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Nécessité d’élaboration d’une meilleure planification urbaine pour éviter les catastrophes

COLOMBO, 11 avril 2013 (IRIN) - Alors que la population continue de croître dans toutes les mégalopoles, les décideurs politiques – et plus particulièrement ceux des pays en développement – ont besoin d’une planification urbaine qui leur permettra de faire face aux effets des catastrophes naturelles dans ces régions.

La population urbaine des pays en développement devrait doubler d’ici à 2030, pour s’établir à quatre milliards d’habitants, soit deux milliards de plus qu’au début du siècle, selon un récent rapport de la Banque mondiale sur la planification urbaine.

La structure physique de ces villes devrait tripler, pour atteindre 600 000 kilomètres carrés d’ici 2030, a révélé le rapport, notant que la mise en œuvre des bonnes politiques urbaines est « la condition d’une croissance résiliente et durable ».

Abhas K. Jha, responsable sectoriel en charge de la gestion urbaine et des risques de catastrophes pour l’Asie de l’Est et le Pacifique à la Banque mondiale, basé à Washington, DC, a dit à IRIN qu’il était essentiel que les autorités gouvernementales développent la « résilience » des villes face aux catastrophes.

Nécessité d’une évaluation des risques

« L’évaluation des niveaux de risque, l’analyse coûts-avantages des interventions disponibles et l’inventaire des capacités et des ressources financières peuvent aider les décideurs politiques des villes ou des gouvernements nationaux à prioriser les actions concrètes », a dit M. Jha.

La première étape consiste à comprendre les risques au niveau national, régional et municipal, a-t-il ajouté.

« Nous savons qu’une catastrophe peut anéantir des années de progrès, et que [ces] effets peuvent être ressentis dans la région et même dans le monde à travers la chaîne d’approvisionnement et la structure des échanges », a indiqué l’expert de la Banque mondiale.

O.P. Agrawal, spécialiste du transport urbain et co-auteur du rapport de la Banque mondiale, a indiqué que la planification est essentielle pour éviter le coût exorbitant des catastrophes. « Plus tôt vous planifiez les villes, même les villes qui sont déjà importantes, plus ce sera rentable ».

La présence d’un organisme chef de file est bénéfique, a-t-il dit, « afin d’avoir une bonne planification urbaine en place » ; ainsi, les services municipaux auront connaissance des projets mis en œuvre par les autres services, les services d’urgence urbains seront gérés d’une manière plus efficace et l’utilisation des terres sera plus aisément réglementée.

Inondations urbaines

C’est en Asie du Sud que l’on retrouve quelques-unes des villes à la croissance la plus rapide du monde. Parmi les principales villes de la région figurent Dacca, capitale du Bangladesh, qui compte entre 13 et 15 millions de personnes, soit 37 pour cent de la population du pays, et Colombo, capitale du Sri Lanka, qui compte 753 000 habitants. Ces deux villes, qui sont les principaux moteurs économiques de leur pays, sont sujettes aux catastrophes naturelles, et notamment aux inondations.

« Si l’on se penche sur l’impact économique, les inondations urbaines sont de plus en plus coûteuses, alors que les pays à revenu faible et à revenu intermédiaire continuent à voir leur population urbaine croître », a dit M. Jha.

Neuf des dix villes qui devraient être les plus exposées aux inondations côtières d’ici 2070 se trouvent en Asie, selon un rapport de la Banque mondiale de 2010.

M. Jha a dit à IRIN que plusieurs villes – y compris Chicago, New York et Seattle aux États-Unis; Enköping en Suède; Djakarta en Indonésie et Manille aux Philippines – ont intégré la protection contre les inondations dans leurs politiques de planification.

Suite aux inondations prolongées qui ont frappé la Thaïlande pendant plusieurs mois à partir d’octobre 2011, les experts ont dit à IRIN que les principaux moyens de prévenir les inondations urbaines incluent le développement – et l’actualisation – d’un « plan directeur » d’urbanisme qui protège les concentrations de capital économique et humain ; la diversification des projets de développement afin de ne pas surcharger une ville ; le renforcement de la gestion des ressources en eaux ; la participation du secteur privé à la gestion du contrôle des inondations ; et la réévaluation des systèmes de contrôle des inondations.

Inde

L’Inde, dont la population urbaine ne cesse de croître – au cours de la dernière décennie, elle a augmenté de 90 millions d’habitants – tient de plus en plus compte de ces conseils. Dans les pays densément peuplés, comme la Chine et l’Inde, une catastrophe de moindre ampleur peut affecter des millions de personnes.

« Nous devons protéger ces millions de personnes », a dit Asesh Maitra, ancien directeur de l’École de planification et d’architecture de New Delhi.

L’Autorité de gestion des catastrophes naturelles indienne (NDMA), présidée par le Premier ministre, élabore les politiques nationales de gestion des catastrophes. Les ministres en chef de chacun des 28 États indiens et les responsables des 640 comités de district adaptent ces politiques aux lois locales.

« Des changements sont en cours. Les codes pour la résistance aux tremblements de terre et aux cyclones relatives aux constructions ont été modifiés pour qu’elles résistent aux catastrophes. Il y a également un institut de gestion des risques qui forme du personnel [public et privé] », a dit M. Maitra.

L’institut, qui était intégré à la NDMA, organise des formations, mène des recherches et rédige des documents de manière autonome ; il fournit également des conseils et des analyses politiques.

Les experts indiquent cependant que l’Inde doit être plus proactive.

Le rapport de la Banque mondiale a pris pour exemple la politique de planification urbaine mise en œuvre à Bombay : la ville a préféré préserver de larges zones de densité relativement faible et uniforme – afin de ne pas surcharger les infrastructures de la ville – plutôt que d’imposer un plafond basé sur la capacité et la largeur des rues, comme c’est le cas dans le quartier de Manhattan, à New York. Le rapport conclut que l’approche relative à l’uniformité de la densité favorise l’étalement, tandis que la hausse de la valeur des terres qui accompagne l’augmentation de la densité pourrait permettre de financer de meilleures infrastructures.

M. Agrawal, l’ancien fonctionnaire administratif, a indiqué que l’Inde doit promouvoir « les villes compactes » qui concentrent les équipements, comme le logement, les transports et les services publics, dans les zones où les personnes sont les plus susceptibles de déménager ou dans celles où elles habitent.

Un regroupement des services et un service de transport en commun efficace favorisent une meilleure utilisation des terres, facilitent la réponse aux urgences, l’entretien des zones de drainage, des zones de rétention des eaux et des voies d’eau, et permettent de lutter contre l’étalement – qui peut engendrer des catastrophes urbaines, a-t-il expliqué.

La réponse aux inondations éclair au Sri Lanka 

Les urbanistes qui s’efforcent de protéger Colombo des inondations éclair fréquentes et coûteuses savent pourquoi la ville est si souvent inondée.

L’une des causes est hors de leur contrôle : le changement du régime climatique s’est traduit par la chute de pluies subites de courte durée et abondantes dans cette ville densément peuplée. Certaines causes sont évitables : les voies d’eau sont obstruées et les zones de rétention d’eau ne sont pas suffisantes.

« Au cours des dix dernières années, nous avons perdu 30 pour cent de la capacité de rétention d’eau [à Colombo] », a dit Rohan Seneviratne, secrétaire auxiliaire au ministère de la Défense et du Développement urbain. Ces pertes sont liées à la mise en valeur de terres aménagées pour des constructions illégales, y compris les marais et les zones humides, a indiqué ce fonctionnaire.

Les inondations de mai 2010, causées par des précipitations de plus de 500 mm en seulement 24 heures (environ un quart des précipitations moyennes annuelles), ont provoqué quelque 50 millions de dollars de pertes dans la ville, selon une évaluation interne réalisée par la Banque mondiale.

Aujourd’hui, le gouvernement fait creuser six nouveaux lacs autour de la capitale afin d’améliorer le stockage des eaux de pluie. Il prévoit également la construction de stations de pompage à des endroits clés pour évacuer plus rapidement les eaux de crue vers la mer en cas de tempête.

Les lacs artificiels et les stations de pompage font partie d’un projet de 233 millions de dollars ; principalement financé par la Banque mondiale, il a été lancé à la mi-2012.

Le projet d’élargissement des voies d’eau doit prendre fin en 2017.

ap/pt/rz-mg/amz

Theme (s): Catastrophes naturelles, Urbanisation,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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