Efforts désespérés pour retrouver les disparus aux Philippines

La douleur se lit sur le visage de Mary Jane Decio qui vient d’arriver à Ormoc, une ville dévastée située dans la province de Leyte, au centre des Philippines. Cinq jours après le passage du typhon Haiyan - l’un des plus puissants jamais enregistrés – elle a effectué le déplacement depuis la ville proche de Cebu, car elle craint pour le sort de ses six jeunes enfants.

« J’ai vraiment très peur. Je n’ai pas de nouvelle d’eux », a-t-elle dit, avant d’expliquer qu’elle travaille comme femme de ménage à Cebu (la deuxième ville des Philippines) et qu’elle n’a pas vu ses enfants depuis trois mois.

Séparée de son mari depuis un moment, cette mère de 38 ans a hésité à confier ses enfants à sa belle-mère vieillissante, mais elle a toujours pensé qu’il était primordial de travailler pour leur subsistance.

Après avoir vu les images des ravages provoqués par le typhon de catégorie 5 à la télévision le 8 novembre, Mme Decio a quitté son travail et a pris place dans un bateau rapide à Cebu pour rejoindre la zone affectée.

Mme Decio fait partie des milliers de Philippins qui sont sans nouvelles de leurs proches, et notamment des personnes habitant dans les zones reculées encore inaccessibles aux opérations de secours.

Le 13 novembre, on recensait des milliers de disparus, dont beaucoup étaient présumés morts, selon les autorités, alors que les corps de toutes les victimes n’ont pas encore été retrouvés.

Services de recherche des familles

Retrouver la trace de ses proches est difficile en raison du manque de moyens de communication et des services de recherche des familles limités. Un grand nombre de familles se sont donc tournées vers les médias sociaux et d’autres outils.

D’après Google People Finder, 67 900 personnes ont utilisé le site pour retrouver des proches ou fournir des informations sur des personnes qui ont été retrouvées.

Un site Internet créé par le gouvernement reçoit beaucoup de visites : il propose une liste des personnes portées disparues, des blessés et des morts.

D’autres encore ont recours à des méthodes plus rudimentaires.

Randy Santos s’est muni d’une photo de famille sur laquelle posent son frère Rolando Santos, sa femme Sherly et leurs deux enfants, Samuel, 12 ans, et Jeddaida, huit ans, pour faciliter les recherches à Ormoc.

« Nous avons essayé de l’appeler à Tacloban, qui a été durement frappée par le typhon, en vain », a-t-il dit.

Tacloban, qui se trouve à deux heures de route d’Ormoc, est l’une des villes les gravement touchées par le typhon. Un premier bilan a fait état de plus de 100 victimes – mais leur nombre pourrait se compter en milliers.

Les personnes qui ont cherché refuge dans les centres d’évacuation se sont retrouvées en difficulté lorsqu’une vague de trois mètres de haut a pénétré à l’intérieur des terres.

Les bases aériennes militaires de Cebu et Manille font face à un afflux de personnes souhaitant prendre place dans les avions C-130 à destination de Tacloban pour retrouver leurs proches.

Dépassés

L’ampleur des dégâts est considérable, et les autorités locales d’Ormoc reconnaissent que leurs mesures de préparation aux catastrophes (évacuation de plus de 10 000 résidents des zones côtières et des zones de faible altitude) étaient insuffisantes.

Ruben Capahi, conseiller municipal de la ville d’Ormoc, a dit que le typhon a été tellement « extraordinaire » qu’il a détruit 95 pour cent des maisons de la ville.

La mort de 27 habitants de la ville a été confirmée et une dizaine de personnes ont été portées disparues, mais la majorité des gens pensent que le nombre de victimes sera bien plus important.

M. Capahi, qui a perdu sa mère dans les inondations éclair qui ont fait entre 4 000 et 6 000 victimes dans la ville en 1991, a indiqué qu’ils n’avaient pas sous-estimé les avis de typhon, mais qu’ils n’avaient rien pu faire étant donné la puissance sans précédent du typhon.

« Nous avons déjà connu cela et nous nous en remettrons », a-t-il ajouté.

Mais cela demandera du temps. Le maire de la ville, Edward Codilla, a indiqué qu’il faudrait trois à quatre mois pour retrouver un semblant de « normalité ».

« Ce dont nous avons besoin tout de suite, c’est d’une aide d’urgence pour plus de 10 000 personnes déplacées par ce typhon [à Ormoc] », a-t-il dit.

Selon le Conseil national de réduction des risques et de gestion des catastrophes (National Disaster Risk Reduction and Management Council), on recensait près de 600 000 personnes déplacées le 13 novembre. Sur ces 600 000 personnes, 286 433 personnes sont accueillies dans l’un des 1 000 centres d’évacuation, tandis que 305 298 sont hébergées par des parents ou des amis.

Retrouver les membres des familles séparées sera un élément clé du cluster protection – en particulier, le fait de retrouver les enfants séparés et non accompagnés.

Cependant, selon Allison Lopez, responsable de la communication au sein du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les opérations de secours n’ont pas débuté dans plusieurs zones, notamment la province de Samar, ce qui a été confirmé par le gouvernement.

« Le ministre de l’Intérieur (Mar Roxas) a indiqué que Samar aussi avait été dévastée, mais que les routes ne sont tout simplement pas accessibles pour le moment », a dit Mme Lopez.

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