Le conflit et les rapatriés menacent la sécurité alimentaire au Soudan du Sud

La sécurité alimentaire au Soudan du Sud se détériore à cause du conflit incessant, des prix alimentaires élevés et du retour massif de familles de réfugiés et de personnes déplacées.

Selon les déclarations du bureau de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Soudan du Sud à IRIN, les États des Lacs, du Bahr el Ghazal occidental et de l’Unité sont les plus touchés, car au moins 1,5 million de personnes y sont menacées par l’insécurité alimentaire à mesure que la saison des pluies avance.

Actuellement au Soudan du Sud, l’aide alimentaire et aux moyens d’existence cible 2,86 millions de personnes, y compris quelque 670 000 réfugiés et personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP), d’après le Programme alimentaire mondial (PAM).

Insécurité

L’insécurité généralisée perturbe l’accès à l’alimentation et aux habitations. Dans l’État de Jongleï, par exemple, l’insécurité restreint « l’accès aux aliments sauvages et aux sources de revenus telles que la collecte et la vente de bois de chauffe, de charbon de bois et d’herbe », constate le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET).

Selon la FAO, « l’insécurité permanente dans certaines parties du Jongleï a conduit au déplacement des populations et à une restriction de l’accès aux terres durant la période cruciale où les ménages agricoles se préparent pour la saison prochaine ».

L’insécurité au Jongleï « a touché des dizaines de milliers de civils pris dans des affrontements ou fuyant leurs habitations à la recherche d’aide et de sécurité », d’après un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), qui ajoute que l’ampleur des déplacements reste inconnue à cause des contraintes d’accès

« L’augmentation de l’insécurité au Jongleï (notamment la route qui relie Bor à Pibor où l’action des organisations humanitaires a été suspendue) et dans d’autres parties du Soudan du Sud pourrait dissuader les transporteurs commerciaux d’accepter d’apporter de la nourriture le long des itinéraires où il y a eu des attaques. Cela pourrait avoir un impact sur notre capacité à acheminer les stocks pour couvrir des zones qui deviendront inaccessibles pendant la saison des pluies »

L’insécurité est également un obstacle dans la lutte contre les épidémies de septicémie hémorragique et de fièvre de la côte orientale souvent mortelles pour le bétail. L’élevage est une activité de subsistance importante au Jongleï.

De plus, plusieurs routes importantes restent bloquées au Jongleï.

« L’augmentation de l’insécurité au Jongleï (notamment la route qui relie Bor à Pibor où l’action des organisations humanitaires a été suspendue) et dans d’autres parties du Soudan du Sud pourrait dissuader les transporteurs commerciaux d’accepter d’apporter de la nourriture le long des itinéraires où il y a eu des attaques. Cela pourrait avoir un impact sur notre capacité à acheminer les stocks pour couvrir des zones qui deviendront inaccessibles pendant la saison des pluies », a déclaré à IRIN par courriel Andrew Odero, coordonnateur du secteur sécurité alimentaire et moyens d’existence au Soudan du Sud.

Le 9 avril, un convoi des Nations Unies a été attaqué entre Bor et Pibor, causant la mort de neuf membres du personnel des Nations Unies et de trois entrepreneurs civils.

Selon l’OCHA, entre le 1er janvier et le 31 mars, au moins 109 incidents violents ont été enregistrés au Soudan du Sud, ce qui a causé un nouveau déplacement de 12 433 personnes.

Retours de PDIP à Abyei

Il y a aussi des inquiétudes concernant la sécurité alimentaire dans la région disputée d’Abyei, à cause des prix alimentaires élevés et de l’afflux de PDIP de retour. Abyei se situe à cheval sur la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud : un référendum doit déterminer en octobre prochain à quel pays appartient Abyei.

« L’amélioration de la sécurité et le référendum anticipé ont poussé les PDIP à retourner dans [la] région d’Abyei », déclare un rapport d’évaluation de la sécurité alimentaire à Abyei du FEWSNET.

Les retours de PDIP ont commencé après le déploiement de la Force de sécurité intérimaire des Nations Unies pour Abyei (UNIFSA) au milieu de l’année 2011. Depuis lors et jusqu’en février 2013, au moins 60 000 rapatriés originaires des États de Warab et de Bahr el Ghazal du Nord ont été recensés. À ceux-ci viendront s’ajouter les 30 000 PDIP supplémentaires attendus de mars à juin. « Cela devrait aggraver les niveaux d’insécurité alimentaire, à cause de la charge supplémentaire que cela va représenter pour les services déjà fragilisés et de l’incapacité [des] gens à assurer leurs moyens d’existence », indique le FEWSNET.

L’approvisionnement limité sur le marché a maintenu les prix élevés à Abyei, ajoute le FEWSNET.

Selon un rapport de l’OCHA, malgré une période de calme relatif dans cette région, près de 3 700 personnes sont touchées par l’insécurité liée à la migration du bétail. « La situation est particulièrement préoccupante dans le nord de la région, où il y a une interface directe entre les communautés Misseriya et Dinka. Dans ces zones, les communautés sont en concurrence pour l’eau et les pâturages, en particulier vers la fin de la saison sèche ».

Rapatriés du Soudan

L’afflux de rapatriés et de réfugiés dans certaines régions du Soudan du Sud pose également un problème.

« Le Nil supérieur est confronté à une situation des plus délicates au Soudan du Sud. Il abrite l’une des plus grandes populations de rapatriés, de réfugiés (qui fuient l’insécurité et le conflit au Soudan) et de PDIP (en provenance de l’État voisin de Jongleï) », a déclaré à IRIN par courriel Joanna Dabao de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

« Cela pèse lourdement sur les ressources limitées des communautés hôtes. Cette situation complexe crée un obstacle à une réintégration durable, avec des milliers de rapatriés qui ont désespérément besoin d’une aide d’urgence », a-t-elle déclaré.

Actuellement, au moins 20 000 rapatriés se trouvent dans l’État du Nil supérieur, environ 19 800 dans le comté de Renk et 840 dans le comté de Malakal, a déclaré Mme Dabao. « À cause des violences incessantes de ces deux dernières années le long de[s] autre[s] frontière[s] (Nil Bleu, Kordofan méridional, Abyei et région du Darfour), Renk était et continue d’être considéré comme le point d’entrée le plus sûr du Soudan du Sud ».

« Pourtant, la majorité des rapatriés qui arrivent au Soudan du Sud par Renk veulent s’établir dans la province de Bahr el Ghazal mais n’ont pas les moyens de s’y rendre », a-t-elle ajouté.

Depuis 2011, l’OIM a aidé au moins 40 000 personnes à retourner chez elles depuis le Soudan et a enregistré au moins 1,88 million de rapatriés au Soudan du Sud depuis 2007.

Mais les rapatriés du Soudan manquent souvent des aptitudes, de l’expérience et des réseaux sociaux nécessaires pour supporter la charge d’une vie rurale au Soudan du Sud, explique la FAO, ajoutant que « la sécurité alimentaire dans les régions où retournent les gens est insuffisante à cause de la pression accrue [sur] les services sociaux, de la pauvreté, du chômage et du manque d’avoirs productifs ».

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