Accueil des réfugiés syriens – le problème du coût

Le roi Abdallah II a évoqué la « forte pression » exercée par la présence des 600 000 réfugiés syriens sur les infrastructures de son pays dans un discours devant le Parlement le 3 novembre.

Selon les médias locaux et internationaux, il aurait indiqué que « Si la communauté internationale n'agit pas rapidement pour nous aider à supporter ce fardeau, je répète que la Jordanie va prendre les mesures pour protéger ses intérêts et son peuple ».

Le mois dernier, le ministre de la Planification et de la Coopération internationale a dit que le gouvernement jordanien avait dépensé 1,7 milliard de dollars pour faire face à l‘afflux de réfugiés et qu’il allait devoir investir 870 millions de dollars supplémentaires pour des projets d’immobilisations dans les années à venir.

La Jordanie accueille également près de deux millions de réfugiés palestiniens, dont la majorité ont la nationalité jordanienne, et plusieurs dizaines de milliers de réfugiés irakiens (29 000 ont été enregistrés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ou HCR, mais selon le gouvernement, leur nombre s’élève à 450 000).

La Turquie indique qu’elle a dépensé plus de deux milliards de dollars pour accueillir des centaines de milliers de réfugiés syriens et la Banque mondiale a estimé à 7,5 milliards de dollars le montant des pertes économiques du Liban liées à la crise syrienne d’ici à la fin 2014. Selon le HCR, on compte plus de 2,2 millions de Syriens réfugiés dans la région.

Quel est le coût de l’accueil des réfugiés ? Apporte-t-il des avantages économiques ?

Les réfugiés et les opérations d’aide humanitaire peuvent avoir des effets positifs sur les économies locales. Les réfugiés syriens louent des appartements ; les travailleurs humanitaires internationaux, les journalistes et les diplomates dotés d’un pouvoir d’achat plus élevé ont injecté de l’argent dans les hôtels et les restaurants ; et les agences d’aide humanitaire ont recruté des centaines de travailleurs locaux dans chacun des pays voisins.

L’économiste jordanien Yusuf Mansur soutient que, si l’afflux de réfugiés n’avait pas eu lieu, l’économie jordanienne aurait eu une croissance négative l’année dernière.

Les réfugiés syriens prennent-ils le travail des Jordaniens ?
L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que quelque 160 000 Syriens travaillent en Jordanie sans permis. Dans plusieurs des zones habitées par les réfugiés, plus de 15 pour cent de la population jordanienne est sans emploi, selon le gouvernement jordanien.

Les autorités gouvernementales disent souvent que les Syriens prennent le travail des Jordaniens. Ces propos reviennent souvent ; ils alimentent largement les émissions de tribunes téléphoniques à la radio et les conversations dans les cafés. Mais les travailleurs humanitaires ont remis en question la véracité de ces propos et l’économiste jordanien indépendant Yusuf Mansur pense que cette affirmation est « bêtement exagérée ».

« Seulement 5 pour cent des Jordaniens dans notre force de travail occupent des emplois manuels. Ce sont ces emplois que les Syriens occupent », a-t-il dit à IRIN. « Ainsi, l’impact sur le marché du travail est complètement exagéré ».

Les Syriens se trouvent en fait en concurrence avec les Égyptiens, qui occupent traditionnellement les emplois les moins bien rémunérés dans le pays, a-t-il indiqué.

L’OIT va réaliser une évaluation de l’impact des vagues de réfugiés syriens sur le marché du travail jordanien.

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« Dans l’ensemble, la crise syrienne s’est avéré être, à maints égards, une bénédiction pour la Jordanie », a-t-il dit, citant l’augmentation des investissements directs étrangers, particulièrement dans l’industrie, et l’afflux d’artisans, dont la Jordanie manque.

Mais les réfugiés représentent également un lourd fardeau économique. Ainsi, il a fallu faire d’importantes dépenses publiques supplémentaires pour répondre à l’augmentation de la demande en eau, en électricité et en infrastructures municipales liée à la présence de plus de 400 000 réfugiés syriens dans les villes et municipalités de Jordanie, où ils bénéficient d’un accès quasiment gratuit à l’éducation, aux soins de santé et aux produits subventionnés par l’État.

L’aide financière internationale a permis d’alléger ce fardeau. Les Nations Unies et ses partenaires ont reçu près des deux tiers des 977 millions de dollars demandés en 2013 pour venir en aide aux réfugiés syriens de Jordanie ; mais le ministre des Affaires étrangères jordanien a dit récemment que les fonds perçus par le gouvernement ne permettent même pas de couvrir 30 pour cent des coûts engendrés par l’accueil. Le gouvernement a demandé 449 millions de dollars en juin.

Voici quelques-uns des coûts que le gouvernement doit supporter.

  • Services municipaux (insecticides, éclairage des voies publiques, construction de routes) : 115,80 dollars par personne par an
  • Exploitation et entretien du système d’acheminement de l’eau dans les zones urbaines : 102,30 dollars par personne par an
  • Enseignement primaire : 877 dollars par élève par an
  • Enseignement secondaire : 1 195 dollars par élève par an
  • Soins de santé primaires et tertiaires : 874 dollars par patient par an
  • Hospitalisation (construction de 20 nouveaux lits d’hôpitaux pour 10 000 personnes) : 197 000 dollars par lit.

(Sources : ministère jordanien de la Planification et de la Coopération internationale, ministère des Affaires municipales, ministère de l’Eau et de l’Irrigation, ministère de la Santé)

Le camp de réfugiés de Zaatari accueille 120 000 Syriens supplémentaires ; les agences d’aide humanitaire ont payé la quasi-totalité des frais liés à la réponse aux besoins de base.

  • Éducation : 520 dollars par élève par an
  • Fourniture de l’électricité : 500 000 dollars par mois
  • Transport de l’eau : 3 dollars par mètre cube ou 12 000 dollars par jour
  • Frais de fonctionnement : 200 000 dollars par jour (contre 500 000 dollars par jour auparavant)
  • Services de sécurité : 5 millions de dollars par an
  • Gravier déposé sur le sable pour limiter la poussière : 12 millions de dollars (une fois)

(Sources : Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF))

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