Haiyan et la conférence de Varsovie – trouver une solution aux pertes et dommages

L’ombre du typhon Haiyan – qui a affecté près de 10 millions de personnes aux Philippines – plane sur la conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est ouverte il y a quelques jours à Varsovie. Naderev Sano, le délégué philippin pour les conférences des Nations Unies sur le climat, a entamé une grève de la faim tel qu’il l’avait annoncé au moment de l’ouverture de la conférence. Il a dit avoir l’intention de jeûner jusqu’à ce que des mesures significatives soient adoptées pour réagir au changement climatique.

Si les scientifiques ne sont toujours pas certains que les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement de l’atmosphère ont réellement causé un changement détectable dans les activités cycloniques, le typhon constitue malgré tout un « rappel brutal qu’il ne peut y avoir de délai supplémentaire dans l’intensification de nos efforts pour s’attaquer au problème de plus en plus criant des pertes et dommages », a dit Harjeet Singh, coordinateur international pour la réduction des risques de catastrophes (RRC) et l’adaptation au changement climatique à ActionAid.

ActionAid, CARE International et le Fonds mondial pour la nature (World Wide Fund for Nature, WWF) ont publié un document conjoint présentant un cadre pour l’élaboration d’un mécanisme international sur les pertes et dommages subis par les pays en développement en raison des changements climatiques.

Le document indique par ailleurs que les preuves de l’échec des efforts d’adaptation aux chocs climatiques s’accumulent et que certains pays ont besoin de toute urgence d’un soutien technique et financier.

Mécanisme sur les pertes et dommages

Selon les trois organisations non gouvernementales (ONG), les efforts mondiaux pour prévenir et compenser les pertes et dommages liés au changement climatique devraient inclure le renforcement des connaissances et de la coordination des efforts en matière d’adaptation, l’amélioration de la gestion et de la réduction des risques de catastrophe et le développement de la coopération en matière de solutions techniques.

Elles ont en outre ajouté que le mécanisme devrait être composé de deux éléments : un organe subsidiaire de mise en oeuvre (Subsidiary Body for Implementation, SBI), qui serait responsable de l’application du programme de travail sur les pertes et dommages, et un organe permanent sur les pertes et dommages (Standing Body on Loss and Damage), qui assumerait un rôle de supervision.

Il existe déjà un SBI responsable de la mise en oeuvre d’un programme sur les pertes et dommages, et les ONG ont dit qu’il « devait continuer de mener des travaux techniques importants pour développer encore davantage les connaissances et la compréhension des pertes et dommages et des événements à évolution lente ».

L’organe permanent pourrait quant à lui rendre directement des comptes aux parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). Il pourrait exercer un contrôle global, coordonner les actions et établir des liens avec d’autres organes pour obtenir un soutien technique.

« Par exemple, les impacts à évolution lente sur la production alimentaire et les pêches ainsi que les effets sur la sécurité alimentaire qui y sont associés exigeront, à l’avenir, une collaboration et une coopération beaucoup plus étroites avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), ainsi qu’avec la communauté météorologique mondiale », indique le document.

« Le mécanisme international doit être établi ici à Varsovie et [nous devons nous] entendre sur ses principales fonctions. Les modalités pourront être détaillées en 2014 »

« Les pays [qui ont participé à la conférence de Doha en 2012] ont décidé que ‘des arrangements institutionnels, comme un mécanisme international, ser[aie]nt décidés’ lors de la conférence sur le climat de Varsovie », a dit M. Singh.

« Le mécanisme international sur les pertes et dommages ne doit pas seulement prévoir des mesures financières pour faire face aux conséquences du changement climatique auxquelles les populations ne peuvent s’adapter. Il doit aussi produire des connaissances et permettre de trouver de nouveaux moyens de gérer les pertes non économiques comme la perte de biodiversité, des connaissances indigènes, de la mobilité humaine, des héritages culturels, des sépultures ancestrales, etc.… Le mécanisme international doit être établi ici à Varsovie et [nous devons nous] entendre sur ses principales fonctions. Les modalités pourront être détaillées en 2014 afin que le mécanisme puisse être mis en oeuvre à l’horizon 2015 », a-t-il expliqué.

Injustice mondiale

Sven Harmeling, coordinateur de la sensibilisation au changement climatique de l’ONG CARE International, a dit : « Les personnes qui vivent dans la pauvreté sont celles qui ont le moins contribué au changement climatique. Pourtant, dans les pays où oeuvre CARE – au Bangladesh, à Haïti, en Inde, à Madagascar, au Népal, au Niger, au Pakistan et au Pérou, par exemple –, ce sont celles qui souffrent le plus des conséquences du changement climatique. L’incapacité à réduire les émissions mondiales menace la durabilité du développement économique et sape les efforts des gens pour se sortir de la pauvreté. Le changement climatique est une grande injustice mondiale. »

En 2012, les Philippines ont été frappées par une autre tempête violente, le typhon Bopha. Selon l’Indice des risques climatiques mondiaux pour 2014, rendu public le 13 novembre à Varsovie, les Philippines font ainsi partie des trois pays les plus durement touchés par un choc climatique en 2012.

« En termes d’événements météorologiques extrêmes, on se souviendra probablement de 2012 comme de l’année du passage de l’ouragan Sandy, en octobre 2012. Il a fait les gros titres dans les médias du monde entier pendant plusieurs jours consécutifs [et] causé plus de 68 milliards de dollars de dommages », ont écrit Sönke Kreft et David Eckstein, les auteurs du rapport sur l’Indice, élaboré par Germanwatch, une initiative Nord-Sud qui fait surtout de la surveillance.

L’impact de l’ouragan Sandy sur Haïti n’a cependant pas eu la couverture qu’il aurait dû avoir. « L’ouragan a fait des ravages dans les Caraïbes, et Haïti a été le pays le plus durement touché. Cela explique qu’il se classe au premier rang de l’Indice des risques climatiques de cette année. Dans ce pays des Caraïbes qui ne s’est toujours pas entièrement remis du tremblement de terre dévastateur de 2010, les fortes pluies causées par Sandy ont laissé quelque 200 000 personnes sans abri et détruit la majeure partie des cultures, qui avaient déjà été affectées par l’ouragan Isaac à la fin du mois d’août 2012. »

Selon le météorologue Jeff Masters, le typhon Haiyan est le troisième plus mortel de l’histoire des Philippines. Tom Mitchell, responsable du programme sur le changement climatique et l’environnement de l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI), estime quant à lui que le typhon Haiyan « pourrait être le plus coûteux de l’histoire des Philippines en termes de vies humaines et de dommages économiques ».

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