La situation difficile des demandeurs d’asile et des réfugiés LGBTI

Les réfugiés et les demandeurs d’asile font face à de nombreux défis lorsqu’ils quittent leur pays, mais les lesbiennes, les gays, les bisexuels, les transgenres et les intersexués (LGBTI) se heurtent à des obstacles particulièrement difficiles, selon les spécialistes.

« Les demandeurs d’asile et les réfugiés LGBTI sont confrontés à un large éventail de menaces, risques ou vulnérabilités à tous les stades du cycle de déplacement », a dit à IRIN Volker Türk, directeur de la Division de la protection internationale au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Genève.

« De réels progrès ont été accomplis à travers le monde depuis la reconnaissance des demandes d’asile fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre dans les années 1980, mais les LGBTI continuent de souffrir aux mains de différents acteurs à cause de facteurs résiduels, comme la criminalisation et le scepticisme, alors qu’ils tentent de fuir l’oppression et de trouver la sécurité », a-t-il dit.

La nouvelle édition de la revue des Migrations Forcées (RMF), publiée le 29 avril, met l’accent sur les défis qui attendent les migrants et les demandeurs d’asile LGBTI.

Selon le HCR, les violences, les discriminations et les harcèlements dont sont victimes des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, réelle ou perçue, peuvent s’expliquer par le fait qu’elles semblent prôner un changement social non souhaité ou contre nature.

Les LGBTI quittent leur pays natal pour les mêmes raisons que les autres : pour fuir la guerre, la persécution et l’oppression ; pour poursuivre des études, trouver la stabilité, un emploi et la liberté. En cas de soulèvement ou de conflit, les minorités sexuelles deviennent des boucs émissaires ou sont la cible de campagnes de « nettoyage moral », ce qui aggrave la vulnérabilité inhérente aux situations de troubles, indiquent les activistes.

La persécution des LGBTI

Partout dans le monde, les LGBTI subissent la torture, la violence, la discrimination et la persécution. Ces actes sont parfois le fait de l’État et leurs auteurs restent souvent impunis.

Les actes homosexuels sont passibles de peine de mort dans cinq pays (l’Iran, la Mauritanie, l’Arabie saoudite, le Soudan et le Yémen), ainsi que dans certaines régions du Nigéria et de la Somalie, a indiqué en 2012 l’Association lesbienne et gaie internationale, l’organisation LGBTI la plus ancienne au monde et la seule fondée sur l’adhésion.

Selon les recherches conduites par Human Rights Watch, les gays iraniens quittent leur pays et rejoignent en général la Turquie pour échapper à la persécution d’État, tandis que des milliers de LGBTI ont demandé une protection internationale sur la base de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre en Europe au cours de ces dernières années.

Si seuls quelques pays disposent de données sur les LGBTI, la Norvège et la Belgique, qui suivent les décisions relatives aux demandes d’asile introduites en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, ont constaté une augmentation légère, mais régulière de ces décisions au cours de ces dernières années.

Entre 2008 et 2010, le nombre de décisions d’asile concernant les LGBTI en Belgique a augmenté, passant de 226 à 522. Au cours de la même période, le nombre de décisions est passé de 3 à 26 en Norvège.

Mais les pays hostiles aux droits des LGBTI disposent en général de peu d’informations – ou « Informations sur le pays d’origine » (Country of Origin Information, COI) dans la procédure d’asile – sur les maltraitances dont ces personnes sont victimes, a soutenu Christian Pangilinan, un avocat spécialiste du droit des réfugiés basé en Tanzanie, dans la revue des Migrations Forcées (RMF).

En ce qui concerne les personnes transgenres, les COI peuvent fournir aux agences des informations trompeuses, comme en Iran, où les autorités « autorisent le changement de sexe comme méthode obligée de prévention de l’homosexualité afin de ne pas avoir à soutenir les personnes trans », selon un chapitre de la RMF rédigé par des spécialistes de la question du genre.

Franchir les frontières géographiques et identitaires

La répétition des vérifications des documents présentés par les migrants peut se révéler particulièrement douloureuse pour les personnes transsexuelles ou transgenres. Si les normes internationales relatives aux documents de voyage prévoient officiellement le choix entre trois genres – signalés par les lettres capitales M, F ou X – seuls quelques pays ont décidé d’inclure la troisième catégorie, ce qui veut dire que les environnements de voyages ultra-sécurisés, comme les aéroports ou les campements d’urgence, peuvent devenir un lieu d’humiliation ou d’exclusion pour les personnes dont l’identité ou l’expression de genre ne correspond pas au sexe indiqué sur leurs documents de voyage.

La sexualité et le genre sont des questions personnelles, des questions de nuance. Selon des études réalisées par des psychologues, certaines personnes n’ont pas eu la liberté d’exprimer ou de vivre leur orientation sexuelle ou leur identité de genre profondément ressentie, et leur apparence ne correspond pas toujours à ce que ces personnes ressentent – au point, pour certaines, de vivre une relation hétérosexuelle.

La durée des procédures d’asile s’accroît, si bien qu’un demandeur peut changer d’identité au cours de la procédure de migration ou de demande d’asile, ce qui complique la situation d’un point de vue personnel et administratif ; le demandeur risque de subir de nouvelles discriminations ou maltraitances.

Les Notes d’orientation du HCR sur les demandes de reconnaissance du statut de réfugié relatives à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre reconnaissent progressivement que « l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont des concepts généraux qui laissent une place à l’auto-identification » qui peut « évoluer tout au long de la vie ».

Néanmoins, selon les Principes directeurs de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, les attitudes discriminatoires fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre suggèrent que les autorités mettent en doute la crédibilité des LGBTI.

« Personne ne devrait être forcé de dissimuler, changer ou renoncer à son identité pour éviter des persécutions ; c’est un principe fondamental du droit des réfugiés et il s’applique également à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre », a dit à IRIN M. Türk du HCR.

Sûreté et sécurité

« On nous harcèle, parfois on nous frappe dans les camps », a dit Yoman Rai, un réfugié bhoutanais de 19 ans installé dans un camp au Népal. « Il y a une unité de protection et un mécanisme de plainte, mais on a encore des problèmes », a-t-il dit, ajoutant qu’une femme transgenre avait été battue par des personnes installées dans le camp le mois dernier.

Il est difficile d’assurer la sécurité dans les camps de réfugiés en raison de nombreux facteurs. Les membres de la communauté LGBTI sont particulièrement vulnérables. Les cas de violence sexuelle sont fréquents, mais ils sont rarement signalés, parce que l’on ne pose pas les bonnes questions et que les survivants de violences sexuelles hésitent à signaler ces maltraitances pour ne pas avoir à « révéler leur orientation » aux autorités.

M. Rai a expliqué : « Bon nombre de Bhoutanais préfèrent ne révéler leur orientation sexuelle qu’aux travailleurs de proximité, car ils pensent encore que le fait d’être un LGBT leur fait courir des dangers et aura un impact négatif sur leur procédure de réinstallation » .Il a ajouté que le réseau d’éducateurs de proximité était géré par une organisation non gouvernementale (ONG) népalaise de défense des droits des LGBTI.

Les personnes transgenres installées dans les lieux d’hébergement d’urgence – comme les campements et les logements destinés aux réfugiés - sont confrontées à des défis spécifiques. L’accès aux infrastructures séparées pour les hommes et les femmes, comme les dortoirs et les toilettes, peut se révéler périlleux. Des chercheurs essayent de trouver des solutions pour que les résidents LGBTI soient protégés et respectés dans les centres de détention pour immigrés, a expliqué un spécialiste des prisons basé aux États-Unis dans la RMF.

Les recherches sur les migrants LGBTI installés en zone urbaine ont montré que les villes pouvaient être des lieux peu accueillants et mal connus, et que l’accès aux services sociaux de base était limité par le manque de ressources locales, par le fait que les étrangers étaient exclus et par les limitations imposées à l’accès, notamment les barrières financières, langagières et culturelles.

« L’isolement est le facteur le plus inquiétant pour ces migrants », a dit Neil Grungras, directeur exécutif de l’Organisation pour le refuge, l’asile et la migration (ORAM), un important groupe de défense des réfugiés qui ont fui les persécutions fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Les statistiques fournies par le HCR montrent que les procédures engagées par les réfugiés s’étendent sur 17 ans en moyenne. Toutes ces situations risquent donc d’affecter une part significative de la vie de ces personnes.

Les populations migrantes ont, en général, davantage de risques de contracter le VIH en raison des bouleversements qui les affectent et des déplacements qu’elles effectuent, et selon l’ONUSIDA, elles sont rarement prises en compte dans les politiques de lutte contre le VIH mises en œuvre par les pays hôtes.

« Il est impératif que les organisations d’aide aux réfugiés identifient les meilleurs moyens de leur offrir une protection, comme l’accès à un hébergement sûr, l’accélération des procédures de réinstallation et, si possible, la mise en place d’une collaboration avec la police et les comités de réfugiés afin de répondre aux menaces de violences spécifiques », a dit Duncan Breen, un haut responsable du programme de protection des réfugiés mis en place par Human Rights First.

Des environnements en évolution

Selon de récents rapports et déclarations des Nations Unies, la communauté internationale accorde davantage d’attention à la question des droits des LGBTI.

Les programmes mis en œuvre par les agences prennent désormais en compte les questions relatives à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre.

Ainsi, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a lancé un projet de « lieu sûr » pour les réfugiés installés dans l’un de ces quatre centres de soutien à la réinstallation établis dans le cadre du Programme américain d’admission des réfugiés.

Jennifer Rumbach, directrice du Centre de soutien à la réinstallation de l’OIM en Asie du Sud, a dit à IRIN que le programme a pour objectif de soutenir les réfugiés LGBTI à « chaque étape de la procédure – que ce soit lors de la fourniture de conseils, lors des entretiens, de l’orientation, du voyage ou après l’arrivée …

« Révéler son orientation sexuelle et son identité de genre à l’étranger est positif pour les réfugiés, car cela leur garantit que nous leur offrirons des services adaptés et respectueux, que nous leur poserons des questions importantes pour préparer leur réinstallation et que nous essayerons de leur obtenir toute aide spécifique dont ils pourraient avoir besoin dans l’attente de leur réinstallation », a-t-elle expliqué.

Mais M. Grungras de l’ORAM a exprimé une mise en garde : « Il est très important que nous parlions aux réfugiés et aux migrants selon leurs propres conditions – pour les comprendre comme ils se comprennent eux, et non pas pour les étiqueter comme « LGBTI » simplement parce que cela correspond à nos programmes ».

En dépit des défis rencontrés, comme le manque de termes respectueux utilisés dans certaines langues pour parler des minorités sexuelles et de genre, les programmes mis en œuvre par l’OIM visent également à utiliser la terminologie locale.

« S’il est important que notre personnel comprenne les termes relatifs à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre utilisés par la communauté internationale, il nous faut aussi faire des efforts pour utiliser une terminologie locale pertinente et respectueuse sur nos panneaux, dans notre documentation et dans nos scénarios d’entrevue et de conseil », a dit M. Rumbach.

Pour aider et protéger les migrants LGBTI, il faut faire preuve de nuance et d’ouverture d’esprit, comprendre l’évolution des identités, connaître les cadres juridiques et le potentiel programmatique.

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