La Somalie aura-t-elle assez de pluie cette année ?

Certaines régions du sud de la Somalie peinent encore à se remettre des dommages subis en 2010-2011, lorsque de graves sécheresses ont suivi des pluies trop abondantes, et, à présent, le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWSNET) déclare que des pluies insuffisantes sont attendues au cours des prochains mois. « Nous sommes inquiets ; nos prévisions indiquent une probabilité de 80 pour cent de précipitations normales ou en dessous de la moyenne en Somalie », a déclaré Gideon Galu, un scientifique basé en Afrique, qui travaille pour le FEWSNET.

La situation s’avère particulièrement inquiétante dans le sud de la Somalie où les pluies de juin/juillet seront probablement insuffisantes.

Prédire la météo et ses conséquences possibles avec précision est compliqué, qui plus est au cours d’une année marquée par l’absence de signaux climatiques forts en provenance des océans. Des phénomènes comme La Niña, lorsque les températures de l’eau en surface sont basses, ou El Niño, lorsqu’elles sont élevées, font partie du cycle climatique normal de l’océan Pacifique et surviennent tous les quatre à sept ans. Ils peuvent également indiquer les tendances météorologiques à venir.

Ainsi, les prédictions des agences peuvent diverger quant à l’intensité des pluies prochaines. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a affirmé qu’elle était « assez optimiste » concernant les prévisions de pluies en Somalie puisqu’elles sont légèrement meilleures que des prévisions de pluies insuffisantes. « Il s’agit de prévisions climatiques saisonnières qui dépendront beaucoup de la répartition spatiale et temporelle des pluies durant la saison », a déclaré Hussein Gadain, conseiller technique principal de la FAO. « En fait, nous pensons que certaines régions seront peut-être même inondées, notamment aux abords du fleuve Shabelle, où les fermiers coupent les… [des berges] pour l’irrigation ».

La Somalie connait deux saisons des pluies distinctes. La première est le « Gu », de longues pluies de mars à juin qui permettent la principale saison des récoltes. La seconde est le « Deyr », des pluies courtes qui tombent à plusieurs reprises dans le pays, mais habituellement d’octobre à novembre, selon la FAO.

La FAO pense que l’absence de La Niña/El Niño n’aura pas un impact aussi fort sur les pluies Gu. « Normalement, les conditions climatiques dans l’océan Pacifique équatorial (El Niño et La Niña) ont plus d’impact sur les pluies Deyr que sur les pluies Gu, qui subissent le Jet somalien [un courant d’air rapide longeant la côte est africaine en direction du nord] et les conditions climatiques dans l’océan Indien occidental », a signalé M. Gadain.

M. Galu a déclaré que le FEWSNET s’appuyait sur une année analogue, où des prévisions semblables ont été faites, pour dresser le tableau de leur impact probable sur l’agriculture. « L’année qui nous a servi de référence, notamment 2002 (le scénario le plus probable), montre qu’il est aussi probable que la répartition des précipitations au cours des prochains mois soit irrégulière dans l’espace comme dans le temps », mais il a ajouté que deux saisons/années ne peuvent jamais être exactement les mêmes.

Certaines régions du sud de la Somalie ont connu des pluies Deyr abondantes d’octobre à décembre 2012, et les fermiers ont pu récolter presque la moitié des cultures de sorgho, mais la FAO a souligné que les régions agropastorales de Gedo, au sud-ouest, ainsi que celles de Bas et Moyen-Juba, les régions les plus au sud du pays, avaient reçu des pluies insuffisantes.

La grave sécheresse dans la Corne de l’Afrique en 2010/2011 avait déplacé des millions de personnes et avait causé la mort de dizaines de milliers d’autres, ce qui avait conduit les Nations Unies à déclarer l’état de famine dans certaines régions du sud de la Somalie.

« Nous sommes particulièrement inquiets, car les mêmes communautés, celles qui n’ont pas eu suffisamment de temps pour se remettre, pourraient être victimes du manque de pluie », a déclaré M. Galu. « Les prévisions de rendement des cultures au sud de la Somalie, notamment dans les zones de cultures irriguées, pourraient être réduites dans [le] cas d’un niveau de précipitations normal ou en dessous de la normale et d’une répartition irrégulière des pluies pendant la saison ».

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