Dans le camp jordanien de Za'atari, les efforts d'assainissement sont mis à mal par le vandalisme

En plein été, fournir de l'eau potable aux habitants de ce gigantesque et toujours croissant camp de réfugiés syriens du désert jordanien et mettre à leur disposition des toilettes et des salles de bain s'avère extrêmement difficile.

Créé en hâte pour accueillir 10 000 réfugiés, le camp de Za'atari en compte désormais dix fois plus.

« Tous les prestataires de services tentent de faire face à la demande toujours croissante », a dit Kitka Goyol, spécialiste en eau et assainissement du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l'agence des Nations Unies responsable de l'eau et de l'assainissement dans les situations d'urgence.

De nouveaux cas de maladies liées à l'eau, comme la diarrhée, la gale, la leptospirose, le rotavirus et l'hépatite A, apparaissent chaque semaine dans le camp. D'autres maladies contagieuses liées aux mauvaises conditions d'hygiène ont également été signalées, dont des cas de jaunisse aiguë, de varicelle et de rougeole, ainsi que des poux. Si ces maladies sont souvent saisonnières ou endémiques dans la région et sont normales dans un camp d'une telle taille, des alertes ont été lancées concernant la rougeole — dont un cas suffit à constituer une épidémie — et le nombre particulièrement élevé de cas de jaunisse, de gale et de poux.

Dans les dispensaires du camp, les mères ont signalé une hausse des cas de diarrhée sanglante depuis début mai. Selon le rapport de surveillance des maladies dans le camp de Za'atari, des tests officiels menés début juin ont révélé que 15 pour cent de la population du camp était atteinte de diarrhée aqueuse, avec 9,7 nouveaux cas pour 1 000 habitants durant la première semaine de juin. Cette même semaine, le taux de morbidité de la diarrhée sanglante était d’un pour cent et le taux d'incidence de 0,4 nouveau cas pour 1 000 personnes. Ces deux chiffres sont cependant inférieurs au seuil d'alerte et sont en baisse par rapport aux évaluations précédentes. Quant aux infections des voies respiratoires supérieures, elles touchaient cette semaine-là 20 pour cent de la population du camp et leur incidence, bien que décroissante, restait élevée, avec 12,8 cas pour 1 000 habitants.

Ces maladies ont été en grande partie traitées et contrôlées et aucune alerte n'a été lancée depuis deux semaines. Mais elles restent une menace constante avec la hausse des températures en cette période estivale (c'est le premier été complet pour le camp de Za'atari).

Disposition

Les travailleurs humanitaires ont reconnu que dans les parties du camp les plus anciennes, la disposition des points d'eau et des installations sanitaires avait été mal étudiée.

« Ce camp aurait pu être mieux organisé », a dit M. Goyol à IRIN. Selon lui, dans un nouveau camp en cours de construction en Jordanie, l'UNICEF tente de mettre en place des points d'eau et des installations sanitaires en plus grand nombre, mais plus petits, approvisionnant chacun un nombre plus restreint de familles.

Le camp de Za'atari se situe par ailleurs au-dessus d'un aquifère, ce qui rend impossible la construction d'un système d'égouts.
Chaque jour, près de quatre millions de litres d'eau sont pompés dans cet aquifère qui se réduit d'autant pour alimenter le camp, qui se trouve dans l'un des pays les plus pauvres en eau du monde.

Des chauffeurs ont été engagés pour approvisionner en eau, à raison de 35 litres d'eau par personne et par jour, les quelque 2 000 réservoirs publics répartis dans le camp, qui mesure cinq kilomètres carrés, soit la taille de 600 terrains de football. À l'arrivée des camions, les réfugiés sont souvent déjà sur place, à attendre pour remplir leurs seaux, formant parfois une foule désordonnée, raisonnant des cris de vieilles femmes houspillant de jeunes garçons pour qu'ils attendent leur tour.

« Certaines personnes obtiennent de l'eau, d'autres non », a dit une femme.

Vandalisme et vols

L'approvisionnement en eau et l'assainissement dans le camp font parfois l'objet de bagarres, de vols, de vandalisme, d'agressions et autres formes de violence.

Selon les travailleurs humanitaires, les chauffeurs qui approvisionnent le camp en eau subissent quotidiennement des intimidations. Environ une fois par mois, un camion est détourné — et le chauffeur parfois blessé — pour alimenter des réservoirs que des réfugiés ont volés ou achetés et installés pour un usage privé à l'intérieur ou à proximité de leur tente ou de leur caravane. (Selon une évaluation récente des organisations non gouvernementales REACH et ACTED, huit pour cent des foyers disposent d'un réservoir d'eau privé.)

Lorsque les chauffeurs atteignent sans encombre les réservoirs publics, il arrive que ceux-ci aient été endommagés ou détruits à la suite d'une émeute et qu'ils fuient.

Chaque jour, des robinets sont saccagés, a dit M. Goyol. Même si le réservoir est intact, le robinet peut être cassé ou manquant et l'eau fuit encore plus (les réfugiés disent qu'ils enlèvent les robinets pour que l'eau coule plus vite). Dans certains cas, ils sont retirés ou volés moins de 20 minutes après leur installation dans les salles de bain publiques. Des spécialistes de l'eau ont dû installer différents types de robinet pour voir lesquels restaient en place le plus longtemps.

Les réfugiés disent que l'eau n'est pas propre et qu'elle a rendu leurs enfants malades. Les travailleurs humanitaires boivent souvent cette eau eux-mêmes pour prouver aux réfugiés qu'elle est potable. Selon eux, les maladies sont dues au manque d'hygiène.

Salles de bain insuffisantes

À ce propos, les réfugiés disent qu'il n'y a pas assez de salles de bain (toilettes et salles d'eau) pour le nombre d'habitants du camp. Certains disent devoir parcourir deux kilomètres à pied pour accéder à une salle de bain et faire la queue pendant une heure pour finalement se rendre compte qu'il n'y a plus d'eau au robinet.

Un réfugié du nom de Marwan Ali a dit à IRIN qu'il s'était construit sa propre latrine (avec des matériaux volés ou achetés sur le marché noir, il n'a pas précisé), car il ne voulait pas que ses filles se rendent aux toilettes publiques.

« Où la dignité de la femme si elle doit marcher entre les tentes, un seau d'eau à la main, chaque fois qu'elle veut utiliser les toilettes ? », a-t-il demandé.

Une réfugiée a dit à IRIN qu'elle craignait d'être harcelée si elle se déplaçait seule dans l'obscurité. (Des panneaux solaires ont depuis été installés sur les salles de bain pour qu'elles soient éclairées la nuit.)

Le nombre de latrines est conforme aux standards SPHERE — l'ensemble de normes humanitaires le plus utilisé — qui exigent une latrine pour 50 personnes en première phase d'urgence. « Progressivement, nous nous efforçons d'atteindre » la norme d'une latrine pour 20 personnes nécessaire pour des conditions de vie stables dans un camp, a indiqué M. Goyol.

Ce dernier estime que près d'un tiers des réfugiés ont construit des toilettes privées à côté de leur tente. Pour ce faire, la majorité d'entre eux aurait volé des tôles et des blocs de ciment des toilettes publiques. L'UNICEF évalue à 1,5 million de dollars les dommages causés à ses points d'eau et installations sanitaires.

« Nous avons tous des besoins individuels », a dit M. Goyol, « mais il ne faut pas oublier le bien commun ».

Certains réfugiés se construisent leur propre salle de bain privée à quelques mètres à peine des toilettes et salles d'eau publiques. Les eaux usées s'écoulent de leurs tentes, formant des zones marécageuses idéales pour la reproduction des mouches et la transmission des maladies.

Les toilettes de Bachar

Selon Ibrahim el-Baridi, un homme qui se présente comme membre de l'un des comités de réfugiés du camp responsable des salles de bain, de nombreuses toilettes publiques sont inutilisables, car de larges pierres ont été insérées dans les cuvettes. Il attribue cette forme de vandalisme aux sympathisants du président syrien Bachar Al-Assad qu'il accuse de s'être inflitrés dans le camp pour causer des problèmes.

Si les conditions de certaines latrines sont « affligeantes », pour reprendre les mots d'un travailleur humanitaire, même les toilettes publiques qui fonctionnent le mieux laissent à désirer. Elles sont envahies par les mouches, n'ont qu'un seul robinet en état de marche, le sol est couvert d'excréments et des couches pour bébé bloquent les canalisations.

De nombreux réfugiés habitués à de bonnes conditions d'hygiène et d'assainissement ont eu du mal à s'adapter au camp. Certains ont demandé d'être formés par des travailleurs humanitaires à la promotion de l'hygiène.

Mobilisation des habitants

Dans le cadre d'un programme de cartographie communautaire, les foyers reçoivent une visite hebdomadaire pour surveiller les épidémies.

En juin, l'UNICEF a formé 125 agents de santé bénévoles du camp aux bonnes pratiques d'hygiène. Ces agents ont ensuite mené une campagne de huit jours en se rendant de tente en tente à travers tout le camp pour sensibiliser les réfugiés à ces pratiques.

« Nous faisons cela parce que nous considérons le camp comme une grande maison et tous les enfants comme étant les nôtres », a dit à l'UNICEF Mohamed Homsi, l'un des agents de santé. « Lorsqu'un bateau se fissure, c'est tout le bateau qui coule. »

L'ONG ACTED a également mobilisé des réfugiés pour promouvoir de bonnes pratiques d'hygiène dans tout le camp.

L'UNICEF reconnaît désormais que ce genre de mobilisation communautaire est essentiel pour responsabiliser les réfugiés et les impliquer dans le développement de projets. De cette manière, ils s'approprient les installations et sont moins tentés de détruire ce qu'ils ont eux-mêmes construit.

Ainsi, au lieu de payer quelques réfugiés pour nettoyer les installations sanitaires par le biais de projets de travail contre rémunération, l'UNICEF a créé des comités de réfugiés responsables du fonctionnement et de l'entretien des installations. Les travailleurs humanitaires fournissent les brosses et le détergent et les réfugiés organisent un roulement pour effectuer la corvée de nettoyage chacun leur tour.

Dans certains cas, grâce à cette « appropriation », comme le dit M. Goyol, les installations sont mieux entretenues. Dans d'autres cas, les dommages se poursuivent.

Dans le cadre d'un projet pilote mené dans un secteur du camp, Oxfam a commencé à alimenter les robinets d'une salle de bain par des canalisations reliés à un réservoir central. L'UNICEF a également commencé à connecter les pompes de deux puits au réseau électrique public (jusqu'à présent, la seule solution pour faire fonctionner les pompes est d'utiliser des générateurs très couteux) et prévoit de distribuer l'eau grâce à un réseau de canalisations qui alimenterait l'ensemble du camp.

Outre ces projets visant à améliorer l'efficacité de l'approvisionnement en eau, l'UNICEF tente de promouvoir les économies d'eau. En effet, selon M. Goyol, « ce n'est pas tant la quantité d'eau fournie [qui importe], mais plutôt la manière de l'utiliser ».

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