des milliers de survivants à reprendre une activité. « Cet argent fera une énorme différence pour ma famille », a déclaré Bernard Morteja, âgé de 34 ans, dans la ville meurtrie. Il tenait un billet tout neuf de 500 pesos (11,42 dollars) qu'il venait juste de recevoir de la part de la fondation bouddhiste Tzu Chi. Cette organisation caritative, dont le siège est à Taiwan, travaille aux Philippines afin de dégager les rues des débris et des décombres entraînés par les vents et les ondes de tempête du typhon Haiyan.

« Je suis content. Non seulement je gagne de l'argent, mais j'aide aussi ma communauté », a-t-il ajouté. Depuis le passage de la tempête de catégorie 5 le 8 novembre, sa famille a du mal à s’en sortir avec l’aide d’urgence. Le typhon Haiyan a touché plus de 14 millions de personnes, provoqué le déplacement de plus de 3,5 millions d’habitants et fait plus de 5 000 morts dans le centre des Philippines.

Selon des estimations préliminaires, la tempête a laissé près d’un 1,1 million de mètres cubes de débris dans la ville, notamment de la roche, du béton, du bois, du métal, et dans certains cas, des cadavres. Le 1er décembre, plus de trois semaines après le passage du typhon, des dizaines de corps ont été retrouvés sous un pont.

Des cartes créées par images satellites révèlent l’existence d’une zone de 13,5 km carrés où les maisons et les bâtiments sont endommagés ou détruits dans la ville.

Depuis l’annonce de la première opération de nettoyage de la fondation Tzu Chi, plus de 20 000 personnes y ont participé. Ce projet se poursuit en collaboration avec les autorités municipales. Des foules enthousiastes, jeunes et moins jeunes, se sont organisées en groupes de 10, armés de balais, de pelles et d'autres outils.

« Comme vous pouvez le constater, les rues sont déjà plus propres », a confié à IRIN Monica Sy, bénévole et représentante de Tzu Chi, en soulignant que le travail d'équipe permet aux personnes touchées par une catastrophe de se prendre en charge.

Les efforts des Nations Unies et du gouvernement

Tzu Chi n'est pas le seul organisme à reconnaître l'importance des programmes « argent contre travail » pour le nettoyage de la ville. Les Nations Unies et le ministère philippin du Travail et de l'Emploi (DOLE) ont lancé des projets similaires, comme l’ont fait un certain nombre d'organisations de la société civile. Ces dernières ont offert 260 pesos par jour (6 dollars) aux participants, conformément aux lignes directrices du gouvernement concernant les projets « argent contre travail ».

Le 21 novembre, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a entrepris le nettoyage d'une école dans la ville de Palo, près de Tacloban, puis une série d’opérations de nettoyage des rues et des églises de la ville.

Des centaines de personnes ont participé au programme, et d'autres devraient également se joindre à elles.

« Le programme « argent contre travail » rétablit un sentiment d’utilité et de dignité, tout en injectant de l’argent dans l'économie locale », a déclaré Lesley Wright, porte-parole du PNUD à Tacloban. « L'aide est très importante, mais il faut que les gens puissent aller au marché et subvenir à leurs besoins fondamentaux. »

Au lendemain du tsunami de l’océan Indien en 2004, le PNUD avait mis en œuvre un programme similaire en Indonésie, impliquant plus de 1 450 participants par jour, dont un grand nombre de femmes. Sur une période de deux ans, plus de 54 000 personnes ont été employées temporairement dans le cadre de programmes du PNUD « argent contre travail » dans la province d'Aceh, dans le nord de l'île de Sumatra. Elles ont contribué à l'élimination de plus de 1,3 million de mètres cubes de débris laissés par le tsunami.

Les autorités locales philippines ont suivi cet exemple, et l’Agence pour l’emploi de Tacloban, placée sous l’autorité du DOLE, a recruté plus de 4 000 personnes pour participer à une opération de nettoyage de 15 jours à partir du 20 novembre.

Dans le cadre de ce programme, des équipes de 30 personnes équipées de pelles et de pioches ont été déployées dans près de 140 quartiers (barangays) de la ville, et d'autres groupes ont été envoyés dans les zones où se trouvent les églises ou les hôpitaux.

« Des montagnes de débris sont ramassées chaque jour. C'est une tâche énorme », a déclaré Emilia Cruz, directrice de l’Office public des services de l’emploi (PESO), un organisme qui relève du DOLE.

Ces efforts sont salués par les autorités municipales. « Nous sommes vraiment reconnaissants de ce qu'ils font », a déclaré John Tecson Lim, le maire de la ville.

Santé et sécurité

En cas de nettoyage à grande échelle après une catastrophe, les questions de santé et de sécurité se posent systématiquement. « Nous conseillons vivement aux travailleurs de porter un équipement de protection tel que des bottes en caoutchouc, des gants, un masque et un casque », a déclaré Gloria Fabrigas, responsable de l’équipe de travail de la ville pour la santé et l'assainissement.

Conformément aux lignes directrices de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), pour éviter les risques de coupures et de blessures, ainsi que d’infections, toute personne impliquée dans le déblayage et le tamisage de débris doit systématiquement porter des vêtements de protection et des chaussures fermées, le cas échéant. En outre, le vaccin contre le tétanos doit être proposé.

À titre préventif, près de 3 000 participants au programme gouvernemental « argent contre travail » ont été vaccinés contre le tétanos et la leptospirose avant le début du programme.

Le PNUD a adopté des mesures de santé et de sécurité similaires dans le cadre de ses activités sur le terrain.

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