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Comprendre la résilience

Suite aux chocs climatiques, les agences se sont penchées sur la « résilience »
JOHANNESBOURG, 13 March 2013 (IRIN) - Le terme à la mode « résilience » a fait son entrée dans le vocabulaire des acteurs de la communauté humanitaire il y a quelques années. Mais quelle est la définition pratique de ce terme ? La résilience a-t-elle infléchi l'action sur le terrain ?

En réalité, il n'y a pas de définition standard de ce terme, souligne un avant-projet de rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). La principale agence de développement des Nations Unies, en collaboration avec le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), a été chargée de trouver les moyens qui permettront aux acteurs du développement et aux acteurs de l'aide humanitaire de collaborer de manière plus efficace sur la question de la résilience.

La Stratégie internationale de prévention des catastrophes des Nations Unies (UNISDR) définit la résilience comme « la capacité d'un système, d'une communauté ou d'une société exposés à un danger de résister aux effets de ce danger, de les absorber et de s'y adapter de manière rapide et efficace ». Le Panel intergouvernemental sur le changement climatique la définit comme « le degré de perturbation qu'un système peut absorber tout en conservant le même état ». Le Département britannique pour le Développement international (DFID) définit, pour sa part, la résilience comme « la capacité des pays, des collectivités et des familles à faire face au changement tout en maintenant ou en modifiant leur niveau de vie à la suite de chocs ou de stress . sans pour autant compromettre leurs perspectives à long terme ».

Toutefois, selon le PNUD, comme d'autres, ces définitions se focalisent sur la réponse aux chocs, au détriment de la prévention et de la préparation, et l'objectif affiché est tout simplement de faire revenir les collectivités en difficulté à leur état d'origine. Le PNUD propose donc de définir la résilience comme « un processus de transformation qui repose sur la force des individus, de leurs communautés et de leurs institutions de prévenir et d'atténuer les chocs et de tirer les leçons de leur expérience » - ou « reconstruire en mieux ».

La résilience « est un processus plus qu'un résultat », a dit Samuel Doe, responsable de la coordination pour la résilience du PNUD, avant de faire part de la perplexité qu'il éprouve lorsqu'il entend parler d'organisations qui se préparent à « déployer la résilience ».

Toute communauté visée par un programme incluant une composante de résilience devrait développer une meilleure estime d'elle-même, une meilleure sensibilisation aux disparités entre les sexes, une meilleure capacité d'organisation, un système d'alerte précoce efficace et d'autres formes d'autonomie, ajoute-t-il.

Sur le terrain, les activités qui favorisent l'amélioration de la « résilience » des foyers et des collectivités vulnérables - comme la réduction des risques de catastrophes, le soutien des moyens de subsistance, la protection sociale et les services de base - ne sont pas nouvelles, a indiqué Sarah Muscroft d'OCHA.

« Ce qui est nouveau, c'est la manière dont les besoins sont évalués, dont les programmes sont planifiés et mis en ouvre. Réunir les acteurs humanitaires et les acteurs du développement, coordonner les outils d'évaluation et de planification sont essentiels dans cette approche », a-t-elle ajouté.

Développement ou humanitaire ?

La résilience peut permettre de faire le lien entre la réponse d'urgence et l'aide au développement à long terme et de lutter contre les vulnérabilités qui rendent les individus sensibles aux chocs. Cependant, une certaine confusion demeure sur les porteurs de la responsabilité - les acteurs humanitaires, qui distribuent l'aide d'urgence lors des situations de crise, ou les acteurs du développement à long terme.

Simon Levine, chercheur de l'Institut de développement d'outre-mer (Overseas Development Institute, ODI), a dit, « Ce que j'entends dans les débats et les ateliers me fait penser que les humanitaires sont davantage intéressés par la "résilience", et qu'il y a une tendance à considérer que la résilience devrait être une composante de la réponse humanitaire - "reconstruire en mieux" - ce qui permettrait de prévenir la récurrence des crises ».

Il a ajouté, « Je suis convaincu que l'on ne met pas l'accent sur ce qui est important . le vrai moteur de l'agenda de la résilience devrait être la prise de conscience que l'objectif de "l'aide au développement" est de protéger les individus de la crise ».

Mais les acteurs humanitaires soutiennent qu'ils vont au-delà de leur mandat de fourniture de l'aide d'urgence. Les crises récurrentes - comme les cyclones dans l'Océan indien, les sécheresses au Sahel et dans la Corne de l'Afrique, les inondations dans le sud de l'Afrique - les ont déjà amenés à s'interroger sur la possibilité que l'aide humanitaire ne soit qu'une solution provisoire aux problèmes systémiques.

Influencés par les études sur la vulnérabilité conduites au milieu des années 1970, les responsables de l'aide humanitaire se sont de plus en plus intéressés aux solutions à long terme. Cela s'est traduit par l'élaboration de l'approche de réduction des risques de catastrophes (disaster risk reduction, DRR). Le Cadre d'action de Hyogo - le premier cadre de DDR adopté à l'échelle internationale en 2005 constituait « la première tentative globale en vue de détailler les ingrédients de la résilience », a dit Margareta Wahlström, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes.

« La résilience est un processus plus qu'un résultat »
Aujourd'hui, l'aide humanitaire ne consiste plus seulement à creuser un puits pour fournir de l'eau en cas de sécheresse, explique Dorothée Klaus, Chef de programme et de planification du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) dans la Corne de l'Afrique. L'agence d'aide humanitaire qui réalise ce type d'interventions prend en compte les besoins du bétail et l'érosion du milieu, et elle s'assure que les foyers comprennent la raison de l'intervention et s'approprient le projet - des éléments qu'un projet de développement prendrait en compte.

Jakob Wernerman, spécialiste de la réduction des risques de catastrophes de l'UNICEF dans le Sahel, indique que l'aide au développement et l'aide humanitaire ont pour objectif de réduire différents types de vulnérabilité. Les stratégies d'aide au développement visent la réduction des vulnérabilités en général avec pour objectif principal de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a-t-il dit. Les stratégies d'aide humanitaire visent quant à elles la réduction des vulnérabilités d'une communauté ou d'un individu à des crises sur le terrain.

Brouillage des frontières

Mme. Muscroft d'OCHA indique que l'adhésion des acteurs humanitaires à la résilience « nécessitera un changement du paradigme traditionnel de l'aide au développement et l'adoption d'une approche plus intégrée capable de répondre simultanément aux besoins à court, moyen et long terme ».

C'est précisément ce que Luca Alinovi, représentant de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) en Somalie, demande. Il dit que classer l'aide en catégories « secours d'urgence », « rétablissement rapide » ou « développement » n'est pas utile dans le cas de pays qui, comme la Somalie, sont confrontés à des « crises prolongées » pour reprendre l'expression utilisée dans le secteur de l'aide humanitaire.

Mais la classification de l'aide a un impact sur son financement ; les fonds peuvent être alloués pour réaliser une intervention immédiate ou ils peuvent être versés sur une base annuelle.

« Si nous voulons aider le pays à sortir de la crise, nous devons nous engager à long terme », a dit à IRIN M. Alinovi en 2011, quelques mois avant la famine qui a secoué la Somalie. Bon nombre d'experts ont mis en cause un financement inadapté des projets à long terme qui auraient permis de renforcer la résilience des Somaliens aux chocs climatiques.

« Les courants [de l'humanitaire et du développement] doivent converger autour de la résilience », a-t-il dit dans un courriel.

Lynn Brown, économiste en chef au Service de l'analyse économique du Programme alimentaire mondial (PAM), indique que la difficulté est « de conduire une intervention d'urgence de manière à permettre une transition sans difficulté vers le développement lorsque l'urgence immédiate disparaît ».

Les acteurs humanitaires peuvent contribuer au développement de la résilience en fournissant une analyse utile aux acteurs du développement, indique Jakob Rhyner, directeur de l'Institut de l'Université des Nations Unies sur l'environnement et la sécurité humaine (UNU-ESH) de Bonn.

Mais les acteurs du développement sont-ils à l'écoute des acteurs humanitaires ? Selon M. Levine de l'ODI, il leur faudrait changer de façon de penser. Cela concernerait notamment les grands bailleurs de fonds du développement, comme la Banque mondiale, qui utilisent des critères de preuve différents.

Malgré tout, des bailleurs de fonds, comme l'Union européenne, ont réclamé l'élaboration d'un processus de planification commun à l'aide au développement et à l'aide humanitaire, indique-t-il.

Alors que chaque agence, chaque organisation et chaque bailleur de fonds essaye d'établir des cadres autour de la résilience, cela leur permettra de parvenir à une compréhension commune, indique M. Doe du PNUD.

Se souvenir du rétablissement rapide

Plusieurs tentatives ont été faites pour construire des ponts entre l'aide humanitaire et l'aide au développement, y compris l'approche du « rétablissement rapide », qui avait pour objectif d'aider les programmes humanitaires à « lancer les opportunités de développement durable ».

Mais, « en dépit des efforts réalisés, le rétablissement rapide est en général considéré comme un élément distinct et non pas intégral à l'action humanitaire », a dit Mme. Muscroft.

M. Doe espère que l'agenda de la résilience mettra davantage l'accent sur le rétablissement rapide. Lorsqu'on lui a demandé si l'approche de la résilience avait pour objectif d'éviter l'approche linéaire aide-rétablissement-développement, il a répondu que les discussions sur le sujet se poursuivaient et que la marche à suivre allait apparaître.

Mme. Muscroft indique que les « défis majeurs » concernant la mise en ouvre de l'approche de la résilience seront de « surmonter la souveraineté institutionnelle établie » et de convaincre les agences de faire preuve de davantage de flexibilité et de s'adapter, de penser et d'agir différemment.

Mesurer l'immatériel

La plupart des bailleurs de fonds voudraient savoir si leur agent permet réellement de renforcer la résilience des individus.

Eugenie Reidy de l'UNICEF, qui travaille en Somalie, dit que les mesures statistiques, comme la couverture vaccinale, les indicateurs nutritionnels et l'accès à l'eau, pourraient permettre d'obtenir une image de la résilience. Mais certains indicateurs de la résilience, comme la confiance, la capacité à s'adapter et la responsabilisation, sont inquantifiables.

L'UNICEF a consulté une communauté du centre-sud de la Somalie affectée par la famine en 2011 afin de mieux comprendre ce que le mot résilience recouvre pour elle. L'agence souhaite savoir si la combinaison de données quantitatives et qualitatives lui permettra d'évaluer l'efficacité de leur programme de résilience.

Selon M. Levine, « il faut privilégier les approches de méthodes mixtes ... Je ne suis pas favorable. à une mesure composite de cette essence impalpable.

« On ne peut pas additionner des chiffres pour savoir jusqu'à quel point un enfant est résilient face à une maladie endémique (pour laquelle la vaccination est bénéfique, mais seulement en fonction de l'endroit où il vit, des menaces à sa santé, etc.). [ou] pour savoir quelle sera sa résilience en cas de repli du marché de l'emploi dans dix ans ».

jk/rz/oa-mg/amz

Theme (s): Alerte précoce, Economie, Environnement, Sécurité alimentaire, Démocratie et gouvernance, Santé et nutrition, Catastrophes naturelles, Politique, Eau et Assainissement,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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