Les télécoms au cour de l'intervention aux Philippines

La rapidité avec laquelle les entreprises nationales et internationales de télécommunications ont déployé des techniciens dans les zones les plus sévèrement touchées par le passage du typhon Haiyan, aux Philippines, illustre le rôle de plus en plus crucial joué par le secteur privé dans les efforts de secours.

Aux Philippines, où l'on compte davantage d'abonnés à la téléphonie mobile que d'habitants (107 abonnements pour 100 personnes) et où plus d'un milliard de SMS sont échangés chaque jour, selon les estimations de l'industrie, les analystes affirment que l'industrie des télécommunications est capable de renouer le contact entre les quelque 3,8 millions de personnes déplacées et leurs familles, et qu'elle constitue le vecteur idéal pour la collecte de fonds de secours.

Les télécommunications jouent un rôle critique dans la préparation et la gestion des catastrophes en permettant la diffusion de messages d'alerte précoce, le suivi des survivants et la communication d'informations de secours cruciales, a dit Kyla Reid, la responsable de la réponse aux catastrophes du Groupe Speciale Mobile Association (GSMA), une association professionnelle basée à Londres représentant plus de 800 opérateurs de téléphonie mobile du monde entier.

Dans les 72 heures qui ont suivi le passage du typhon Haiyan (connu localement sous le nom de Yolanda) au centre des Philippines le 8 novembre, les entreprises internationales de téléphonie mobile Vodafone et Ericsson ont déployé des équipes dotées de kits d'urgence pour aider les fournisseurs locaux à remettre le réseau en marche.

Les opérateurs mobiles philippins Globe Telecom et SMART Communications contrôlent 99 pour cent de l'industrie mobile nationale à eux deux. « Nous avons collaboré avec différentes agences gouvernementales et même l'armée pour la remise en service des infrastructures et des équipements », a dit Ma Yolanda Crisanto, responsable de la communication de Globe.

Vodafone Foundation, la branche caritative de l'entreprise de téléphonie mobile, a envoyé un réseau portable instantané de 100 kg dans quatre valises pour l'installation de terminaux satellite dans la région de Palo, au sud de Tacloban.

Cinq jours après le passage du typhon, les techniciens avaient rétabli le réseau de téléphonie mobile de trois des foyers humanitaires de Tacloban - l'épicentre de la tempête - et de ses environs. Les 138 sous-divisions étaient toutes affectées, et près de 206 000 personnes sont déplacées sur les quelque 221 000 habitants que compte la ville (chiffres de 2010). En moins d'une semaine, 59 pour cent de la couverture mobile avait repris dans toute la ville.

« Au moins nous sommes en mesure de communiquer à nos éléments dans les villes », a dit à IRIN Gwen Pang, la secrétaire générale de la Croix-Rouge philippine. « C'est utile dans la mesure où ça nous permet de contacter nos travailleurs, mais pas pour communiquer avec les bénéficiaires », a-t-elle dit.

Mme Pang rapporte que le 20 novembre, la Croix-Rouge a observé que seuls 20 pour cent de la couverture mobile totale des zones affectées - réparties sur huit îles - avaient été restaurés.

Redémarrer le réseau

Depuis, les entreprises ont travaillé d'arrache-pied au rétablissement de la couverture dans les zones les plus durement touchées, selon la GSMA. Le 27 novembre, Globe et SMART ont rapporté qu'elles avaient respectivement rétabli 85 pour cent et 88 pour cent de la couverture mobile dans ces zones, notamment dans certains quartiers de Tacloban et Leyte.

Globe prévoit en outre le rétablissement complet de l'intégralité de son réseau d'ici la fin de l'année.

Trois terminaux de télécommunications, établis à proximité des foyers humanitaires de l'hôtel de ville de Tacloban, du stade de Tacloban (aujourd'hui utilisé comme centre d'évacuation) et de l'aéroport de Cebu (à environ 160 km au sud-ouest de Tacloban) sont entièrement opérationnels, selon le partenariat public-privé emergency.lu basé au Luxembourg. Ce dernier a fourni trois kits de déploiement rapide aux opérateurs télécom locaux, notamment un système satellite gonflable qui fonctionne comme un réseau à lui seul.

« Du matériel et des équipes avaient été déployés d'avance pour répondre aux perturbations et aux dégâts sur le réseau, mais l'impact du typhon a été largement supérieur aux prévisions », a dit Mme Reid. Pour rétablir le service mobile, il a fallu trouver du carburant pour les générateurs, importer du matériel et se frayer un chemin sur des routes jonchées de débris.

« Je ne crois pas cependant qu’il existe de préparation possible pour pouvoir accepter la puanteur de la chair humaine en décomposition »

« L'ampleur des dégâts provoqués par le super typhon a entraîné la révision du mécanisme et de l'agencement du [.] réseau », a dit Mme Crisanto de chez Globe.

Couverture parcellaire et batteries hors service

Dans les zones reculées, comme l'île de Samar, il n'y a toujours pas de signal, ce qui complique la tâche des travailleurs humanitaires cherchant à évaluer les dégâts et à atteindre les populations, selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FIRC).

« Nous voulons renouer le contact entre les familles [mais] dans d'autres zones il n'y a pas de signal. Nous voulons établir une base de données de tous les survivants qui se portent bien », a dit Mme Pang, en ajoutant que dans les villages reculés, il a fallu jusqu'à deux heures de marche aux travailleurs de la Croix-Rouge pour atteindre la ville la plus proche avec un signal mobile et passer des appels.

L'électricité n'a pas encore été rétablie dans la plupart des municipalités affectées. Bien que les entreprises de téléphonie mobile soient en mesure de réactiver la couverture, les utilisateurs ne peuvent pas recharger leurs téléphones sans un générateur.

« Ma famille n'a toujours pas l'électricité alors je ne peux les joindre que lorsqu'ils ont rechargé leurs téléphones au générateur du village », a dit Jocelyn Barredo, 51 ans. Elle est originaire du village d'Agbalo, qui se trouve en temps normal à 45 minutes en voiture de Roxas City, le noyau urbain le plus proche. Il a fallu cinq jours à Mme Barredo pour joindre sa famille depuis Bangkok, où elle travaille comme nounou, après que le typhon eut touché terre. « Je suis simplement reconnaissante qu'ils aillent bien ».

Una diaspora reconnaissante

Au moins 917 000 Philippins travaillent à l'étranger, selon les statistiques gouvernementales pour 2012.

« La première chose que je fais lorsque j'entends parler de tempêtes c'est d'appeler ou d'envoyer un texto à ma famille [aux Philippines] », a dit Jay Allen, 31 ans, un musicien philippin vivant à Bangkok. Il est originaire de Buenavista, une petite ville proche de la province - propice aux tempêtes - du Surigao du Nord, au nord-est de l'île de Mindanao.

En prévision de l'afflux d'appels susceptible de congestionner les systèmes lors du rétablissement, les opérateurs téléphoniques ont offert 25 SMS gratuits par jour à leurs abonnés du 13 au 17 novembre dans sept des zones affectées, selon une source médiatique locale.

« Communiquez pas message, n'appelez pas » est le message que les opérateurs doivent faire passer aux consommateurs dans les premiers temps suivant une catastrophe, a dit Mme Reid, car les textos encombrent moins le système.

Globe a également autorisé ses clients à différer leurs paiements jusqu'à la fin du mois de février 2014, et relancé sa campagne « Bangon Pinoy » (Debout les Philippines) lancée en 2009, consistant en la collecte de denrées de secours dans ses points de vente.

Des dons électroniques peuvent être envoyés à la Croix-Rouge par SMS ou via « G-Cash », une application pour smartphones qui a ajouté la Croix-Rouge à la liste de ses bénéficiaires.

Les opérateurs nationaux et les répartiteurs privés internationaux ont travaillé aux côtés des travailleurs humanitaires dans des circonstances dramatiques. De nombreuses équipes d'intervention mobile internationales ont été entraînées aux situations d'urgence, selon un membre du groupe de travail des Nations Unies sur les télécommunications d'urgence (Emergency Telecommunications Cluster, ETC), qui fournit des services informatiques et de télécommunications aux travailleurs humanitaires après les catastrophes.

« Je ne crois pas cependant qu'il existe de préparation possible pour pouvoir accepter la puanteur de la chair humaine en décomposition » a écrit Mariko Hall, représentant du Programme alimentaire mondial auprès de l'ETC, dans un article de blogue du 15 novembre après s'être rendu à Tacloban avec des homologues du secteur privé.

« Le typhon Yolanda a été une expérience très instructive pour les opérateurs mobiles aux Philippines », a dit Mme Reid, de la GSMA. « Et on pourra en tirer de nombreuses leçons pratiques pour l'industrie mobile dans son ensemble et ses partenaires ».

dm/pt/he - xq/amz