Lire l'article en: English

Les agriculteurs de Madagascar touchés par une succession de catastrophes

SAINT-AUGUSTIN, 10 avril 2013 (IRIN) - Les agriculteurs de la province de Tuléar, située au sud-ouest de Madagascar, ont été frappés par des inondations, puis par des invasions de criquets pèlerins, qui menacent la sécurité alimentaire de l’une des régions les plus pauvres du pays.

Tsitindry, un agriculteur de 52 ans originaire de Fénérive, à environ 100 km au sud de la ville de Tuléar, tire d’habitude un revenu correct de ses sept hectares de terres. « Pendant les années où les précipitations étaient bonnes, je pouvais produire 100 sacs de riz et 70 sacs de haricots. Nous en mangions environ 30 pour cent et nous vendions le reste sur le marché. Grâce aux profits réalisés, nous achetions ce dont nous avions besoin ; grâce à nos économies, nous avons pu acheter quatre zébus [bétail à bosse] », a-t-il dit à IRIN.

En février 2013, la région a été frappée par le cyclone Haruna et les champs de riz et de maïs de Tsitindry ont été inondés et entièrement détruits. Il a vendu deux de ses zébus pour gagner un peu d’argent et a attendu que l’eau se retire pour planter des légumes, mais aujourd’hui, des essaims de criquets pèlerins ont envahi ces champs.

« Chaque matin, nous nous rendons dans les champs et nous tapons dans nos mains pour effrayer les insectes », dit-il. « J’ai acheté des pesticides, mais il y a beaucoup trop d’insectes. Nos insecticides traditionnels – composés d’excréments de zébu, de chili en poudre et de graines de margousier – n’ont aucun effet non plus, car je n’ai pas suffisamment d’argent pour acheter du chili et les margousiers ne produisent pas de graines en ce moment. Pendant la journée, nous restons dans les champs pour nous assurer que les criquets ne reviennent pas pour dévorer les plantes restantes ».

La semaine dernière, les Dahalo, des voleurs de bétail qui terrorisent le sud du pays, ont volé les deux dernières vaches de Tsitindry. Il s’est résolu à brûler des arbres pour obtenir du charbon de bois qu’il vend afin de gagner un peu d’argent.

« Au cours de ces dernières semaines, un nombre important d’agriculteurs sont venus de villages éloignés pour nous demander de l’aide », a dit Dieu Donne Hajasoa, un conseiller technique de l’ITAFA (Ivotoerana TAntsoroka ho amin'ny FAmpivoarana). Destiné aux agriculteurs et aux pêcheurs, ce centre d’information financé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) se trouve à Saint-Augustin, un village de pêcheurs situé à 35 km de la ville de Tuléar.

« Pendant la journée, nous restons dans les champs pour nous assurer que les criquets ne reviennent pas pour dévorer les plantes restantes »
« Les agriculteurs ont besoin de conseils pour nettoyer leurs champs et de pesticides pour se débarrasser des criquets. Sur 25 hectares, au moins 10 ont été détruits par les inondations. Il a fallu une semaine pour que l’eau se retire. Et une semaine plus tard, les criquets sont arrivés et il ne restait plus que deux hectares de cultures. Nous avons informé les autorités de Tuléar, mais elles n’ont pas les ressources suffisantes pour s’occuper de ces champs ».

Les criquets pèlerins prolifèrent
 
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le cyclone Haruna a non seulement détruit des champs et des maisons, mais aussi créé les conditions idéales pour la reproduction des criquets pèlerins. Presque la moitié de Madagascar est aujourd’hui infestée par des essaims d’insectes sauteurs et volants, chacun comptant des milliards d’insectes qui dévorent les plantes. La FAO estime qu’environ les deux tiers du pays seront affectés par l’invasion acridienne d’ici septembre 2013 si aucune mesure n’est prise. L’agence s’est fixée comme objectif de collecter 41 millions de dollars pour répondre à l’urgence actuelle et mettre en œuvre une stratégie sur trois ans afin de prévenir de nouvelles invasions.
Depuis le début de la crise politique malgache en 2009, le Centre national antiacridien (CNA) n’a pas été en mesure de mener les actions de prévention nécessaires en raison, notamment, d’un manque de fonds.

Ailleurs dans la province de Tuléar, les agriculteurs et les citadins ont du mal à reconstruire leur vie depuis le passage du cyclone Haruna. « Le cyclone a frappé pendant la nuit et nous avons mis nos sacs sur le toit. Le matin, nous étions contents, car la pluie s’était arrêtée et la maison était en bon état. C’est à ce moment-là que les gens ont commencé à courir en haut de la colline. Le barrage venait de céder et l’eau montait vite. Nous avons emmené les enfants sur les hauteurs et nous sommes retournés à la maison pour sauver les meubles, mais nous avons dû nager pour rejoindre la maison. Nous avons juste réussi à fermer les fenêtres », a dit Tiandrainy, un enseignant à la retraite de 52 ans qui a vécu dans la rue avec sa famille en attendant que les eaux de crue se retirent.
 
Manque d’aide

Deux semaines ont passé avant que la famille ne reçoive de l’aide, et Tiandrainy a été obligé d’emprunter de l’argent à un taux d’intérêt de 50 pour cent pour survivre. Aujourd’hui, il a aujourd’hui des difficultés à rembourser ce prêt. Il est directeur du groupe d’un programme nourriture contre travail mis en œuvre par CARE International et par le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies. Grâce à ce programme, il peut nourrir sa famille, tandis que sa femme essaye de gagner sa vie en tant que commerçante. « Nous essayons de ne pas manger toute la nourriture tout de suite et d’en mettre de côté pour plus tard. Le programme ne durera qu’un mois et l’argent gagné par ma femme nous permet de rembourser notre dette », a-t-il dit à IRIN.

Les agriculteurs de la région font pousser des légumes et les vendent sur les marchés de la ville, mais les champs ont été détruits par les inondations. À Miary, un site de distribution du PAM établi en périphérie de Tuléar, des travailleurs humanitaires comptent avec précision des tasses de maïs. Clémentine Claudette et ses huit enfants font partie des 3 500 personnes qui bénéficient de l’aide alimentaire en échange du nettoyage d’un canal d’irrigation, tandis que son mari essaye de planter quelques pieds de maïs.

« Nous nous sommes rendus aux champs le lendemain des inondations », a dit à IRIN Mme Claudette. « Pendant quelques jours, nous avons ramassé des épis presque mûrs pour les manger, mais au bout de quelques jours, tout était mort. L’eau a mis presque un mois pour se retirer. On aurait dit que nos champs avaient été brûlés ; il n’y avait plus que des plantes mortes. Après cela, nous avons demandé de la nourriture à notre famille ».

Le programme nourriture contre travail va bientôt prendre fin, mais la famille devra attendre quatre mois pour profiter de la prochaine récolte. « Nous essayerons de nous en sortir en faisant des petits boulots, comme transporter du bois en ville et produire du charbon de bois », a dit Mme Claudette.

Selon les chiffres du PAM, le cyclone Haruna a affecté plus de 50 000 personnes dans la région. Trente-deux mille personnes ont accès à l’aide d’urgence et plus de 13 000 autres personnes se sont inscrites à des programmes nourriture contre travail. Dans la ville de Tuléar, où les produits alimentaires sont à nouveau disponibles sur les marchés, ces programmes deviendront des programmes argent contre travail dès le mois de mai.

ar/ks/he-mg/amz

Theme (s): Sécurité alimentaire, Catastrophes naturelles,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

Partager l’article

Commentaire