Mathotine Dz’dai, déplacée en RDC : « Nous risquons encore de mourir »

En l’espace du dernier mois, les combats entre l’armée et les rebelles dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) ont déplacé 100 000 personnes. À présent, beaucoup vivent sans aide humanitaire et dans des conditions très précaires.

Mathotine Dz’dai, 44 ans, a fui son village de Bavi, à 60 km au sud de Bunia, tôt le matin du 23 août, avant le début des bombardements et des coups de feu.

Elle avait fui avec son fils de 20 ans et ses petits-enfants, dont un bébé de trois mois. Quelques jours plus tard, son fils a été tué dans un accident de la route, la laissant seule pour élever son petit-fils. Elle a trouvé refuge dans la cour d’une école primaire. C’est là qu’elle a raconté son histoire à IRIN.

« Je me suis retrouvée à Nongo [à 50 km au sud de Bunia] à cause des armes et des bombes que les FARDC [l’armée de la RDC] utilisent contre la milice. Nous avons fui pour ne pas que les enfants soient blessés ou tués. Les combattants sont là ; ils vont tuer. C’est d’imaginer… un bébé, comme le mien ici, tué par un coup de feu qui nous a effrayés et poussés à partir. »

« Lorsque nous sommes arrivés ici, mon fils est tombé malade et nous avons dû l’emmener à l’hôpital. Par malheur, la moto sur laquelle nous étions a percuté la moto de l’un des habitants d’ici. Mon fils est mort sur le coup et nous l’avons enterré ici. Il avait juste 20 ans. »

« Il a laissé derrière lui son enfant de trois mois. Le bébé a vraiment souffert, il a pleuré toute la nuit. »

« Je n’ai pas d’argent pour le soigner ou le nourrir. J’avais juste 200 francs que les [habitants] d’ici m’ont aidé à réunir. Je l’utilise pour acheter du lait que je lui donne. »

« Ici, nous n’avons pas de sucre, pas de sel, pas de médicaments. Quand il pleut, nous souffrons. Après la pluie, le sol sur lequel nous dormons devient boueux, puis il fait très froid. Comme nous n’avons pas de matelas, nous dormons sur de la paille que nous ramassons à la main dans la brousse. »

« Nous ne savons pas quoi faire. Tout cela nous est arrivé alors que nous tentions d’échapper à la mort… et maintenant nous risquons encore de mourir. Une autre personne déplacée est morte comme ça. On a retrouvé son corps dans les broussailles. »

« On nous a aussi volés. Nous cachions nos affaires dans la brousse, mais les voleurs ont fini par les trouver. Ils ont même pillé les champs. Nous n’avons rien, pas de vêtements ; nous vivons tels que vous nous voyez. »

« Nous avons un besoin urgent d’abri, de casseroles pour cuisiner et de vêtements pour habiller l’enfant, qui est devenu orphelin après la guerre. »

« J’ai un autre de mes petits-enfants ici. »

« Pour nous nourrir, nous effectuons quelques tâches. Nous cultivons les champs. Malheureusement, je ne peux pas travailler dur depuis que j’ai eu une césarienne. »

« Nous avons encore peur de rentrer chez nous, car les FARDC continuent de pourchasser la milice partout. Nous avons peur d’eux et nous avons également peur de la milice. »

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