Baisse de l’aide humanitaire mondiale due à la crise dans les pays riches

Selon le dernier rapport de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), l’Aide publique au développement (APD) continue de diminuer alors que les pays riches sont en proie à une crise financière mondiale toujours présente et à une zone euro en difficulté. D’après les conclusions du rapport, l’aide a diminué de quatre pour cent en 2012 en comparaison avec 2011, ce qui constituait déjà une baisse de deux pour cent par rapport à 2010.

C’est la première fois depuis 1996-1997 que l’aide baisse sur deux années consécutives.

La majeure partie de l’aide, environ 125,6 milliards de dollars en 2012, provient toujours des membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, mais des donateurs émergents comme l’Arabie saoudite, la Turquie et les pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) occupent une place de plus en plus importante dans l’aide humanitaire.

Voici les principales tendances de l’APD de ces dernières années :

Le rôle toujours clef des principaux bailleurs de fonds - Les pays du G7 ont fourni 70 pour cent du montant total net de l’APD du CAD en 2012, la participation des pays de l’UE du CAD s’élevant à 51 pour cent. L’APD a augmenté dans neuf pays, les plus grandes hausses provenant de l’Australie, de l’Autriche, de l’Islande, de la Corée et du Luxembourg. Quinze pays ont enregistré des baisses de dons, les plus grandes réductions venant des pays les plus durement touchés par la crise de la zone euro (Espagne, Italie, Grèce et Portugal).

Les plus importants donateurs du CAD ont été les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le Japon. Certains pays ont donné des parts importantes de leur PNB (Produit national brut) à l’APD, le Luxembourg, la Suède, la Norvège, le Danemark et les Pays-Bas ayant même donné plus de 0,7 pour cent du PNB, l’objectif fixé par les pays riches pour la première fois en 1970 et réaffirmé à plusieurs reprises depuis. Le Royaume-Uni a récemment confirmé qu’il réserverait 0,7 pour cent de son nouveau budget au développement international. En moyenne, cependant, la part des pays du CAD pour l’aide mondiale s’élevait à 0,43 pour cent de leur PNB en 2012.

Les pays du CAD durement touchés – Certains des plus grands bailleurs de fonds mondiaux subissent des crises économiques internes qui limitent leurs dépenses d’APD ; le Japon, l’Espagne et la Grèce ont connu une croissance négative, tandis que la croissance des États-Unis était de moins de deux pour cent en 2011 et que le PNB du Royaume-Uni a augmenté de moins d’un pour cent.

L’augmentation des donateurs non traditionnels – La participation des pays donateurs émergents est de plus en plus importante concernant l’aide mondiale, surtout depuis que les donateurs traditionnels sont aux prises avec des crises économiques nationales. En 2011, l’Arabie saoudite a donné plus de 5 milliards de dollars, contre 1,5 milliard de dollars en 2007. Quant à la Turquie, elle a plus que doublé son APD sur la même période, donnant un maximum de 1,27 milliard en 2011. Selon l’OCDE, l’aide au développement provenant des pays n’appartenant pas au CAD est supérieure aux participations individuelles des pays du CAD. Par exemple, en 2010, « L’Arabie saoudite a donné 3,48 milliards de dollars d’ADP brute, soit plus que les sommes de 12 des 23 pays du CAD. La même année, la Chine a fourni environ 2 milliards de dollars d’ADP brute et la Turquie, 967,4 millions de dollars ».

Les donateurs non traditionnels offrent une source alternative de financement pour le développement des pays pauvres, en créant parfois leurs propres initiatives de développement, comme le Forum de dialogue IBAS (Inde, Brésil et Afrique du Sud), indépendant de l’OCDE.

La hausse de l’aide humanitaire – Il y a vingt ans, les contributions pour l’aide humanitaire représentaient 3,3 pour cent des engagements bilatéraux des pays du CAD, les autres engagements prenant la forme d’autres types d’aide, économique ou administrative. Aujourd’hui, l’aide humanitaire représente 8,6 pour cent de ces engagements. Les principales contributions des pays du CAD pour l’aide humanitaire concernent les infrastructures administratives et sociales des secteurs de l’éducation et de la santé (évaluées à 39 pour cent) tandis que les infrastructures économiques des secteurs des transports, de l’agriculture et de l’exploitation minière ont reçu 16,2 pour cent de l’APD du CAD.

Les différents donateurs ont tendance à privilégier différents secteurs ; le Luxembourg a dépensé plus de 18 pour cent de son aide pour les besoins humanitaires et 0,1 pour cent pour les infrastructures économiques. Quant à la Corée du Sud, le pays a dépensé 1,3 pour cent pour l’aide humanitaire et 42,8 pour cent pour les infrastructures administratives. De leur côté, les institutions des États-Unis et de l’Union européenne ont dépensé plus de 6 pour cent de la totalité de leur aide pour l’aide alimentaire.

Les statistiques de l’OCDE montrent que l’aide pour des projets bilatéraux a augmenté de 2 pour cent, tandis que l’aide pour des institutions multilatérales comme la Banque mondiale ou les organismes des Nations Unies a diminué de 7,1 pour cent.

Le déplacement géographique de l’aide – Les cinq dernières années ont montré une baisse de l’aide à destination de l’Afrique subsaharienne, la région la plus pauvre du monde et traditionnellement le plus gros bénéficiaire de l’APD, passant de 47,8 pour cent du total de l’aide multilatérale et du CAD en 2005-2006, à 41,8 pour cent en 2010-2011. L’aide pour l’Asie centrale et du Sud est passée de 11,5 pour cent à 19,8 pour cent sur la même période. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont aussi enregistré une baisse de 9 pour cent entre 2005-2006 et 2010-2011, tandis que l’Océanie, l’Amérique latine et les Antilles ont toutes connu des augmentations de l’aide.

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