Lire l'article en: English - عربي

Réinstallation des PDIP et accueil des réfugiés en Somalie

MOGADISCIO/NAIROBI, 28 février 2013 (IRIN) - Le gouvernement somalien prévoit de réinstaller des milliers de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) vivant actuellement à Mogadiscio dans des camps à la périphérie de la ville. Des craintes ont cependant été soulevées quant au manque de capacité du gouvernement et aux éventuels problèmes de sécurité et d’accès aux services dans les zones proposées pour la réinstallation.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), Mogadiscio compte environ 369 000 PDIP ou personnes vivant comme tel. Selon Mohamed Ahmed Nur Tarsan, maire de Mogadiscio, environ 270 000 d’entre eux pourraient être réinstallés dans trois camps à la périphérie de la capitale afin de désengorger la ville.

« Honnêtement, aucun maire dans le monde ne tolèrerait que des PDIP installent des abris de fortune dans la capitale. C’est une question de sécurité et cela menace la salubrité de la ville », a dit M. Tarsan, avant d’ajouter qu’il n’y a pas de problème de sécurité à la périphérie de Mogadiscio.

« Je ne dis pas que nous devrions installer ces personnes dans des endroits reculés et isolés. Ce que je dis, c’est que nous devrions leur trouver de meilleurs endroits, car ils vivent actuellement dans des conditions affligeantes. »

Les PDIP installés à Mogadiscio vivent dans des conditions difficiles et sont menacés d’extorsion et d’éviction. Il a été difficile de leur apporter de l’aide par le passé en raison des contraintes de sécurité.

Les PDIP ont cependant manifesté leur inquiétude face à ce programme de réinstallation. Ils craignent des problèmes de sécurité et d’accès aux services essentiels.

« Si notre sécurité est assurée et que nous bénéficions de services de santé, nous obéirons au plan du gouvernement. Mais si nous ne nous sentons pas en sécurité, nous attendrons la grâce de Dieu ici », a dit à IRIN Abdullahu Olow Dhere, un PDIP du camp de Darwish, situé à côté du Parlement somalien, à Mogadiscio.

Les PDIP craignent également que les lieux de réinstallation proposés soient trop éloignés de toute source de revenus.

Importance de la réinstallation volontaire

Certains PDIP pourraient ne pas être disposés à se réinstaller à l’extérieur de Mogadiscio ou à rentrer dans leur localité d’origine. La population somalienne est relativement jeune et certains ont donc vécu toute leur vie à Mogadiscio. « Ceux qui ne voudraient pas retourner dans leur localité d’origine devraient être réinstallés dans les camps à la périphérie de Mogadiscio », a dit M. Tarsan.

Les PDIP de Mogadiscio sont confrontés à l’insécurité et notamment au viol et à d’autres formes de violences sexuelles et sexistes. Certains craignent donc que la violence soit également un problème dans les lieux de réinstallation proposés. « Si nous nous contentons de déplacer les gens, je ne pense pas que nous pouvons nous attendre à une amélioration quelconque de la sécurité ou de la protection de ces personnes, notamment en ce qui concerne les familles monoparentales [dont le chef est] une femme. Si nous ne mettons pas en place les conditions nécessaires au succès [du plan], celui-ci n’est pas garanti du tout », a dit Justin Brady, directeur de l’OCHA en Somalie, dans une récente interview à Radio Ergo.

M. Tarsan est plus optimiste : « les violeurs seront tués, comme l’a dit le président, et nous prévoyons de n’avoir plus aucun viol à Mogadiscio d’ici trois mois. »

« Nous garantissons la sécurité et le terrain et il est de la responsabilité des organisations d’aide humanitaire de fournir les services tels que la santé et l’eau », a-t-il ajouté.

Les organisations humanitaires se préparent

« Nous examinons comment les partenaires peuvent participer au plan du gouvernement [...] pour que cette réinstallation se fasse par la suite de manière éthique et humaine — et, point essentiel pour les PDIP, volontaire », a dit M. Brady à Radio Ergo.

« Nous devons évaluer ce qui est nécessaire [...] Ce n’est pas simplement une question d’hébergement ou de protection. Tous les prestataires de services de l’ensemble des groupes sectoriels doivent être impliqués. »

Selon M. Brady, le gouvernement somalien espère effectuer la majeure partie des réinstallations cette année. « Le plan du gouvernement comporte un calendrier très ambitieux. [Les autorités] espèrent qu’une bonne partie [des réinstallations] sera réalisée avant le 20 août, ce qui est bien sûr une date très symbolique en Somalie. Nous allons les accompagner pour voir [...] quels sont les points clés qui nécessitent des efforts pour garantir que les conditions soient favorables à la réinstallation ».

Le 20 août est la date à laquelle le mandat du gouvernement de transition somalien a pris fin, ouvrant la voie à un nouveau Parlement et aux premières élections présidentielles depuis plus de vingt ans. Le succès de ces élections a entraîné un regain d’optimisme concernant l’avenir de la Somalie, incitant des milliers de personnes à rentrer à Mogadiscio.

Retour des réfugiés

Certains réfugiés reviennent également des camps de Dadaab, au nord-est du Kenya, qui hébergent près d’un demi-million de réfugiés.

Ce retour s’explique en partie par le fait que le gouvernement kenyan fait de plus en plus pression sur les réfugiés somaliens pour qu’ils rentrent dans leur pays.

« Près de 20 000 réfugiés somaliens ont volontairement quitté le Kenya depuis le début des incitations au rapatriement », indique le rapport Hasty Repatriation: Kenya’s attempt to send Somali refugees home (Rapatriement précipité : la tentative du Kenya de renvoyer les réfugiés somaliens chez eux), publié récemment par le Heritage Institute for Policy Studies, un groupe de réflexion somalien.

« Le taux d’inoccupation des maisons et des appartements d’Eastleigh [un district à forte population somalienne de Nairobi, la capitale kenyane] est monté en flèche et le prix des loyers a chuté en conséquence [...] Les écoles du district ont par ailleurs signalé une forte baisse du nombre d’élèves. »

Dans une allocution à l’occasion de la publication du rapport, l’ambassadeur de Somalie au Kenya, Mohamed Ali Nur, a déclaré : « nous voulons que [les réfugiés] reviennent pour aider à reconstruire le pays, [mais] nous souhaitons que le retour se fasse de manière coordonnée. »

Selon le rapport, le gouvernement somalien n’est pas prêt à accueillir les près de 600 000 réfugiés somaliens installés principalement au Kenya et en Éthiopie. Cependant, « le gouvernement somalien est en train de concevoir un plan ambitieux d’édification de vastes camps en Somalie, près de la frontière kenyane. Il espère installer des centaines de milliers de réfugiés dans les nouveaux camps avant fin 2013. La réalisation de ce plan est non seulement impossible, mais elle pourrait en outre exposer les réfugiés, déjà vulnérables, à des situations dangereuses. »

« Au stade actuel, le retour d’un si grand nombre de réfugiés va, selon moi, déstabiliser [le pays] », a dit l’auteur du rapport, Anab Nur. « [La Somalie] est déjà confrontée à un problème de PDIP. »

Le rapport recommande au Kenya et à la Somalie de travailler main dans la main par le biais de leur commission conjointe de coopération afin de trouver une solution satisfaisante et pour que le gouvernement somalien « mette à profit les récents progrès en matière de sécurité en mettant sur pied des institutions publiques pouvant faire face à l’afflux de réfugiés ».

« Pour cela, il est essentiel de résoudre le problème des terres, qui est un sujet sensible en Somalie. Les conflits fonciers non résolus risquent de conduire à de nouvelles violences dans le sud du pays. Un retour ordonné et opportun des réfugiés consoliderait cependant les récents progrès et poserait les bases de la stabilité en Somalie. »

amd-aw/rz-ld/amz

Theme (s): Démocratie et gouvernance, Paix et sécurité, Réfugiés et déplacés, Sécurité, Urbanisation,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

Partager l’article

Commentaire