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Des centaines de migrants dans l’incertitude au camp de Choucha

ZARZIS, 17 janvier 2013 (IRIN) - Deux ans après avoir fui la guerre civile en Libye, des centaines de réfugiés arabes et subsahariens, d’anciens travailleurs migrants en Libye, pour la plupart, sont toujours confinés dans un camp situé du côté tunisien de la frontière.

Le camp de Choucha, situé à 5 kilomètres de la frontière, est géré par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). À une époque, il accueillait près de 20 000 personnes. La moitié d’entre elles étaient des Bangladais qui travaillaient en Libye quand la guerre a commencé et qui ont fui en Tunisie sur le chemin du retour.

Plusieurs milliers de résidents étaient originaires d’Afrique de l’Est et n’avaient aucun désir de rentrer chez eux. En 2011 et 2012, le HCR a traité 3 543 demandes d’asile et accordé le statut de réfugié à 3 009 résidents de Choucha.
 
Le camp, dont la fermeture est prévue pour le mois de juin, compte maintenant 1 357 résidents (1 145 réfugiés et demandeurs d’asile et 212 migrants dont la demande d’asile a été rejetée) de 13 pays différents, notamment la Somalie, le Soudan, l’Érythrée, l’Éthiopie et le Tchad.

Quelque 890 réfugiés du camp ont déjà été autorisés à se réinstaller dans 14 pays (les États-Unis et la Norvège étant ceux qui accueilleront le plus grand nombre d’entre eux) dans le cadre de l’Initiative de solidarité mondiale en matière de réinstallation lancée en 2011. Ils attendent de connaître la date de leur départ.

Cependant, environ 400 réfugiés du camp, dont quelques-uns vivent maintenant dans des villes voisines, n’ont pas encore été admis à la réinstallation et demeurent dans l’incertitude.

Choucha a été le théâtre de violentes protestations par des résidents attendant leur réinstallation.

Lorsque IRIN a tenté de visiter le camp, le 11 janvier, la route reliant Zarzis et Ben Gardane (une ville qui se trouve sur la route de Choucha) était bloquée.

L’armée tunisienne a été envoyée dans la région en décembre après une vague de protestations liée à la fermeture de la frontière libyenne. Le gouvernement libyen avait décidé de fermer la frontière à la suite de plaintes d’attaques à l’encontre de citoyens tunisiens.

Selon les autorités locales et les résidents, la ville de Ben Gardane, qui se trouve près du camp, est au cœur de la contrebande transfrontalière. La demande pour les denrées de base, comme le lait, est très élevée en Libye, et les locaux ont observé une augmentation du trafic de biens depuis la Tunisie.

La frontière a été rouverte la semaine dernière, mais l’insécurité dans la région rend les conditions de vie des réfugiés et les conditions de travail des organisations humanitaires difficiles. Les travailleurs humanitaires disent que l’atmosphère est tendue.

Les troubles survenus récemment ont empêché le HCR d’accéder au camp pendant près d’une semaine au début du mois de janvier. Seul l’accès des équipes médicales était autorisé.

Depuis sa création en 2011, le camp de Choucha a été le théâtre de protestations, d’incendies et de deux cas d’arrestation de réfugiés pour contrebande d’armes.

Un chercheur français qui s’est récemment rendu sur place a dit à IRIN que les réfugiés vivaient dans des conditions difficiles.

« L’insécurité est terrible ici, les réfugiés ne sont pas heureux », a dit un jeune homme tchadien qui habitait auparavant dans le camp.

Fermeture du camp

Le défi auquel est confronté le HCR est de fermer le camp sans abandonner les 400 résidents restants, dont la plupart sont de jeunes migrants qui vivaient auparavant en Libye. Ils craignent d’être accusés d’avoir servi de mercenaires pour Kadhafi s’ils retournent là-bas.

« L’insécurité est terrible ici, les réfugiés ne sont pas heureux », un jeune homme tchadien qui habitait auparavant dans le camp.
Certains des réfugiés qui n’ont pas été admis à la réinstallation seront intégrés au sein des communautés locales. Ils recevront d’abord une aide financière pour déménager et louer un appartement dans une zone urbaine (Zarzis, Ben Gardane, Médenine) et se verront ensuite offrir une formation professionnelle et une aide à la création d’entreprises par l’intermédiaire du microcrédit, selon Elizabeth Eyster, représentante adjointe du HCR à Tunis.

« Nous avons reçu un don important [600 000 euros] de la part du gouvernement allemand afin de soutenir la réinstallation de ces 400 réfugiés en Tunisie », a dit Mme Eyster

Leur statut légal en Tunisie demeure toutefois incertain. Ils ne pourront pas avoir d’emploi formel et ne seront admissibles à aucune prestation sociale.

L’emploi des jeunes est déjà problématique en Tunisie. Par ailleurs, les droits des résidents du camp qui se sont vu accorder le statut de réfugié par le HCR demeurent incertains, car la Tunisie – comme tous les pays d’Afrique du Nord – ne possède pas de système national d’asile.

« Pour l’instant, notre principal défi est de leur donner un statut légal. Un projet de loi sur l’asile a été rédigé, mais son approbation et sa mise en œuvre par le gouvernement exigent une volonté politique », a dit Mme Eyster.

Le nouveau gouvernement tunisien, élu en décembre 2011, rédige actuellement la nouvelle constitution. Après deux reports, la date des élections présidentielles et législatives a récemment été fixée à juin 2013.

Il existe encore moins de dispositions pour les résidents du camp qui n’ont pas obtenu le statut de réfugié – 214 dont les demandes d’asile ont été rejetées et 45 pour qui elles sont toujours en traitement.

Le rêve européen

La gestion des migrants et des réfugiés demeure un défi pour le gouvernement tunisien, même si la question des réfugiés qui ont fui la guerre civile en Libye sera probablement bientôt résolue.

Les travailleurs humanitaires disent que les réfugiés de Choucha qui n’ont pas été réinstallés pourraient tenter de traverser illégalement la Méditerranée.

En raison de sa proximité avec les côtes italiennes, la Tunisie est un point de départ important pour les Africains qui souhaitent migrer en Europe.

« Ma destination était l’Europe. Je pensais que j’étais en Italie quand je suis arrivée ici », raconte Rahel*, une réfugiée de l’Érythrée qui vit à Zarzis, près du camp de Choucha.

Rahel s’est vu accorder le statut de réfugié par le HCR, mais elle ne veut pas rester en Tunisie. « Je trouve qu’il est difficile de trouver du travail ici. Les gens ne sont pas méchants, mais je veux continuer mon voyage et me rendre en Europe. Je veux gagner de l’argent là-bas, avoir une vie meilleure et y faire venir mes autres enfants », a-t-elle expliqué.

« Les arrivées par bateau représentent un énorme défi. Nous sommes en train d’établir un partenariat avec le Croissant-Rouge tunisien afin de mettre sur pied un centre d’accueil et de filtrage pour les migrants qui affluent en Tunisie », a dit à IRIN Mathilde Tiberghien, déléguée à la protection du HCR à Zarzis.

En septembre dernier, une embarcation transportant 154 passagers, dont 50 ont affirmé être des réfugiés, a été secourue par les gardes-côtes tunisiens. « Ils ont été hébergés à Zarzis et ont ensuite été déplacés à Médenine. Nous ne voulions pas les amener à Choucha parce que ce ne devait être, au départ, qu’un camp de transit », a dit Mme Tiberghien.

*nom d’emprunt

cm/jj/cb-gd/amz

Theme (s): Migration, Paix et sécurité, Réfugiés et déplacés, Sécurité,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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