Afghanistan - le pays le plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires

D’après le nouveau rapport publié récemment par le Bureau de sécurité des ONG en Afghanistan (ANSO), les attaques contre les travailleurs humanitaires en Afghanistan sont susceptibles d’être en 2013, aussi nombreuses qu’en 2011, considérée comme l’année la plus mortelle. Le pays est en effet le plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires.

Les derniers chiffres, comprenant uniquement les incidents touchant le personnel des ONG [organisations non gouvernementales] sans compter les travailleurs humanitaires des Nations Unies, révèlent que, dans les trois premiers mois de cette année, les ONG ont été affectées par 39 différents incidents de violence, soit une augmentation de 63 pour cent par rapport à 2012. Vingt incidents ont été attribués à des groupes d’opposition armés, onze aux forces progouvernementales et huit à des criminels.

Le dernier incident de violence contre des travailleurs humanitaires, qui n’apparaît pas dans le rapport, a eu lieu le 15 avril. Deux membres d’une équipe médicale du Croissant-Rouge afghan ont été tués et deux autres blessés par des hommes armés qui les ont attaqués alors qu’ils revenaient de Sheberghan, la capitale de la province de Jowzjan.

« Il semblerait que ce soit un acte délibéré, cependant, nous ne pouvons pas émettre des hypothèses sur les auteurs de ces actes. L’emblème du Croissant-Rouge afghan était pourtant bien en évidence sur le véhicule », a déclaré à IRIN Gherardo Pontrandolfi, responsable de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Kaboul.

« C’est une tragédie, non seulement pour les familles des défunts, mais aussi pour tous ceux qui ont besoin de soins médicaux, car dorénavant les équipes comme celles-ci pourraient trouver encore plus difficile de travailler dans certaines régions du pays », a déclaré M. Pontrandolfi dans un communiqué.

L’augmentation du nombre d’attaques contre les travailleurs humanitaires est à l’image de l’augmentation de tous les types d’attaques dans tout le pays, a déclaré à IRIN Tomas Muzik, directeur de l’ANSO.

« L’an dernier, nous avons constaté beaucoup moins d’actes d’opposition sur le terrain en raison des conditions hivernales, ce fut d’ailleurs la première année où les forces internationales ont commencé à réduire leurs effectifs.

« Cette année est tout à fait différente. Nous constatons à nouveau une augmentation de 47 pour cent des attaques d’opposition [dans l’ensemble]. Ces données du seul premier trimestre laissent présager que cette année sera aussi ou presque aussi violente que 2011 pour les travailleurs des ONG ».

Des travailleurs humanitaires vulnérables

Selon le rapport sur la sécurité des travailleurs humanitaires de 2012, qui englobe les intervenants des ONG et ceux des Nations Unies, 308 travailleurs humanitaires ont été tués, enlevés ou blessés dans le monde entier en 2011, contre 245 en 2010.

Ce sont les chiffres les plus élevés jamais enregistrés et l’Afghanistan est le pays où il y a eu le plus grand nombre d’attaques cette année avec 51 des 151 incidents violents constatés dans le monde. Dans ces attaques en Afghanistan, 31 travailleurs humanitaires ont été tués, 29 blessés et 32 enlevés.

Ce même rapport sur la sécurité indique que les travailleurs humanitaires sont plus vulnérables dans les États fragiles et instables où se déroulent des conflits armés.

« Il y a tant de violence que les ONG, du fait de leur présence sur le terrain, sont très exposées. Elles ne sont pas visées mais sont les victimes accidentelles des tirs de roquettes », a déclaré M. Muzik.

En plus des violences liées à l’opposition, les ONG constatent une recrudescence des intrusions dans leurs chantiers par les forces de sécurité afghanes et internationales. Selon les chiffres de l’ANSO, ces intrusions sont passées de trois l’an dernier à 11 cette année.

Les groupes antigouvernementaux sont à l’origine de 40 à 60 pour cent des attaques contre les ONG, mais dans la plupart des cas, elles sont considérées comme des dommages collatéraux ou comme accidentelles plutôt que comme des attaques ciblées, selon le rapport de l’ANSO.

« Nous savons que ni l’Émirat islamique d’Afghanistan, ni les talibans, ni les autres factions comme le Hezb-e-Islami Gulbuddin (HIG) ne sont politiquement opposés à la présence d’ONG dans le pays », a déclaré M. Muzik.

L’ANSO met également en évidence un déclin des infractions pénales perpétrées contre les travailleurs humanitaires en milieu rural. Au cours des trois premiers mois de l’année dernière, l’Afghanistan comptait cinq victimes parmi les ONG, toutes liées à des activités criminelles. Cette année, pour la même période, neuf cas d’attaque d’opposition contre des ONG ont été constatés.

Accès humanitaire précaire

Civils et travailleurs humanitaires côtoient les forces de sécurité officielles, les milices armées et les groupes criminels, et il n’est pas simple de les différencier, d’après les recherches menées par Human Rights Watch.

Les groupes humanitaires passent beaucoup de temps à négocier un accès humanitaire, mais les analystes et les responsables s’accordent à dire que l’organisation interne des groupes antigouvernementaux étant instable, les hommes armés sur le terrain n’agissent pas toujours sous le contrôle de leurs dirigeants.

La situation est compliquée en Afghanistan notamment pour les acteurs humanitaires (organisations humanitaires des Nations unies et ONG) qui souhaitent se démarquer de la Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), une mission politique qui travaille en étroite collaboration avec le gouvernement.

« En tant qu’humanitaires, nous souhaitons prendre nos distances avec tout cela », a déclaré un responsable humanitaire des Nations Unies en Afghanistan, qui a souhaité rester anonyme, en faisant allusion à la MANUA.

« Mais pour les gens sur le terrain, dans les villages, il s’agit toujours des Nations Unies », a-t-il dit.

Perspectives

Les forces internationales continuent le processus de transfert de responsabilité de la sécurité aux forces gouvernementales afghanes, ce qui fera probablement évoluer la situation au cours des deux prochaines années.

Un récent rapport de l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI) affirme que les agences humanitaires devront collaborer davantage avec les forces d’opposition après le départ des forces de sécurité internationales.

« Les négociations avec les talibans concernant l’accès des organisations humanitaires seront essentielles en 2014. Il sera alors indispensable de mettre en place des politiques de coopération efficaces pour pouvoir atteindre tous les Afghans dans le besoin », affirme le rapport.

Cela signifie que les ONG devront établir des politiques de coopération claires si elles veulent pouvoir opérer en toute sécurité dans tout le pays, a déclaré M. Muzik.

« Les ONG pourront opérer efficacement en Afghanistan si nous sommes en mesure de négocier un accès avec les combattants et si ceux-ci ne prennent pas pour cible les ONG », a-t-il dit.

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