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jeudi 20 juin 2013
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Risques et options pour l’avenir du Mali
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Maghrebia/Flickr
L’offensive militaire française a permis de déloger les militants islamistes des villes clés dans le nord du Mali
DAKAR, 13 février 2013 (IRIN) - L’offensive militaire française au Mali a permis de stopper l’avancée des militants islamistes vers le Sud et de les déloger de certaines régions du Nord, mais la lutte est loin d’être terminée et l’avenir du pays demeure incertain.
IRIN a demandé à quatre analystes ce que le gouvernement de Bamako devrait faire pour réconcilier le peuple et restaurer la sécurité : Peter Pham (PP), du Conseil de l’Atlantique, un groupe de réflexion basé aux États-Unis ; Andy Morgan (AM), écrivain et journaliste spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel ; Abdoulaye Sall (AS), du Cercle de réflexion et d’information pour la consolidation de la démocratie au Mali ; et Magnus Taylor (MT), éditeur d’African Arguments, un site internet d’analyse politique.
Q : Quelles seront les prochaines étapes si les combattants islamistes sont éventuellement délogés du nord du Mali ?
PP : Nous assistons au début d’une insurrection bien particulière. Tout était prévu. Afin de gérer efficacement l’extrémisme, de le contenir dans le nord du Mali et de l’éradiquer, il faut consacrer du temps au développement d’un gouvernement légitime à Bamako et d’une force dirigée par les pays africains et intégrant une armée malienne capable de mener une campagne contre-insurrectionnelle.
AM : L’accent devrait être mis sur une vaste consultation des leaders traditionnels, de l’élite politique et de toutes les parties prenantes de la société malienne au sujet du fonctionnement futur du Mali et de la relation entre les différentes régions et cultures du pays. Cette consultation devrait être menée en parallèle avec le processus de réconciliation et de justice.
AS : Il est peut-être un peu trop tôt pour parler de la prochaine étape, sachant que la première n’est pas encore terminée. Il faut d’abord rétablir l’intégrité territoriale. [Il faudra ensuite procéder au] rapatriement des personnes forcées de trouver refuge dans les pays voisins de manière professionnelle et impliquer les leaders locaux, traditionnels et religieux ainsi que les groupes de la société civile. Cela concerne aussi les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP).
MT : Il faut maintenant déterminer qui est dans quel camp ; quel est le statut des islamistes qui ont été chassés ; et quel est le risque d’insurrection maintenant qu’une intervention militaire est lancée. Le gouvernement malien doit évaluer sa politique envers les Touaregs et décider quel type d’accord il souhaite négocier dans le nord du pays.
Q : Quelles devraient être les priorités du Mali, des pays voisins et de la communauté internationale pour assurer la stabilité de la région à long terme ?
PP : Ce n’est peut-être pas la solution optimale, mais il faut d’abord cibler et neutraliser les individus [liés à Al-Qaida] afin de créer la confusion chez les insurgés et de gagner du temps pour trouver une solution politique. C’est ce que les stratèges américains recommandent depuis un certain temps déjà, mais les Français préconisaient une intervention rapide. S’il est une leçon que l’on doit tirer de l’Irak et de l’Afghanistan, c’est qu’il s’agit de la meilleure façon de mener une opération de contre-insurrection à long terme.
Nous devons répondre à une situation très complexe avec des forces africaines qui, pour le moment du moins, sont mal équipées, sans entraînement et ne forment pas un tout homogène. Il faut tenter de gagner du temps afin de pouvoir les entraîner et les équiper adéquatement. Puisque l’intervention française a rendu nécessaire la présence de garnisons et de patrouilles dans le Nord, l’ancienne métropole devrait augmenter, et non pas diminuer, la taille de ses troupes sur le terrain.
Il n’y a qu’un seul leader stratégique pour plusieurs centaines de militants. Or, des drones et des équipements de surveillance électronique sont nécessaires pour cibler ces individus. Les États-Unis disposent probablement de la capacité technologique nécessaire, mais l’administration [malienne] doit décider si elle veut les autoriser à les déployer en toutes circonstances.
AM : Il faut tout d’abord rétablir la sécurité et organiser le retour de ceux qui vivent dans des camps de réfugiés. La réconciliation et l’adoption d’un modèle politique sont aussi des priorités. Les élections [prévues en juillet] arrivent trop tôt. Le processus électoral peut en effet [uniquement] fonctionner dans un pays qui jouit d’une certaine stabilité. Il est plus réaliste d’espérer tenir des élections au printemps 2015.
AS : Les Maliens ne comprennent pas bien le rôle des Nations Unies, de l’Union africaine (UA) et de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) dans la résolution des conflits et le maintien de la paix. Une vigoureuse campagne d’information est nécessaire. Il faut aussi, dans le même temps, prévenir et gérer les conflits en favorisant la décentralisation. Les 761 administrations locales maliennes doivent être impliquées dans la résolution du conflit. Les autorités locales sont les mieux à même de résoudre ce genre de conflit.
MT : Un déploiement efficace des troupes de la CEDEAO. L’idée est aussi de gagner du temps pour les négociations et de parvenir à un certain accord politique avec les Touaregs. Il faut adopter les bonnes politiques. Ce n’est pas en déclarant la guerre qu’on obtient la sécurité. Le problème du trafic de drogue [en Afrique de l’Ouest] ne concerne pas seulement le Mali. Il faut privilégier une approche différente et s’attaquer aux causes. Il s’agit en effet d’un problème de corruption qui peut être résolu en développant des institutions qui sont à l’abri de la corruption liée à la drogue.
Q : Comment réagir face aux demandes des séparatistes du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et du tout nouveau Mouvement islamique de l’Azawad (MIA) ?
PP : Les Touaregs se sont retournés contre les islamistes. Ce qui n’est pas encore clair pour eux, c’est qu’ils ont un partenaire avec qui traiter à Bamako. Ils doivent pouvoir compter sur un gouvernement légitime avec qui ils peuvent conclure une entente. C’est le seul moyen de mener une guerre contre-insurrectionnelle. Les Touaregs sont les seuls à disposer d’une connaissance suffisante du terrain et des populations du Nord pour mener la lutte contre-insurrectionnelle et repérer les éléments étrangers. Les Touaregs ont, par le passé, signé trois accords légitimes avec le gouvernement malien, mais ils ont tous été relégués aux oubliettes de l’histoire. Et ils n’ont aucune raison de croire qu’il en sera autrement cette fois-ci.
AM : Il faut trouver un médiateur qui bénéficie de la confiance des deux camps. Le MNLA ne peut pas entreprendre des négociations constructives avec le gouvernement malien pour l’instant. Le seul pays qui puisse jouer le rôle de médiateur est la France. Le MNLA doit aussi entendre certaines vérités : il a en effet commis de graves erreurs, notamment en décidant de se battre aux côtés d’Ansar Dine [l’un des trois groupes militants qui se sont emparés du Nord]. L’Azawad ne peut pas être indépendant. Ni maintenant, ni dans 150 ans. En effet, l’Algérie ne veut pas d’un État berbère [groupe ethnique indigène d’Afrique du Nord] indépendant à sa frontière sud. Le pays compte une importante population berbère et les autorités croient sincèrement que la création d’un tel État aurait un effet domino. Ce n’est pas tout le monde dans la région qui est prêt à accepter cela et le MNLA doit en être conscient. La communauté internationale envisage de négocier avec le MIA, un nouveau mouvement composé de modérés qui ont fait sécession d’Ansar Dine.
AS : Le MNLA, qui représente une minorité des Touaregs et n’a pas de mandat électoral, ne peut pas et ne doit pas se substituer aux conseils national et régionaux, aux élus des régions de Kidal, de Gao et de Tombouctou et à l’ensemble du peuple touareg malien. Ses membres doivent être désarmés, accepter de respecter la constitution et demander pardon au peuple malien pour avoir servi de cheval de Troie aux djihadistes et aux narcotrafiquants.
MT : Dans les faits, le MNLA se bat dans le camp du gouvernement depuis que les islamistes l’ont détourné de sa mission initiale. Il est en position de faiblesse parce qu’il a dû être tiré d’affaire non seulement par l’armée malienne, mais aussi par les puissances internationales. L’autre groupe avec lequel il faut négocier est Ansar Dine. Le MIA semble vouloir négocier, et je pense qu’il recevra l’attention qu’il souhaite.
Q : Que peuvent faire les pays voisins du Mali pour éviter la progression de l’islam radical ?
PP : On assiste depuis quelque temps à une radicalisation [de l’islam] dans l’ensemble du Sahel. La solution est d’ordre politique. Pourquoi l’islam radical a-t-il prospéré dans le Maghreb ? Il faut, pour comprendre, se pencher sur l’annulation des élections algériennes, il y a plusieurs années, et sur la guerre civile qui s’est ensuivie. L’Algérie est l’un des pays qui n’a pas connu de « printemps arabe » – il s’agit là d’une cause indirecte de la radicalisation. De façon générale, celle-ci constitue une menace, mais les islamistes radicaux ne sont pas tous aussi dangereux les uns que les autres. Certains sont plus dangereux que d’autres.
AM : Le djihad violent est un peu comme un furoncle. Le mauvais médecin l’ouvre au scalpel et le presse, tandis que le bon médecin s’interroge sur les raisons de son apparition. Les gouvernements doivent s’assurer que ceux qui sont au bas de l’échelle mangent à leur faim et calmer leur colère afin qu’ils ne soient pas tentés de rejoindre le djihad. Al-Qaida est présent dans le nord du Mali depuis 10 ans. Il y est à cause de la corruption. Certains politiciens, leaders et hommes d’affaires locaux ont en effet profité de la présence d’AQMI [Al-Qaida au Maghreb islamique]. Le djihad violent naît du désespoir : il a quelque chose d’attrayant pour le jeune Malien moyen qui ne voit aucune autre solution à ses problèmes.
AS : Prendre part à l’opération militaire au Mali... et encourager la participation des leaders locaux, traditionnels et religieux dans la démocratie et la décentralisation.
MT : Les [islamistes extrémistes] ne sont pas si nombreux dans cette région et la menace islamiste a été exagérée. Ce n’est pas comme si l’islam radical y bénéficiait d’un vaste soutien. La principale menace islamiste est née en Algérie dans les années 1990. Le problème n’a pas été résolu : il a simplement été contenu. Le Mali n’a pas la capacité de combattre les islamistes. Le gouvernement algérien est plus à même de le faire. Il faut aussi recueillir davantage de renseignements afin de mieux comprendre cette menace.
ob/aj/cb –gd/amz
Theme (s)
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Démocratie et gouvernance
,
Paix et sécurité
,
Sécurité
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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MONDE: IRIN Service français - Bulletin hebdomadaire humanitaire 675 14 juin 2013
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L’offensive militaire française a permis de déloger les militants islamistes des villes clés dans le nord du Mali
DAKAR, 13 février 2013 (IRIN) - L’offensive militaire française au Mali a permis de stopper l’avancée des militants islamistes vers le Sud et de les déloger de certaines régions du Nord, mais la lutte est loin d’être terminée et l’avenir du pays demeure incertain.
IRIN a demandé à quatre analystes ce que le gouvernement de Bamako devrait faire pour réconcilier le peuple et restaurer la sécurité : Peter Pham (PP), du Conseil de l’Atlantique, un groupe de réflexion basé aux États-Unis ; Andy Morgan (AM), écrivain et journaliste spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel ; Abdoulaye Sall (AS), du Cercle de réflexion et d’information pour la consolidation de la démocratie au Mali ; et Magnus Taylor (MT), éditeur d’African Arguments, un site internet d’analyse politique.
Q : Quelles seront les prochaines étapes si les combattants islamistes sont éventuellement délogés du nord du Mali ?
PP : Nous assistons au début d’une insurrection bien particulière. Tout était prévu. Afin de gérer efficacement l’extrémisme, de le contenir dans le nord du Mali et de l’éradiquer, il faut consacrer du temps au développement d’un gouvernement légitime à Bamako et d’une force dirigée par les pays africains et intégrant une armée malienne capable de mener une campagne contre-insurrectionnelle.
AM : L’accent devrait être mis sur une vaste consultation des leaders traditionnels, de l’élite politique et de toutes les parties prenantes de la société malienne au sujet du fonctionnement futur du Mali et de la relation entre les différentes régions et cultures du pays. Cette consultation devrait être menée en parallèle avec le processus de réconciliation et de justice.
AS : Il est peut-être un peu trop tôt pour parler de la prochaine étape, sachant que la première n’est pas encore terminée. Il faut d’abord rétablir l’intégrité territoriale. [Il faudra ensuite procéder au] rapatriement des personnes forcées de trouver refuge dans les pays voisins de manière professionnelle et impliquer les leaders locaux, traditionnels et religieux ainsi que les groupes de la société civile. Cela concerne aussi les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP).
MT : Il faut maintenant déterminer qui est dans quel camp ; quel est le statut des islamistes qui ont été chassés ; et quel est le risque d’insurrection maintenant qu’une intervention militaire est lancée. Le gouvernement malien doit évaluer sa politique envers les Touaregs et décider quel type d’accord il souhaite négocier dans le nord du pays.
Q : Quelles devraient être les priorités du Mali, des pays voisins et de la communauté internationale pour assurer la stabilité de la région à long terme ?
PP : Ce n’est peut-être pas la solution optimale, mais il faut d’abord cibler et neutraliser les individus [liés à Al-Qaida] afin de créer la confusion chez les insurgés et de gagner du temps pour trouver une solution politique. C’est ce que les stratèges américains recommandent depuis un certain temps déjà, mais les Français préconisaient une intervention rapide. S’il est une leçon que l’on doit tirer de l’Irak et de l’Afghanistan, c’est qu’il s’agit de la meilleure façon de mener une opération de contre-insurrection à long terme.
Nous devons répondre à une situation très complexe avec des forces africaines qui, pour le moment du moins, sont mal équipées, sans entraînement et ne forment pas un tout homogène. Il faut tenter de gagner du temps afin de pouvoir les entraîner et les équiper adéquatement. Puisque l’intervention française a rendu nécessaire la présence de garnisons et de patrouilles dans le Nord, l’ancienne métropole devrait augmenter, et non pas diminuer, la taille de ses troupes sur le terrain.
Il n’y a qu’un seul leader stratégique pour plusieurs centaines de militants. Or, des drones et des équipements de surveillance électronique sont nécessaires pour cibler ces individus. Les États-Unis disposent probablement de la capacité technologique nécessaire, mais l’administration [malienne] doit décider si elle veut les autoriser à les déployer en toutes circonstances.
AM : Il faut tout d’abord rétablir la sécurité et organiser le retour de ceux qui vivent dans des camps de réfugiés. La réconciliation et l’adoption d’un modèle politique sont aussi des priorités. Les élections [prévues en juillet] arrivent trop tôt. Le processus électoral peut en effet [uniquement] fonctionner dans un pays qui jouit d’une certaine stabilité. Il est plus réaliste d’espérer tenir des élections au printemps 2015.
AS : Les Maliens ne comprennent pas bien le rôle des Nations Unies, de l’Union africaine (UA) et de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) dans la résolution des conflits et le maintien de la paix. Une vigoureuse campagne d’information est nécessaire. Il faut aussi, dans le même temps, prévenir et gérer les conflits en favorisant la décentralisation. Les 761 administrations locales maliennes doivent être impliquées dans la résolution du conflit. Les autorités locales sont les mieux à même de résoudre ce genre de conflit.
MT : Un déploiement efficace des troupes de la CEDEAO. L’idée est aussi de gagner du temps pour les négociations et de parvenir à un certain accord politique avec les Touaregs. Il faut adopter les bonnes politiques. Ce n’est pas en déclarant la guerre qu’on obtient la sécurité. Le problème du trafic de drogue [en Afrique de l’Ouest] ne concerne pas seulement le Mali. Il faut privilégier une approche différente et s’attaquer aux causes. Il s’agit en effet d’un problème de corruption qui peut être résolu en développant des institutions qui sont à l’abri de la corruption liée à la drogue.
Q : Comment réagir face aux demandes des séparatistes du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et du tout nouveau Mouvement islamique de l’Azawad (MIA) ?
PP : Les Touaregs se sont retournés contre les islamistes. Ce qui n’est pas encore clair pour eux, c’est qu’ils ont un partenaire avec qui traiter à Bamako. Ils doivent pouvoir compter sur un gouvernement légitime avec qui ils peuvent conclure une entente. C’est le seul moyen de mener une guerre contre-insurrectionnelle. Les Touaregs sont les seuls à disposer d’une connaissance suffisante du terrain et des populations du Nord pour mener la lutte contre-insurrectionnelle et repérer les éléments étrangers. Les Touaregs ont, par le passé, signé trois accords légitimes avec le gouvernement malien, mais ils ont tous été relégués aux oubliettes de l’histoire. Et ils n’ont aucune raison de croire qu’il en sera autrement cette fois-ci.
AM : Il faut trouver un médiateur qui bénéficie de la confiance des deux camps. Le MNLA ne peut pas entreprendre des négociations constructives avec le gouvernement malien pour l’instant. Le seul pays qui puisse jouer le rôle de médiateur est la France. Le MNLA doit aussi entendre certaines vérités : il a en effet commis de graves erreurs, notamment en décidant de se battre aux côtés d’Ansar Dine [l’un des trois groupes militants qui se sont emparés du Nord]. L’Azawad ne peut pas être indépendant. Ni maintenant, ni dans 150 ans. En effet, l’Algérie ne veut pas d’un État berbère [groupe ethnique indigène d’Afrique du Nord] indépendant à sa frontière sud. Le pays compte une importante population berbère et les autorités croient sincèrement que la création d’un tel État aurait un effet domino. Ce n’est pas tout le monde dans la région qui est prêt à accepter cela et le MNLA doit en être conscient. La communauté internationale envisage de négocier avec le MIA, un nouveau mouvement composé de modérés qui ont fait sécession d’Ansar Dine.
AS : Le MNLA, qui représente une minorité des Touaregs et n’a pas de mandat électoral, ne peut pas et ne doit pas se substituer aux conseils national et régionaux, aux élus des régions de Kidal, de Gao et de Tombouctou et à l’ensemble du peuple touareg malien. Ses membres doivent être désarmés, accepter de respecter la constitution et demander pardon au peuple malien pour avoir servi de cheval de Troie aux djihadistes et aux narcotrafiquants.
MT : Dans les faits, le MNLA se bat dans le camp du gouvernement depuis que les islamistes l’ont détourné de sa mission initiale. Il est en position de faiblesse parce qu’il a dû être tiré d’affaire non seulement par l’armée malienne, mais aussi par les puissances internationales. L’autre groupe avec lequel il faut négocier est Ansar Dine. Le MIA semble vouloir négocier, et je pense qu’il recevra l’attention qu’il souhaite.
Q : Que peuvent faire les pays voisins du Mali pour éviter la progression de l’islam radical ?
PP : On assiste depuis quelque temps à une radicalisation [de l’islam] dans l’ensemble du Sahel. La solution est d’ordre politique. Pourquoi l’islam radical a-t-il prospéré dans le Maghreb ? Il faut, pour comprendre, se pencher sur l’annulation des élections algériennes, il y a plusieurs années, et sur la guerre civile qui s’est ensuivie. L’Algérie est l’un des pays qui n’a pas connu de « printemps arabe » – il s’agit là d’une cause indirecte de la radicalisation. De façon générale, celle-ci constitue une menace, mais les islamistes radicaux ne sont pas tous aussi dangereux les uns que les autres. Certains sont plus dangereux que d’autres.
AM : Le djihad violent est un peu comme un furoncle. Le mauvais médecin l’ouvre au scalpel et le presse, tandis que le bon médecin s’interroge sur les raisons de son apparition. Les gouvernements doivent s’assurer que ceux qui sont au bas de l’échelle mangent à leur faim et calmer leur colère afin qu’ils ne soient pas tentés de rejoindre le djihad. Al-Qaida est présent dans le nord du Mali depuis 10 ans. Il y est à cause de la corruption. Certains politiciens, leaders et hommes d’affaires locaux ont en effet profité de la présence d’AQMI [Al-Qaida au Maghreb islamique]. Le djihad violent naît du désespoir : il a quelque chose d’attrayant pour le jeune Malien moyen qui ne voit aucune autre solution à ses problèmes.
AS : Prendre part à l’opération militaire au Mali... et encourager la participation des leaders locaux, traditionnels et religieux dans la démocratie et la décentralisation.
MT : Les [islamistes extrémistes] ne sont pas si nombreux dans cette région et la menace islamiste a été exagérée. Ce n’est pas comme si l’islam radical y bénéficiait d’un vaste soutien. La principale menace islamiste est née en Algérie dans les années 1990. Le problème n’a pas été résolu : il a simplement été contenu. Le Mali n’a pas la capacité de combattre les islamistes. Le gouvernement algérien est plus à même de le faire. Il faut aussi recueillir davantage de renseignements afin de mieux comprendre cette menace.
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