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Les gouvernements africains continuent de sous-financer la santé

NAIROBI, 25 juillet 2013 (IRIN) - Douze ans après la déclaration d’Abuja, par laquelle les gouvernements africains s’engageaient à allouer au moins 15 pour cent de leur budget annuel à la santé d’ici 2015, seulement six pays ont atteint cet objectif.

Selon les données compilées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Rwanda, le Togo et la Zambie ont atteint cet objectif et cinq autres pays consacrent au moins 13 pour cent de leur budget à la santé.

Les données de l’OMS indiquent par ailleurs que, dans l’ensemble, la part des dépenses allouées à la santé est passée de 8,8 à 10,6 pour cent, mais qu’environ un quart des États membres de l’Union africaine (UA) ont régressé et consacrent moins d’argent à la santé qu’en 2001.

L’UA a récemment organisé un autre sommet spécial sur le VIH/SIDA, la tuberculose (TB) et le paludisme à Abuja, au Nigeria. Le sommet Abuja +12, a donné l’occasion aux gouvernements africains et autres parties prenantes d’évaluer les progrès accomplis et de discuter des moyens à mettre en œuvre pour s’assurer que les objectifs de financement de la santé seront atteints d’ici 2015.

L’expérience de la lutte contre le VIH/SIDA

« Un engagement renouvelé et audacieux, ici à Abuja, est essentiel, car à partir de nos expériences dans la lutte contre le SIDA, nous savons que des investissements judicieux pourront sauver des vies, créer des emplois, redynamiser des communautés et favoriser davantage la croissance en Afrique », a dit Michel Sidibé, directeur exécutif d’ONUSIDA, dans un communiqué de presse.

Pour l’heure, les fonds alloués à la santé ne permettent pas de répondre aux besoins et sont très inégalement répartis selon les pays. Selon l’ONUSIDA, il faudra investir 31 milliards de dollars supplémentaires par année pour atteindre l’objectif de 15 pour cent du budget national que se sont fixé les pays du continent.

En 2011, on estimait qu’au moins 69 pour cent des quelque 34 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA se trouvaient en Afrique subsaharienne.

On observe cependant des signes encourageants. Le nombre de nouvelles infections au VIH a diminué de 25 pour cent entre 2001 et 2011.

« Le principal défi de la lutte mondiale contre le VIH/SIDA est d’assurer un accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien, et […] de ramener à zéro le taux de transmission de nouvelles infections au VIH chez les enfants », a écrit le président ghanéen John Dramani Mahama dans un billet de blogue publié en mai.

Parmi 21 pays prioritaires en Afrique, le nombre de nouveaux cas d’infection à VIH chez les enfants a chuté de 38 pour cent depuis 2009, selon un rapport conjoint de l’UA/ONUSIDA présenté à l’occasion du sommet Abuja +12.

Le fardeau du paludisme et de la TB

L’Afrique est également à la traîne en matière de réduction du nombre de cas de paludisme et de TB et de décès qui y sont liés.

L’Afrique est la seule région du monde qui n’est pas en voie d’atteindre l’objectif de réduire de moitié le nombre de décès dus à la TB d’ici 2015. Le continent enregistre par ailleurs près d’un quart des cas mondiaux de TB, selon l’OMS.

L’amélioration du dépistage de la TB et le traitement des patients infectés par des souches résistantes aux médicaments, qui peut coûter jusqu’à 100 fois plus cher que le traitement de base, constituent des défis de taille pour les pays africains. Environ 40 pour cent des cas de TB en Afrique passent inaperçus, indique l’OMS.

Le paludisme est aussi un grave problème. Quatre-vingts pour cent des cas mondiaux et 90 pour cent des décès liés au paludisme surviennent sur le continent africain.

« Nous amorçons aujourd’hui un tournant décisif en ce qui concerne les progrès réalisés dans le secteur de la santé libérien : les enfants ne meurent plus du paludisme et les mères vivant avec le VIH peuvent donner naissance à des enfants séronégatifs et mener elles-mêmes une vie saine », a écrit la présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, dans une déclaration publiée sur le site du Fonds mondial.

Le Liberia alloue 18,9 pour cent de son budget annuel à la santé. Le pays se classe au deuxième rang des États africains derrière le Rwanda, qui y consacre 23,7 pour cent.

La santé pour le développement

Selon le rapport conjoint de l’UA/ONUSIDA présenté au sommet Abuja +12, il existe des arguments économiques en faveur de l’augmentation des investissements en santé. On y dit en effet que chaque année supplémentaire d’espérance de vie entraînera une hausse de 4 pour cent du PIB de la région. L’espérance de vie moyenne des Africains est la plus faible au monde : elle s’établit actuellement à 54,4 ans.

« Une population malade ne peut pas générer la productivité nécessaire pour maintenir l’accélération de notre économie », a dit M. Mahama, le président ghanéen.

Une augmentation des fonds alloués à la santé pourrait également signifier plus d’emplois dans le secteur de la santé. En 2012, par exemple, l’UA a approuvé un plan d’affaires pour augmenter la production de l’industrie pharmaceutique locale.

« En mettant l’accent sur trois choses que l’Afrique doit faire de toute urgence – réduire sa dépendance en développant les investissements africains, fournir plus tôt des médicaments dont la qualité est garantie à ceux qui en ont besoin et développer son leadership –, le projet aidera les pays africains à mettre au point des solutions viables à long terme », a déclaré Mustapha Sidiki Kaloko, commissaire de l’UA chargé des affaires sociales, dans une déclaration publiée à l’approche du sommet Abuja +12. « La santé de l’Afrique et notre prospérité sont inextricablement liées. »

aps/aw/rz-gd/ld

Theme (s): Economie, Santé et nutrition,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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