Aggravation des violences faites aux enfants en Afghanistan

L'une des victimes de l'attentat du mois dernier contre le complexe de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans la capitale afghane, n'a pas encore été identifiée. C'était un garçon de six ans.

Personne n'a réclamé le corps de l'enfant, trouvé près du lieu de l'attentat, et la police n'a pas réussi à retrouver ses parents.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), les violences qui se poursuivent en Afghanistan ont blessé 293 enfants et en ont tué 121 autres au cours des quatre premiers mois de 2013, soit 414 victimes mineures au total, ce qui représente une hausse de 27 pour cent par rapport aux 327 victimes de l'année dernière.

« L'Afghanistan reste l'un des pays où il est le plus difficile et le plus dangereux d’être un enfant », a dit à IRIN le porte-parole de l’UNICEF, Alistair Gretarsson.

Selon le rapport annuel du secrétaire général des Nations Unies sur les enfants et les conflits armés, entre 2010 et 2012, 4 025 enfants ont été tués ou gravement blessés à cause du conflit qui déchire le pays.

En 2012, 1 304 enfants ont été tués ou blessés dans le pays. Mais la hausse de 27 pour cent du nombre de victimes mineures pendant les quatre premiers mois de cette année fait craindre que 2013 soit l'une des années les plus meurtrières pour les enfants afghans.

« Tous les jours, quand je quitte la maison, ma maman s'inquiète pour nous », a dit Mohammad Qayum, un garçon de 14 ans qui vend des chewing-gums dans les rues de Kaboul. « Les attentats sont plus nombreux à Kaboul et mes amis qui travaillent dans les rues ont peur eux aussi. Nous avons bien plus peur qu'avant. »

Les engins explosifs improvisés (EEI) sont toujours la principale cause de mort, et ce depuis plusieurs années. Ils ont tué ou blessé 37 pour cent des 414 enfants victimes du conflit début 2013.

Vingt pour cent des victimes mineures ont été touchés dans des échanges de tirs et 18 pour cent ont été blessés ou tués par des restes explosifs de guerre. Les autres causes de mort sont variées.

Selon l'UNICEF, l'opposition armée est responsable de la plupart des attaques. Les Taliban, un groupe d'opposition parmi d'autres, réfutent cependant ces affirmations.

Victimes indirectes

Les violences sont non seulement une atteinte à l'intégrité physique des enfants, mais le conflit à également de nombreuses conséquences néfastes sur le bien-être des enfants : de l'interruption de la scolarisation au recrutement forcé d'enfants soldats en passant par la perte de proches.

Qayum a perdu son père dans un attentat suicide il y a six ans. Il a trois sœurs et un frère aîné. Les quatre dollars qu'il gagne en vendant des chewing-gums et des fleurs dans la rue sont donc indispensables.

Si le gouvernement et les groupes armés d'opposition, notamment les Taliban, disposent de lois et de règlements interdisant le recrutement d'enfants comme combattants ou kamikazes, aucun des deux camps n'a cessé d'y avoir recours.

Ali Ahmad, alors âgé de 12 ans, était en train de chercher du travail à la frontière de Spin Boldak lorsqu'il a été enlevé.

« L'Afghanistan reste l'un des pays où il est le plus difficile et le plus dangereux d’être un enfant », Alistair Gretarsson, UNICEF

« Ils m'ont emmené dans un centre d'entraînement et m'ont formé pendant 20 jours. Ils m'ont appris à utiliser des armes et à réaliser un attentat suicide en appuyant sur un bouton et ils m'ont dit qu'ils me donneraient beaucoup d'argent », a dit Ali à IRIN.

Le rapport sur la torture de 2013 de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a révélé que sur 105 enfants détenus interrogés, 80 (76 pour cent) avaient été victimes de torture ou de mauvais traitements de la part des forces de sécurité afghanes. Cela représente une hausse de 14 pour cent par rapport aux résultats de la précédente enquête.

Abus sexuels

Ces enfants ont témoigné avoir été battus avec des câbles ou des tuyaux de canalisation, contraints à des « aveux », pendus, avoir subi des torsions des parties génitales, des menaces de mort, des viols et des abus sexuels. De tous les mauvais traitements infligés à des enfants en Afghanistan, ce sont les violences sexuelles qui sont le plus sujettes à la loi du silence.

« Bien que les abus sexuels de garçons et de filles soient reconnus comme un crime par la législation afghane, les violences sexuelles à l'égard des garçons sont trop souvent tolérées, notamment lorsqu'elles sont associées à des groupes armés et que les familles des enfants concernés n'ont aucun recours réel », a dit à IRIN Heather Barr, de Human Rights Watch.

Le bachah-bazi — pratique consistant à « disposer » d'un garçon pour des faveurs sexuelles, souvent le fait d'hommes riches et puissants, tels que de hauts fonctionnaires ou des chefs de milices — ne reçoit que très peu d'attention.

« En réalité, c'est une pratique très courante dans l'ensemble de la société afghane. C'est un sujet que l'Afghanistan en tant que société n'est pas prêt à aborder ouvertement. La société n'est pas prête à accepter l'existence de ce problème et l'idée qu'il faut y faire quelque chose », a dit un analyste qui a souhaité garder l'anonymat.

L'année dernière, dans la province d'Helmand, au sud du pays, plusieurs cas de viols et d'abus ont été mis au jour. Un gouverneur de district « détenait » un garçon de 15 ans, dont l'identité n'a été révélée que lorsqu'il a tué un soldat international.

Les violences liées au conflit continuent d'entraver l'accès des enfants à l'éducation. La plupart des violations telles que des incendies d'écoles, des intimidations et des menaces envers les enseignants sont le fait de groupes armés. Mais les écoles sont également utilisées par les forces progouvernementales pour mener des opérations.

En raison des violences croissantes à travers le pays, de plus en plus de jeunes cherchent à fuir à l'étranger.

« Malheureusement, le nombre de jeunes qui quittent le pays est actuellement en hausse », a dit à IRIN le général Aminullah Amarkhel, responsable d'Interpol, dans une récente interview.

Selon un rapport publié cette semaine par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l'Afghanistan est l'un des cinq pays dont sont originaires 55 pour cent des 45,2 millions de personnes déplacées. Un réfugié sur quatre vient d'Afghanistan, ce qui en fait la principale source de réfugiés.

Les enfants de moins de 18 ans représentent 46 pour cent des réfugiés dans le monde. En 2012, un nombre record de demandes d'asiles étaient déposées par des enfants, non accompagnés ou séparés de leurs parents.

D'après le rapport, les conflits sont la principale cause de ces demandes.

Selon M. Barr, « Avec l'ouverture du bureau du Qatar et peut-être enfin le début de négociations officielles entre le gouvernement et les Taliban, la priorité devrait être accordée aux questions comme la protection des civils et des enfants. »

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