Après le Mali, le Niger peine à sécuriser ses frontières

La prise de contrôle du Nord-Mali par les rebelles islamistes suite au coup d’État de 2012 et l’intervention militaire française qui s’est ensuivie ont renforcé les craintes d’un débordement insurrectionnel dans la région. Le Niger, dont les problèmes socio-politiques sont comparables à ceux du Mali, se bat pour protéger son territoire contre les milices opérant toujours dans les contrées reculées du Sahel.

L’insécurité est une menace omniprésente. Le 23 mai, un double attentat contre une base militaire et une mine d’uranium d’exploitation française a frappé le nord du pays, faisant plusieurs dizaines de morts.

Mokhtar Belmokhtar, une grande figure djihadiste au Sahel qui avait déjà revendiqué l’assaut d’un site gazier algérien en janvier, a déclaré que ses hommes étaient à l’origine de la double attaque. Le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), qui opérait dans le Nord-Mali avant d’en être délogé par l’armée française, revendique également les attentats.

Renforcer la sécurité

Le gouvernement a œuvré au renforcement de sa stratégie sécuritaire.

En octobre 2012, Niamey a lancé un plan d’un montant de 2,5 milliards de dollars US, sur 5 ans, pour sécuriser et développer le nord du pays dont les habitants, particulièrement les Touaregs, disent avoir été marginalisés. Comme au Mali voisin, les Touaregs du nord du Niger ont mené toute une série de soulèvements pour réclamer l’autonomie, l’intégration sociale et politique et le développement de leurs terres.

Le pays a en outre introduit des réformes juridiques ; adopté une loi antiterroriste ; mis sur pied une équipe de juristes et d’agents de sécurité chargée de collaborer avec le gouvernement sur les affaires de terrorisme ; modernisé son arsenal militaire ; et coopéré avec la France et les États-Unis en matière de sécurité. Des drones américains ont été déployés au Niger à partir de décembre 2012. Les troupes nigériennes ont également été entraînées par leurs homologues français et américains.

« Le Niger a non seulement fait preuve d’engagement politique, mais également d’une certaine cohérence dans son traitement de la menace terroriste », a dit à IRIN David Zounmenou, chercheur principal spécialiste de l’Afrique de l’Ouest auprès de l’Institut d’études de sécurité (IES).

Le Niger, un pays pauvre du Sahel exposé à la sécheresse et à la pénurie alimentaire, doit en plus faire face à la menace des insurgés de Boko Haram au Nigeria dans le sud, et à celle de milices dans le nord soupçonnées d’agir dans le sud de la Lybie, selon les analystes.

D’un point de vue politique, le Niger a cherché à favoriser l’intégration de sa population touarègue pour mettre un terme aux cycles d’insurrection.

Échec de la coalition

Lors de la fête de l’indépendance du Niger le 3 août, le président Issoufou Mahamadou a appelé à la formation d’un gouvernement d’union nationale, dans le cadre d’un plan de cohésion politique qu’il juge crucial pour faire face aux menaces sécuritaires auxquelles est exposé le pays. Cependant, un remaniement ministériel a depuis coûté à la coalition au pouvoir le soutien de son principal allié, qui a démissionné en signe de protestation contre sa sous-représentativité dans la nouvelle équipe gouvernementale.

« Le risque est que [les dépenses] allouées aux programmes d’assistance sociale soient de plus en plus ajustées en fonction des affaires de sécurité, et il est peu probable que cela se fasse au profit de la population nigérienne dans son ensemble »

« En matière de plans de sécurité, il est bien évident que cela affaiblit le consensus national qui prévalait jusqu’alors au Niger. Le consensus institutionnel a été la clé de voûte du mécanisme de réponse pour contrebalancer les débordements insurrectionnels au Mali et pour faire face aux attaques successives », a dit M. Zounmenou.

Mais Kamissa Camara, analyste politique spécialiste de l’Afrique de l’Ouest, a dit que les désaccords politiques avaient peu d’impact sur les problèmes sécuritaires du Niger.

« La crise politique est surtout le signe d’arrangements politiques superficiels noués avant le second tour des élections présidentielles de 2011 et de la bataille d’influence qui s’est ensuivie entre deux figures politiques complémentaires mais diamétralement opposées », a dit Mme Camara, en se référant au président et à Hama Amadou, le chef du principal allié de sa coalition.

Autres menaces

Outre les menaces d’ordre sécuritaire, le gouvernement de Mahamdou - qui est arrivé au pouvoir en 2011 après une brève période d’instabilité - peine à améliorer la vie de ses concitoyens, dont la grande majorité vit dans l’extrême pauvreté. Le pays occupe la dernière place au classement de l’indice de développement humain des Nations Unies.

En dépit des progrès enregistrés par le gouvernement dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’agriculture, environ 85 pour cent des Nigériens survivent avec moins de 2 dollars US par jour. Environ 2,9 millions de personnes sont actuellement touchées par la crise alimentaire. 

Les catastrophes naturelles et les crises alimentaires récurrentes sont des menaces plus tangibles pour de nombreux Nigériens que les craintes sécuritaires, ont dit les analystes. Le pays a récemment lancé un appel à l’aide suite aux destructions provoquées par les inondations qui ont fait plus d’une vingtaine de morts et ont laissé 75 000 personnes sans domicile. 

Le Niger possède les plus grandes réserves d’uranium au monde, mais les bénéfices tirés de son extraction minière ont eu peu d’impact sur le quotidien de nombreux Nigériens. Et bien qu’il se soit lancé dans l’exploitation pétrolière début 2011, le pays a par la suite été contraint de réduire son budget en raison de faibles revenus. Le déficit pourrait affecter le budget de la sécurité du Niger. 

« Une priorité marquée donnée à la sécurité pourrait affecter les dépenses budgétaires du Niger dans d’autres secteurs stratégiques. Le budget de la défense a plus que doublé en 2012, même s’il reste derrière celui de la santé et de l’éducation », a dit Jean-Hervé Jezequel, analyste principal auprès de l’International Crisis Group.

« Le risque est que [les dépenses] allouées aux programmes d’assistance sociale soient de plus en plus ajustées en fonction des affaires de sécurité, et il est peu probable que cela se fasse au profit de la population nigérienne dans son ensemble », a dit M. Jezequel à IRIN.

Contre-productif ?

Lorsque les rebelles islamistes ont commencé à marcher sur la capitale malienne en janvier de cette année, le Niger a soutenu l’intervention française. Il a également envoyé 900 soldats dans le cadre de la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Mali. Cependant, il est à craindre que sa prise de position dans la crise malienne et sa coopération avec les pays occidentaux en matière de sécurité alimentent la menace des milices extrémistes.

« Comme l’Islam est dominant dans notre pays, il est facile pour ces forces du mal d’infiltrer la jeunesse nigérienne » a dit Zarami Abba Kiari, le porte-parole adjoint du parti au pouvoir, qui a affirmé que le gouvernement d’union nationale pourrait déjouer de tels risques.

Des groupes d’insurgés ont utilisé le Niger pour leurs activités transfrontalières au Mali, au Nigéria et en Libye, et du fait de la faible présence gouvernementale dans certaines de ses régions, le pays risque de devenir un refuge sûr et une base arrière pour les milices visant d’autres pays, comme le Tchad ou l’Algérie, qui ont largement expulsé ces groupes de leurs territoires, reconnaît l’IES.

« Les complexités structurelles du Niger, illustrées par son vaste désert, ses territoires arides et les frontières qu’il partage avec l’Algérie, la Libye et le Tchad, sont très certainement des facteurs contribuant à ces menaces [sécuritaires] », a dit Mme Camara à IRIN.

Une gouvernance faible, le sous-développement et la pauvreté ont créé un terrain propice à l’activisme en Afrique de l’Ouest et au Sahel », estiment les chercheurs.

« Une réponse concrète doit être apportée aux problèmes socio-économiques [du Niger]. Les jeunes veulent du travail, un service de santé efficace, un accès à l’éducation… S’ils ne sont pas satisfaits, cela peut leur donner une raison de rejoindre les mouvements djihadistes », a dit M. Zounmenou de l’IES.

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