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jeudi 20 juin 2013
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Briefing: Les musulmans déplacés du Sri Lanka, 25 ans après
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Amantha Perera/IRIN
Toujours à la recherche d’une maison, 25 ans après
COLOMBO, 24 janvier 2013 (IRIN) - Près de trois ans après que
le gouvernement sri-lankais ait examiné
la réinstallation d’environ 100 000 musulmans du nord du pays, déplacés lors de la guerre civile de 1983-2009, des milliers de familles musulmanes sont toujours dans l’incertitude, sans avoir les moyens de rentrer chez elles.
Presque 25 ans ont passé, mais Abdul Malik se souvient encore de l’annonce des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (TLET – les rebelles séparatistes qui se battent pour un État du nord indépendant réservé à l’ethnie tamoule) du 29 octobre 1990 : tous les musulmans de la péninsule de Jaffna, y compris ceux de la capitale de la province du nord (Jaffna) touchée par la guerre, avaient 24 heures pour partir sous peine de risquer l’expulsion forcée ou la mort.
« C’était horrible, il y avait seulement trois familles [musulmanes] qui habitaient à l’endroit où nous vivions. Nous avons dû quitter ce qui était notre maison du jour au lendemain », a déclaré M. Malik qui est devenu le chef religieux ‘Moulavi’ d’une petite mosquée du district de Puttalam, au nord-ouest, où la plupart des familles musulmanes ont été relogées.
Pourquoi ont-ils été expulsés ?
Si les musulmans du nord du pays, dominé par les Tamouls, parlent tamoul, ils ne sont généralement pas considérés comme une ethnie tamoule par les Sri-Lankais – toutes ethnies confondues – à cause de leur religion (la plupart des Tamouls sri-lankais sont hindous ou chrétiens). L’expulsion des musulmans, qui représentaient cinq pour cent de la population de la province du nord avant 1990, a suivi l’émergence d’un nouveau parti politique musulman, le Sri Lanka Muslim Congress (Congrès des musulmans du Sri Lanka). Les dirigeants des TLET ont craint que le nouveau parti ne sape l’objectif des TLET de créer un État exclusivement tamoul. Les quelques Cinghalais qui vivaient avant dans la ville de Jaffa avaient déjà été expulsés des années avant les musulmans.
Les TLET, qui contrôlaient à l’époque presque toute la péninsule de Jaffna, ont fait en sorte que les musulmans n’emportent dans leur fuite ni articles ménagers, ni meubles, ni même des titres de propriété dans certains cas. Il leur était interdit d’emporter plus de 2,25 dollars par personne.
L’exode du 30 octobre 1990 a marqué la plus grande expulsion forcée des musulmans de la guerre civile au Sri Lanka. Les chercheurs estiment à près de 75 000 le nombre de musulmans qui ont été obligés de quitter leur maison de la fin des années 1980 au début des années 1990.
Où sont-ils maintenant ?
La plupart se sont réinstallés au nord-ouest, dans le district de Puttalam qui abrite déjà une population musulmane importante. Leur nombre a atteint les 250 000 personnes selon l’organisation non gouvernementale (ONG) Law and Society Trust dont le siège se trouve à Colombo, et la Citizens Commission on the Expulsion of Muslims from Northern Province by LTTE in October 1990 (Commission des citoyens sur l’expulsion des musulmans de la province du nord par les TLET en octobre 1990).
Créée en 2008, la
commission
est un collectif de groupes de citoyens musulmans qui se bat pour la reconnaissance des droits des musulmans déplacés.
Près d’un quart de siècle après leur exode et 44 mois depuis la fin de la guerre en mai 2009, la plupart vivent toujours dans des sites de relogement provisoires.
« Ils ne veulent vraiment pas revenir s’ils n’ont pas la garantie de trouver un travail ou un logement. Jusqu’ici, il n’existe aucune garantie de ce genre », a déclaré Abdul Matheen, un dirigeant communautaire qui s’occupe des musulmans déplacés à Puttalam.
Les chercheurs et les experts ont déclaré à IRIN que la réinstallation de personnes déplacées pendant des années était plus compliquée que la réinstallation de personnes déplacées depuis peu.
« Ils mettent souvent plus de temps à revenir et essayent de reconstruire leurs maisons et leurs foyers avant de faire revenir leur famille entière [dans leur village d’origine] », a déclaré Mirak Raheem, un chercheur de l’ONG locale Centre for Policy Alternatives (CPA).
M. Raheem, qui s’est spécialisé dans le déplacement, a déclaré à IRIN que la plupart des musulmans déplacés avaient peur de quitter leur logement actuel, car ils n’avaient pas les moyens de se réinstaller ailleurs. « Ils ont vécu pendant si longtemps en étant déplacés et en essayant de refaire leur vie qu’ils pourraient décider de ne pas revenir. C’est surtout le cas pour la génération née et élevée pendant le déplacement.
Quelle aide reçoivent-ils ?
Actuellement, il n’existe pas de programmes parrainés par le gouvernement ou les ONG pour faciliter la réinstallation des musulmans déplacés.
D’après le rapport de novembre 2011 de la
Commission sur les leçons apprises de la guerre et la réconciliation
(Lessons Learnt and Reconciliation Commission, LLRC) désignée par le gouvernement pour examiner le déroulement de la guerre - a noté que « la manière dont est traitée la communauté musulmane de la province du nord montre qu’elle est reléguée à l’arrière-plan de la liste des priorités du gouvernement, des ONGI [ONG internationales], des ONG et de la communauté des bailleurs de fonds ».
L’aide destinée aux musulmans déplacés a été diminuée, à l’exception des 34 millions de dollars du Puttalam Housing Project (projet d’accès au logement à Puttalam), financé par la Banque mondiale et achevé en 2011, qui a fourni 4 460 maisons aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP).
Les musulmans se sont-ils inscrits comme candidats au retour ?
Selon Farzana Haniffa, rédactrice en chef de l’ouvrage ‘The Quest for Redemption:
The Story of the Northern Muslims
’ (En quête de rédemption : l’histoire des musulmans du nord), au milieu de l’année 2010, presque tous les musulmans déplacés se sont inscrits comme candidats au retour pour avoir droit aux rations distribuées aux rapatriés pendant six mois par le gouvernement.
Mais en réalité, peu de déplacés ont effectué le voyage du retour.
Mme Haniffa, enseignante à l’université de Colombo, a déclaré à IRIN qu’il incombait au gouvernement de financer le retour des musulmans déplacés dont la plupart ont une affinité linguistique plus marquée avec le nord. « Ils parlent tamoul, tandis que la langue de travail à Puttalam est le cinghalais ».
Y a-t-il des tensions au niveau local ?
À Puttalam, la plupart des musulmans déplacés continuent de vivre de petits boulots. Les travails décents sont rares, surtout chez les jeunes. M. Malik a déclaré à IRIN que, même après avoir vécu presque 25 ans à Puttalam, il s’y sentait toujours comme un étranger. « Je sais que nous sommes toujours considérés comme des citoyens de seconde zone ici ».
M. Matheen, le dirigeant communautaire à Puttalam, a affirmé que les ressources hydriques et foncières en baisse, ainsi que le manque de travail, aggravaient les tensions entre la population native de Puttalam et les nouveaux arrivants musulmans.
M. Raheem du CPA a déclaré à IRIN que s’il y avait assez de travail, d’éducation, de logements et de soins de santé dans le nord, beaucoup de déplacés reviendraient. Mais la
création d’emplois
et la
reconstruction de logements
prennent beaucoup de retard et ne couvrent pas les besoins dans cette ancienne zone de guerre.
Qu’en est-il de la réintégration et de la réconciliation ?
Le rapport de la LLRC reconnaît que les musulmans déplacés vivent dans des « conditions déplorables » depuis plus de vingt ans et rencontrent des difficultés d’intégration. Les musulmans déplacés interrogés par la commission ont déclaré que leur statut de PDIP n’était pas reconnu. De plus, ils ont affirmé avoir été « lésés » lors des négociations de paix : leur demande d’y participer en tant que délégation indépendante avait été rejetée.
La commission a conclu que le problème des musulmans déplacés restait l’un des « défis clés de l’après-guerre » et qu’il aurait un « impact significatif » sur les perspectives de réconciliation.
« La commission estime que des solutions durables doivent être trouvées pour résoudre le problème de longue date des PDIP, causé par l’expulsion des musulmans du nord, qui continuera d’être une source de désaccord et de dissensions s’il n’est pas résolu ».
ap/pt/cb-fc/amz
Theme (s)
:
Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Toujours à la recherche d’une maison, 25 ans après
COLOMBO, 24 janvier 2013 (IRIN) - Près de trois ans après que
le gouvernement sri-lankais ait examiné
la réinstallation d’environ 100 000 musulmans du nord du pays, déplacés lors de la guerre civile de 1983-2009, des milliers de familles musulmanes sont toujours dans l’incertitude, sans avoir les moyens de rentrer chez elles.
Presque 25 ans ont passé, mais Abdul Malik se souvient encore de l’annonce des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (TLET – les rebelles séparatistes qui se battent pour un État du nord indépendant réservé à l’ethnie tamoule) du 29 octobre 1990 : tous les musulmans de la péninsule de Jaffna, y compris ceux de la capitale de la province du nord (Jaffna) touchée par la guerre, avaient 24 heures pour partir sous peine de risquer l’expulsion forcée ou la mort.
« C’était horrible, il y avait seulement trois familles [musulmanes] qui habitaient à l’endroit où nous vivions. Nous avons dû quitter ce qui était notre maison du jour au lendemain », a déclaré M. Malik qui est devenu le chef religieux ‘Moulavi’ d’une petite mosquée du district de Puttalam, au nord-ouest, où la plupart des familles musulmanes ont été relogées.
Pourquoi ont-ils été expulsés ?
Si les musulmans du nord du pays, dominé par les Tamouls, parlent tamoul, ils ne sont généralement pas considérés comme une ethnie tamoule par les Sri-Lankais – toutes ethnies confondues – à cause de leur religion (la plupart des Tamouls sri-lankais sont hindous ou chrétiens). L’expulsion des musulmans, qui représentaient cinq pour cent de la population de la province du nord avant 1990, a suivi l’émergence d’un nouveau parti politique musulman, le Sri Lanka Muslim Congress (Congrès des musulmans du Sri Lanka). Les dirigeants des TLET ont craint que le nouveau parti ne sape l’objectif des TLET de créer un État exclusivement tamoul. Les quelques Cinghalais qui vivaient avant dans la ville de Jaffa avaient déjà été expulsés des années avant les musulmans.
Les TLET, qui contrôlaient à l’époque presque toute la péninsule de Jaffna, ont fait en sorte que les musulmans n’emportent dans leur fuite ni articles ménagers, ni meubles, ni même des titres de propriété dans certains cas. Il leur était interdit d’emporter plus de 2,25 dollars par personne.
L’exode du 30 octobre 1990 a marqué la plus grande expulsion forcée des musulmans de la guerre civile au Sri Lanka. Les chercheurs estiment à près de 75 000 le nombre de musulmans qui ont été obligés de quitter leur maison de la fin des années 1980 au début des années 1990.
Où sont-ils maintenant ?
La plupart se sont réinstallés au nord-ouest, dans le district de Puttalam qui abrite déjà une population musulmane importante. Leur nombre a atteint les 250 000 personnes selon l’organisation non gouvernementale (ONG) Law and Society Trust dont le siège se trouve à Colombo, et la Citizens Commission on the Expulsion of Muslims from Northern Province by LTTE in October 1990 (Commission des citoyens sur l’expulsion des musulmans de la province du nord par les TLET en octobre 1990).
Créée en 2008, la
commission
est un collectif de groupes de citoyens musulmans qui se bat pour la reconnaissance des droits des musulmans déplacés.
Près d’un quart de siècle après leur exode et 44 mois depuis la fin de la guerre en mai 2009, la plupart vivent toujours dans des sites de relogement provisoires.
« Ils ne veulent vraiment pas revenir s’ils n’ont pas la garantie de trouver un travail ou un logement. Jusqu’ici, il n’existe aucune garantie de ce genre », a déclaré Abdul Matheen, un dirigeant communautaire qui s’occupe des musulmans déplacés à Puttalam.
Les chercheurs et les experts ont déclaré à IRIN que la réinstallation de personnes déplacées pendant des années était plus compliquée que la réinstallation de personnes déplacées depuis peu.
« Ils mettent souvent plus de temps à revenir et essayent de reconstruire leurs maisons et leurs foyers avant de faire revenir leur famille entière [dans leur village d’origine] », a déclaré Mirak Raheem, un chercheur de l’ONG locale Centre for Policy Alternatives (CPA).
M. Raheem, qui s’est spécialisé dans le déplacement, a déclaré à IRIN que la plupart des musulmans déplacés avaient peur de quitter leur logement actuel, car ils n’avaient pas les moyens de se réinstaller ailleurs. « Ils ont vécu pendant si longtemps en étant déplacés et en essayant de refaire leur vie qu’ils pourraient décider de ne pas revenir. C’est surtout le cas pour la génération née et élevée pendant le déplacement.
Quelle aide reçoivent-ils ?
Actuellement, il n’existe pas de programmes parrainés par le gouvernement ou les ONG pour faciliter la réinstallation des musulmans déplacés.
D’après le rapport de novembre 2011 de la
Commission sur les leçons apprises de la guerre et la réconciliation
(Lessons Learnt and Reconciliation Commission, LLRC) désignée par le gouvernement pour examiner le déroulement de la guerre - a noté que « la manière dont est traitée la communauté musulmane de la province du nord montre qu’elle est reléguée à l’arrière-plan de la liste des priorités du gouvernement, des ONGI [ONG internationales], des ONG et de la communauté des bailleurs de fonds ».
L’aide destinée aux musulmans déplacés a été diminuée, à l’exception des 34 millions de dollars du Puttalam Housing Project (projet d’accès au logement à Puttalam), financé par la Banque mondiale et achevé en 2011, qui a fourni 4 460 maisons aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP).
Les musulmans se sont-ils inscrits comme candidats au retour ?
Selon Farzana Haniffa, rédactrice en chef de l’ouvrage ‘The Quest for Redemption:
The Story of the Northern Muslims
’ (En quête de rédemption : l’histoire des musulmans du nord), au milieu de l’année 2010, presque tous les musulmans déplacés se sont inscrits comme candidats au retour pour avoir droit aux rations distribuées aux rapatriés pendant six mois par le gouvernement.
Mais en réalité, peu de déplacés ont effectué le voyage du retour.
Mme Haniffa, enseignante à l’université de Colombo, a déclaré à IRIN qu’il incombait au gouvernement de financer le retour des musulmans déplacés dont la plupart ont une affinité linguistique plus marquée avec le nord. « Ils parlent tamoul, tandis que la langue de travail à Puttalam est le cinghalais ».
Y a-t-il des tensions au niveau local ?
À Puttalam, la plupart des musulmans déplacés continuent de vivre de petits boulots. Les travails décents sont rares, surtout chez les jeunes. M. Malik a déclaré à IRIN que, même après avoir vécu presque 25 ans à Puttalam, il s’y sentait toujours comme un étranger. « Je sais que nous sommes toujours considérés comme des citoyens de seconde zone ici ».
M. Matheen, le dirigeant communautaire à Puttalam, a affirmé que les ressources hydriques et foncières en baisse, ainsi que le manque de travail, aggravaient les tensions entre la population native de Puttalam et les nouveaux arrivants musulmans.
M. Raheem du CPA a déclaré à IRIN que s’il y avait assez de travail, d’éducation, de logements et de soins de santé dans le nord, beaucoup de déplacés reviendraient. Mais la
création d’emplois
et la
reconstruction de logements
prennent beaucoup de retard et ne couvrent pas les besoins dans cette ancienne zone de guerre.
Qu’en est-il de la réintégration et de la réconciliation ?
Le rapport de la LLRC reconnaît que les musulmans déplacés vivent dans des « conditions déplorables » depuis plus de vingt ans et rencontrent des difficultés d’intégration. Les musulmans déplacés interrogés par la commission ont déclaré que leur statut de PDIP n’était pas reconnu. De plus, ils ont affirmé avoir été « lésés » lors des négociations de paix : leur demande d’y participer en tant que délégation indépendante avait été rejetée.
La commission a conclu que le problème des musulmans déplacés restait l’un des « défis clés de l’après-guerre » et qu’il aurait un « impact significatif » sur les perspectives de réconciliation.
« La commission estime que des solutions durables doivent être trouvées pour résoudre le problème de longue date des PDIP, causé par l’expulsion des musulmans du nord, qui continuera d’être une source de désaccord et de dissensions s’il n’est pas résolu ».
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